Cette remarquable « ville » date de 1959. Elle a été peinte en 1959 par Fernand Léger (1881-1955). L’un des artistes pivots de l’art moderne, s’étant qui plus est intéressé aux marqueurs des évolutions de la société. Comme cette représentation ci-contre de ce qui semble bien être une pompe à essence, avec une automobile passant à proximité. Cette image nous est offerte par la BnF. Laquelle a publié cette année la très longue liste de ses pensionnaires connus et oubliés, ayant intégré le domaine public. Cette BnF mérite bien tous les financements nécessaires tellement son trésor est grand, qu’il s’agisse de livres, de journaux, de photographies, de peintures ou de sons. Cette toile si bien faite par ce Fernand Léger que l’on reconnaît instantanément, cette toile disions-nous, est aussi une rareté. Quand on cherche dans les archives de l’art en effet, la thématique de la pompe à essence est fort rare, hormis des cas notables tels Edward Hopper (1882-1967) et quelques étoiles américaines dont Ed Ruscha (1937-) avec sa série « Standard Station ».
Et pourtant la station-service est un élément important de notre décor urbain depuis les débuts du 20e siècle. Non seulement elle délivre du pétrole mais elle est emblématique de la pause familiale sur la route des vacances. Elle est une étape dans de très nombreuses intrigues de films comme « Duel ». Certes elles disparaissent progressivement, notamment chassées des villes et sont réduites à de simples portiques discount aux abords des supermarchés. Les enseignes comme Shell, Antar, Castrol, ne manquaient pas d’imagination pour attirer les clients à grands renforts de styles architecturaux et de couleurs que l’on remarquait de loin. Cependant elles n’ont pratiquement pas suscité de l’inspiration chez les artistes peintres dont certains ont préféré les volumes industriels, ces cathédrales symbolisant sans le vouloir la religion du progrès en panique de croissance.
Il y a au moins un album d’Astérix où l’on voit une station d’approvisionnement en fourrage pour les bêtes tractant des carrioles. Depuis les débuts de l’humanité en déplacement, il a toujours fallu des relais lorsque la durée des trajets, l’autonomie des animaux puis des machines, s’imposait. Actuellement on vient y chercher du bon pétrole bien naturel comme de l’eau de source, mais chacun aura pu remarquer qu’on y fait désormais le plein en électricité, cette énergie qui permet de rouler propre si l’on n’est pas trop regardant sur les détails de sa production et les moyens de son utilisation.
Ce n’est néanmoins pas le désert culturel dans ce domaine, comme le mentionnait un article du Monde sur le sujet (1) il y a dix ans à propos d’un documentaire. L’aubaine visuelle de la station-service n’a pas échappé à tout le monde, architectes célèbres et quelques cinéastes notoires comme Eleonore Adlon et Percy Adlon pour leur film « Bagdad Café » sorti en 1987. Entre vieilles stations échappées de l’épuration et nouvelles moutures, elles sont toujours là, accompagnant nos déplacements. Ce n’est pas encore le cas mais il s’en élabore déjà dans les agences spatiales. Un jour, la justement nommée « station spatiale internationale », permettra peut-être aux cosmonautes intrépides en route vers Mars, d’y boire un café court-sans-sucre, d’y faire un brin de toilette et d’y glaner tout ce qu’il est possible d’acheter, d’un Côte du Ventoux au paquet de lingettes. C’est important aussi de se détendre les jambes dans l’espace et de pouvoir regarder une carte murale à la sortie des toilettes afin de bien repérer l’anneau de Saturne et ses heures de pointe à éviter.
Pour en revenir à la BnF et ses galeries de merveilles, si l’on cherche sans trop y croire « pompe à essence », plusieurs réponses apparaissent avec des photographies des années trente. Encore une fois on mésestime cette richesse et cette mémoire des temps de notre bibliothèque nationale, celle qui nous évitera d’être perdus quand l’IA commencera à nous faire perdre les pédales sur nos vélos devenus trop intelligents et sachant mieux que nous où nous devrons descendre.
En attendant nous avons demandé à cette IA et avec une pointe de culpabilité, de transformer la photographie d’une pompe à essence un peu terne, en image plus gaie dans un style à la Moebius, dessinateur connu pour ses univers extraterrestres. Il n’a fallu que quelques secondes à la machine pour y arriver. Ce qui est un peu énervant au passage quand on sait toutes les années de travail qu’il a fallu à l’auteur pour créer son style. Pardon à Jean Giraud (1932-2012) alias Moebius s’il nous lit, mais s’il nous manque ce n’est certes pas de notre faute.
PHB
L’un des artistes pivots de l’art moderne.
Humm ! Et quoi encore !