La thématique s’annonçait passionnante. Pour sa nouvelle exposition, le beau musée du Jeu de Paume s’était donné pour objectif d’aborder le « Supermarché » des images, dans un monde monde saturé par l’image, bien loin de l’époque lointaine où la reproduction de quelque chose ou de quelqu’un se limitait à un simple reflet dans l’eau. L’idée était bonne, le sujet hautement contemporain dans la mesure où tout un chacun fait des images puis les publie sur les réseaux sociaux dans l’espoir de collecter des « like ». Mais le rendu de l’affaire est presque complètement passé à côté de la cible annoncée, à quelques exceptions près, comme cette proposition vidéo de Martin Le Chevallier (ci-dessus) qui a collecté des témoignages des travailleurs du clic, ces gens payés précisément pour gonfler les « like » et produire du commentaire à la demande. La voix monocorde de ces esclaves modernes s’inscrit, et c’est notable, dans le droit fil de l’idée générale. Continuer la lecture
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À la fin de l’été 1592, un jeune homme installé à l’arrière d’un chariot tiré par des bœufs, avance (très) lentement vers Rome. On l’appelle Michelangelo Merisi da Caravaggio, il est né à Milan. Son incroyable talent de peintre, sa rapide notoriété font qu’il ne sera bientôt plus connu que sous le nom de Caravage. La nouveauté si l’on peut dire est que son histoire vient d’être mise en case en version intégrale par l’un des maîtres de la bande dessinée, Milo Manara. Lui aussi vient du nord de l’Italie. Il est un dessinateur et un narrateur hors pair. Il est intéressant de noter que l’ouvrage est préfacé par un historien de l’art qui s’incline devant la prouesse de Manara retraçant l’histoire du Caravage. Claudio Strinati estime que le dessinateur livre ici une « fable historique dans laquelle rien n’est vrai, mais où tout est vraisemblable, dans un rêve réaliste qui pourrait tout aussi bien être la pensée du Caravage même ».
Une écriture en creux rappelant celle de Pinter (1) où le dit et le non-dit, les phrases entrecoupées de longs silences, établissent une atmosphère d’une inquiétante étrangeté. Née en 1961 à Badalone, en Catalogne, Lluïsa Cunillé est l’auteur d’une quarantaine de pièces (écrites en catalan et en castillan) et de nombreuses adaptations théâtrales. Portées à la scène et/ou publiées, ses œuvres lui ont également valu de prestigieux prix en Espagne. Cette reconnaissance unanime la situe au premier rang des dramaturges espagnols contemporains. Alors que ses œuvres sont jouées dans une dizaine de pays (2) “Massacre”, actuellement à l’affiche du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, est paradoxalement son premier texte monté en France. Un auteur qu’il était grand temps de découvrir !
Il y a de cela cinquante ans, les citoyens chiliens ont voulu changer de chaîne, varier un peu le programme économique auquel ils étaient habitués faute d’en profiter. Pour ce faire ils élirent en 1970 un médecin de profession, socialiste, convaincu que la répartition des richesses se devait d’être davantage équitable. Trois ans plus tard, Salvador Allende est destitué par un coup d’État mené par le général Augusto Pinochet qui avouait lui-même ne rien comprendre à la politique. Selon un câble de la CIA de 1972, il était décrit comme « un militaire ordinaire, amical, plutôt médiocre » (…) prenant « beaucoup de plaisir à se sentir important ». S’ensuivirent 17 années de dictature féroce entraînant plus de 3000 morts et disparus et bien plus encore de personnes emprisonnées et torturées. Sortie il y a peu aux éditions Otium, une BD signée Carlos Reyes et Rodrigo Elgueta, s’applique à raconter « Les années Allende ».
Il y a un moment où l’on finit par comprendre que les carottes sont cuites. Mais quand on a tout juste 20 ans, l’approche de l’échéance est singulièrement raide à déglutir. Un peu avant de mourir donc, Alicia Gallienne a laissé un petit mot à son compagnon Alvaro. Sur du papier bleu, elle lui a rédigé un petit mot sur lequel elle dit lui laisser son « haut de pyjama en soie » et une paire de bas « fumée ». Il y a trente ans, Alicia partait, au seuil de « l’infini moins un », vers « l’autre moitié du songe ». Ces derniers mots formant en partie le titre d’un livre intrigant qui vient de sortir dans la collection blanche chez Gallimard. Pressée par le temps, Alicia Gallienne avait rempli des carnets de poèmes: « Les premières dominantes », « Les nocturnes » et « Le livre noir ». Sophie Naulleau a préfacé l’ensemble en tant qu’éditrice et le cousin Guillaume, la postface.
