Mères d’Égypte sur Arte

Meret-Neith, Hatchepsout, de même que Cléopâtre VII, régente, reine, ou pharaon dans l’Égypte ancienne, ont donc eu ce point commun qu’elles connurent le sommet du pouvoir. Ce qui n’est pas une mince information en regard de ce qui peut se pratiquer dans la sphère moyen-orientale de notre ère. Et ce qui n’allait pas tout-à-fait en le disant, puisque Thoutmôsis III, neveu et co-souverain de Hatchepsout, s’appliqua à effacer les traces de celle qui fut officiellement nommée Pharaon. Signé Christiane Streckfuss, le documentaire attendu demain sur Arte, se risque à utiliser le mot « pharaonne ». En hiéroglyphes, cela donne l’image ci-dessous, l’image de la féminité étant symbolisée par les deux demi-pains. Hatchepsout, se prononçant comme cela s’éternue, avait une vision spéciale du métier de souveraine puisqu’elle se fit représenter anatomiquement en femme mais avec une barbe et une double coiffe réservée aux hommes. En tout cas son neveu avait pratiqué le wokisme en lui succédant et rétabli un patriarcat, préséance sexiste ne datant pas d’hier.

Le film dure près d’une heure trente, ce qui n’est pas de trop pour parcourir jusqu’à onze mille ans, treize si on part d’aujourd’hui. Il est surtout commenté par des femmes, de dignes égyptologues dont la réalisatrice, circulant dans un break Peugeot 504 paradoxalement bien adapté au décor.

Leur science croisée, verbalisée, délivre beaucoup d’informations, nous procurant l’ineffable sensation au moment du générique final, d’être un peu moins sots que 90 minutes auparavant. Nous avons même droit à des considérations géologiques et climatiques, bien intéressantes au vu de ce que nous connaissons aujourd’hui. Par exemple que le secteur, onze mille ans avant J-C, était une agréable savane, hydratée par les pluies de mousson. Et que c’est à partir de 7000 avant notre ère et les Peugeot 504, que les sols commencèrent à connaître l’aridité, donnant au Nil, une importance croissante.

Un voyage historique dans l’Égypte ancienne passe forcément par le décryptage des sépultures qui ne donnaient pas, on le sait, dans le discret. Une reine se faisait inhumer comme les rois, avec un certain faste, accompagnée de sa suite (sans qu’il soit sûr que c’était en même temps), et aussi jusqu’à mille jarres de vin car on ne savait pas trop le temps d’attente entre la mort et l’arrivée chez Osiris le gérant de l’au-delà, via le poinçonneur Anubis.

Un commentaire fort pertinent nous informe que dans ce domaine, les scribes auraient joui dans cette culture ancienne, d’une aura différente. Celle qui pouvait les dispenser d’une sépulture du genre pyramidal, penthouse avec rooftop, ou encore cave de luxe décorée avec goût. En effet, laisse entendre le documentaire, l’usage de leur calame (ancêtre du stylographe) était un prestige en soi. Puisqu’on nous laisse comprendre ici que l’écriture était un bien meilleur gage d’éternité que le bâti funéraire. C’est toute l’idée de trace qui nous est signifiée-là, mais si on va par là, cela peut aller très loin: y compris via une caravane défoncée abandonnée dans un fossé en 1970 after J.C, par un analphabète ayant voulu laisser une trace de lui-même afin de survivre à travers elle.

Joli voyage que ce documentaire titré « Les femmes pharaons, au pouvoir dans l’Égypte ancienne ». Qui démontre que les femmes tenaient leur rang de façon générale et pas seulement à la tête d’un royaume. Et aussi que l’Histoire, jusqu’à récemment,  les avait un peu mises de côté. La faute en incombe à certains nationaux de la haute époque avec un système d’effacement militant. À part quelques grands noms dont Hatchepsout combattant les Nubiens, la femme ordinaire et son profil méritaient un éclairage bienvenu que ce film tente aussi d’apporter.

Il est drôle de constater que c’est en Europe, sur l’échiquier, que la Reine a pris tous les pouvoirs, ne laissant au roi que des possibilités de déplacement très limitées. Ce serait dû notamment à Isabelle la Catholique (1451-1504) dont le caractère en a fait trembler plus d’un. Au point que cette pièce et son pouvoir n’ont toujours pas été remis en question. Quel souverain s’y risquerait aujourd’hui? À y réfléchir il en est quelques uns, lesquels n’en sont plus à une sottise près.

Ce documentaire est plein d’éléments de réflexion. On retiendra cette mention des scribes éternels par le stylo, qu’on se permettra d’étendre aux poètes tels Apollinaire dans « Vendémiaire » écrivant: « Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi. » Nous nous y employons sans cesse.

Paola Andreotti

« Les femmes pharaons, au pouvoir dans l’Égypte ancienne ». Documentaire de Christiane Streckfuss (Allemagne, 2026, 1h29mn) ARTE. Première diffusion : 29 août 2026
Illustration: ©LSDP, signification de la « reine régnante »
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