Le Louvre en mode polyphasé

Jean Vergnet-Ruiz pouvait bien écrire avec raison que la « Victoire de Samothrace » rayonnait « sous des feux changeants », dans un cadre « prodigieusement apte à la mettre en valeur ». Et ce n’était pas seulement parce qu’elle venait d’être installée tout en haut de l’escalier Daru, mais parce qu’elle bénéficiait pour la première fois d’un éclairage savant dû à l’électricité. Lorsque Henri Verne publie en 1937 « Le Louvre la nuit » avec la participation de Jean Vergnet-Ruiz, il met en valeur son propre travail de modernisation du musée du Louvre. Celui ayant consisté non seulement à y faire entrer l’électricité, mais aussi le téléphone, le chauffage et des moyens scientifiques d’étude des œuvres via un laboratoire qu’il crée en 1926. Nommé directeur des musées nationaux en 1925, c’est lui aussi qui tenta la première expérience d’ouvrir le Louvre la nuit en 1936 dans les galeries de la sculpture grecque et des grands monuments égyptiens, lesquels occupaient environ 10% de la surface totale. Continuer la lecture

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Looking for Miss Playden

L’événement avait été jugé suffisamment important pour que l’on décide de mettre l’article en première page. Le samedi 5 juillet 1947, la «une» du Figaro littéraire titrait sur trois colonnes : «Dans un ranch de Californie, une vieille dame apprend qu’elle a été l’héroïne amoureuse d’un grand poète français». L’auteur du papier s’appelle Robert Goffin. Cet avocat belge est une personnalité forte et atypique. Ami de Boris Vian et de Louis Armstrong, il s’intéresse au jazz autant qu’à la poésie, deux sujets sur lesquels il publiera nombre d’ouvrages. Il vénère Guillaume Apollinaire et il a près de 50 ans lorsqu’il décide de retrouver celle qui a inspiré ses plus beaux poèmes, en particulier « La Chanson du Mal-aimé » et « L’Émigrant de Landor Road ». Continuer la lecture

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Picasso et Eluard en toute adéquation

Paul Éluard calligraphiait avec soin les listes de ses achats d’art. Près de quatre cents œuvres seraient passées entre ses mains, dont celles de Dali, Giorgio de Chirico, Max Ernst et bien sûr Pablo Picasso. Comme il est bien établi que la poésie ne nourrit guère son homme, Éluard avait trouvé là de quoi arrondir substantiellement ses fins de mois, financer de quoi vivre avec élégance. Sans être un acteur majeur du marché de l’art, il était semble-t-il un acheteur avisé. De même qu’objectivement il a su valoriser l’étroite amitié avec Picasso, promouvant avec constance l’œuvre du peintre et jusqu’à intégrer son art dans ses propre publications. On peut dire sans insulter personne qu’il y avait entre les deux hommes, tout à la fois une forte proximité intellectuelle et une convergence d’intérêts bien compris. L’un assurait la promotion de l’autre et inversement. Et c’est cette amitié, durable jusqu’à la disparition du poète, qui fait l’objet d’une intéressante exposition au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis. Continuer la lecture

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Du champagne dans la bottine

Même si la main est gantée, même si la bouche est masquée, nous sommes privés de baisemain. Non pas que nous le pratiquions, hormis quelques éléments d’élite de notre lectorat, mais le seul fait d’en être privé a rétabli un manque dans la panoplie des civilités. Sans aller jusqu’au baise-pied qui ne s’appliquait qu’aux papes, le baisemain relève tout de même, bien plus qu’un choc de coudes, d’un haut niveau de savoir-vivre. Mais les valeurs se sont inversées. Plus on tient ses distances en effet, mieux nous sommes perçus. Tout contact est désormais proscrit et il nous faudra du temps pour réapprendre les embrassades et autres manifestations d’affection ou de simple politesse. Continuer la lecture

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Beethoven plus jeune que jamais

Comment ça 250 ans ? Déjà ! Pas vraiment vu le temps passer et pourtant je suis bien né le 16 ou peut-être le 17 décembre 1770 (jour de mon baptême à l’église voisine de la Remigiuskirche), à Bonn au 515 de la Bonngasse. Aujourd’hui, si vous voulez venir me voir, c’est au n° 20, bâtiment du fond. La porte à deux battants est toujours là, de même que le petit jardin (ci-contre) et la pompe à eau. Les deux guerres qui ont ravagé au XXe siècle l’Europe et mon pays natal ne l’ont par chance presque pas endommagée. Ma maison natale est donc un des rares témoignages des maisons de mon époque à Bonn qui comptait alors 11.000 habitants. Rénovée et bien entretenue, elle est devenue aujourd’hui un musée dédié à ma vie et à mon œuvre, ce qui me réjouit. Continuer la lecture