C’est par cette image que ceux qui le connaissent moins le situent mieux. Ces soldats hiératiques, géométriquement alignés, ces militaires qui semblent attendre le prochain coup de feu, sont signés Marcel Gromaire (1892-1971). La guerre, ce natif de Noyelles-sur-Sambre (près du Cateau-Cambrésis) peut en parler. À peine achevé son service militaire, le jeune caporal part sur le front et en 1916, lors de l’attaque du Forest sur le front de la Somme, il est sérieusement blessé. Au point qu’il est déclaré inapte. Sauf pour sa vie d’artiste bien sûr qu’il poursuivra toute sa vie. Et en suivant sa voie en solitaire, ce qui fait qu’aujourd’hui encore, il reste difficile à classer. À moins d’évoquer ce côté granitique, géométrique, que l’on retrouve dans la plupart de ses toiles, y compris dans ses nus. Le Musée Paul Valéry de Sète l’expose encore jusqu’au 23 février avec 130 peintures et dessins, puis ce sera au tour de la Piscine à Roubaix à partir du 14 mars et jusqu’au 31 mai.
Tous les soirs le même rituel. Au volant de sa voiture japonaise rouge bordeaux mais dont le lustre a disparu sous la poussière, Albert file par les rues nocturnes de la grande banlieue. Il roule à vitesse contenue mais constante, surveillant les carrefours, respectant les feux rouges. Quand il tourne, il enclenche son clignotant dont il aime à la fois entendre le cliquetis discret et voir le scintillement du signal au tableau de bord. Oui tous les soirs le même rituel ou presque car le club est fermé le lundi soir. Il y était entré un jour par hasard. Il y était revenu de plus en souvent, jusqu’à faire partie des grands habitués. Vers vingt et une heure, Albert rangeait son automobile sur le parking. Il y avait beaucoup de place en soirée car les deux commerces qui entouraient le club, un de bricolage, un d’électro-ménager, avaient déjà tiré leur rideau de fer. Il ne restait plus que la salle de concert dont l’enseigne lumineuse ondulait ses couleurs entre le vert, le bleu et le rouge. On y lisait « Chez Oscar, jazz-club ».
Le peintre belge Paul Delvaux avait près de 88 ans lorsqu’il reçut une distinction qu’aucun autre artiste avant lui n’avait obtenue. Il ne s’agissait pas de son entrée dans les collections du MoMa de New York ou de l’organisation d’une grande rétrospective par un musée prestigieux : en 1985, sa renommée était déjà bien établie, et son talent reconnu depuis plusieurs décennies. Ce qui mit en joie l’artiste né près de Liége en 1897 était sa nomination comme chef de gare honoraire de la ville de Louvain-la-Neuve (une quarantaine de kilomètres au sud de Bruxelles). Cette nomination était accompagnée de la remise de l’authentique képi de cette honorable fonction, un magnifique couvre-chef noir et rouge avec liseré doré.
On ne peut manquer d’être frappé par cet autoportrait de Luca Giordano. Exécutée vers 1688, la toile pourrait laisser croire à une époque bien plus récente. La coiffure maîtrisée, les petites lunettes d’intellectuel, le regard sérieux, on pourrait croire qu’il s’agit d’André Breton. Sauf que le premier est né en 1634 à Naples et le second en 1896 dans l’Orne. Luca Giordano, dont le Petit Palais présente pour la première fois en France une importante rétrospective, aimait décliner ses sujets, y compris lui-même. C’est ainsi que quatre ans plus tard, la star du Seicento qui devait notamment sa célébrité pour savoir faire mieux que les grands maîtres qu’il copiait allègrement, s’était aussi refait le portrait avec le chef couvert de dreadlocks contemporains, comme on en voyait sur la tête de Louis XIV.
Hen (prononcer “Heune”), la créature exubérante et transformiste imaginée par Johanny Bert, fait actuellement son show au Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette. Inspirée des cabarets berlinois des années 30 et de la scène performative queer actuelle, cette marionnette altersexuelle se joue avec insolence des images féminines et masculines. Dans un style pop qui lui sied comme un gant, Hen danse et chante sa liberté d’être et d’aimer. Un cabaret déjanté et virtuose !