À Sars-Poteries, le verre et ses merveilles 

Tout en haut des Hauts-de-France, un musée du verre qui n’est pas là par hasard. À quelques kilomètres de la frontière belge, au cœur d’une région de bocage et de pâturages surnommée  « la petite Suisse du Nord », le village de Sars-Poteries possède un riche passé verrier. Créées dans les années 1800, les verreries de la famille Imbert y ont employé plus de 800 personnes. L’industrie cessa ses activités un peu avant la Seconde Guerre mondiale, mais le souvenir reste gravé dans la mémoire des habitants.  En 1958, fraîchement nommé curé de la paroisse, l’abbé Louis Mériaux découvrait au domicile de ses ouailles de singuliers objets de verre fabriqués par les anciens ouvriers et qu’ils appelaient des « bousillés ». Il ne s’agissait pas d’objets ratés et mis au rebut, mais de pièces originales, utilitaires ou non, confectionnées pendant les temps de pause et souvent destinées à la famille ou aux amis. Intrigué et séduit par leur qualité et leur inventivité, le curé entreprit la collecte de ces objets uniques dont beaucoup dormaient dans les greniers.

En 1968, avec l’accord de la population, il en fit une exposition qui obtint un franc succès. La collection devint permanente et un premier musée du verre voyait le jour dans l’ancienne propriété de la famille Imbert. Parallèlement, Louis Mériaux  créait l’Atelier du Verre permettant à d’anciens ouvriers de fabriquer des « néo bousillés » et de transmettre leur savoir-faire. En 1982, le premier « Symposium international de verre contemporain en Europe » faisait connaître le nom de Sars-Poteries bien au delà des frontières hexagonales.

L’utopie de ce visionnaire, décédé en 1997, devait se réaliser une vingtaine d’années après sa disparition: en 2016, le musée départemental « Musverre » ouvrait ses portes dans un beau bâtiment épuré de l’architecte Raphaël Voinchet, qui utilise opportunément la noble pierre bleue du pays et offre un vaste espace lumineux.

Pour célébrer les dix ans d’existence de cette structure reconnue aujourd’hui par le milieu artistique international, une exposition propose une vingtaine d’œuvres d’artistes verriers contemporains, illustrant le thème du conte et ses légendes. On sera surpris par la diversité et l’originalité de la plupart d’entre elles. Voyez le « Nid de licorne »  en borosilicate filé et soufflé au chalumeau de Julie Legrand, ou l’ironique « Karafator » mêlant verre, vaisselle Pyrex et silicone de Richard Fauguet (photo d’ouverture)). L’humour est bien souvent présent, comme le « Lapin au pays des merveilles »  de  l’Anglaise Rebecca Stevenson (photo ci-dessous). On retrouve l’influence du surréalisme dans les équilibres instables du japonais  Simsa Cho « Rising & Descending Dutch Dragons ». Mais la plus grande surprise vient de l’une des fameuses « montres molles » de Salvador Dali, ici rigidifiée en sculpture de verre, emprisonnée dans un nouvel écrin. L’artiste catalan, qui collabora dans les années 1960 avec la cristallerie Daum de Nancy, avait été ébloui par le processus quasiment alchimique de la fabrication d’œuvres d’art en pâte de verre. Pour le maître du surréalisme, le verre possédait « l’élasticité moléculaire d’un escargot ».

Au delà des références plus ou moins explicites avec le thème de l’exposition, la scénographie et l’éclairage (très réussi) mettent en valeur la simple et immédiate beauté de ces créations. Pour les commissaires Laetitia Messager, directrice du musée, et Laura Bouvard, responsable des collections, il s’agit aussi d’inciter le plus grand nombre à découvrir un endroit encore un peu secret, à l’écart des grands axes routiers, alors qu’il est reconnu aujourd’hui comme l’un des hauts lieux de la verrerie contemporaine.

Une visite de l’exposition (jusqu’au début janvier 2027), permettra aussi d’admirer les pièces les plus emblématiques de la collection permanente (la très réaliste « Robe » de  l’Américaine Karen LaMonte, ou l’intrigante table de fin de repas  « Cenae 9 » de l’Espagnol Joan Crouss).  Et bien sûr, on découvrira avec émotion quelques-uns des « bousillés » par lesquels tout a commencé.

Gérard Goutierre

59216 Sars-Poteries jusqu’au 3 janvier 2027
www.musverre.fr
Tél. 03 59 73 16 16

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Une réponse à À Sars-Poteries, le verre et ses merveilles 

  1. Marie J dit :

    Scintillante découverte pour commencer la journée ! Merci

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