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Robert Johnson, mythe absolu du blues

Tel est le plus grand mythe de l’histoire du blues : dans les années 1920, aux États-Unis, le jeune bluesman Robert Johnson (1911-1938) aurait rencontré le diable à un carrefour, et lui aurait vendu son âme en échange d’un fabuleux talent de guitariste, pacte faustien qui aurait entraîné sa mort à 27 ans. Ses dons et sa fin tragique ont perpétué le mythe, d’autant plus qu’on ne savait à peu près rien de lui.
Deux historiens Américains passionnés par la naissance du blues dans le Delta du Mississipi se sont consacrés aux mystères entourant R.J. depuis les années 60. Ils y ont consacré une grande partie de leur vie, décidant à un moment donné de publier un livre commun : après quelque soixante-dix ans de recherches, Bruce Conforth et Gayle Dean Wardlow ont publié l’an dernier «Up jumped the Devil The Real Life of Robert Johnson», traduit cette année au Castor Astral («Et le diable a surgi La vraie vie de Robert Johnson»).
Non pas par plaisir de détruire le mythe, mais pour rendre justice à leur idole, et tenter de cerner comment un petit joueur de blues du Mississipi Delta est devenu un génie musical, tout seul et probablement sans l’aide du diable. Continuer la lecture

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Temari et Mizuhiki, l’art du cadeau au Japon

Les arts populaires traditionnels japonais se sont développés ces dernières décennies en Occident où les mangas, l’ikebana (art floral), l’origami (art du papier plié) ou le kirigami (art du papier découpé) ont leurs adeptes. On connaît moins le Temari et le Mizuhiki, deux autres formes d’artisanat traditionnel, que l’on peut découvrir au «Shinise Memorial Hall» de Kanazawa, un petit bijou de musée (ci-contre).
Kanazawa, 470 000 habitants, capitale de de la préfecture d’Ishikawa (nord de l’île de Honshu), a été un shogunat riche et puissant. Le «Shinise Memorial Hall»  se trouve dans son magnifique quartier historique Nagamashi, qui regroupe d’anciennes résidences de samouraïs ainsi que des maisons de commerce et propriétés de grandes familles influentes. Continuer la lecture

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Garde à vue à l’italienne

Avidement, juste par-dessus l’épaule du greffier, ou de la greffière, nous lisons, indiscrets, sans pouvoir quitter le texte des yeux. C’est un procès-verbal, dans une police dactylographique un peu à l’ancienne, comme si, en ce palais de justice, on tapait encore à la machine. «Q» pour question. «R» pour réponse. Chaque mot prononcé est fidèlement retranscrit.
En 172 pages, denses et sèches, Erri de Luca ne nous divertira pas en nous livrant un quelconque détail sur celui ou celle qui prend en note cet âpre dialogue qui se déroule dans le bureau d’un juge d’instruction. L’invisible scribe est à peine un témoin, plutôt un outil, la clé qui nous permet d’observer ce qui se joue dans ce bureau. Un autre personnage tentera d’exister. Vainement. Continuer la lecture

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Marc Riboud, le photographe voyageur

Suite au legs de l’intégralité de l’œuvre de Marc Riboud (1923-2016) au Musée national des arts asiatiques-Guimet, l’institution publique présente aujourd’hui une grande rétrospective du photographe récemment disparu. Dans une optique chronologique, avec pour fil rouge les nombreux périples de cet éternel voyageur, parmi lesquels l’Asie a toujours dominé, l’exposition “Marc Riboud. Histoires possibles” nous convie à un parcours de plus de cinquante années, de la France de l’immédiat après-guerre à la Chine de 2006. Nous y découvrons le regard éminemment personnel et sensible d’un artiste sur son temps, dans lequel prédominent à la fois un grand souci de la composition et un profond intérêt pour l’être humain. Voici donc un aperçu d’une exposition dont la date d’ouverture est depuis hier sous scellés. Continuer la lecture

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« Mank » ou la genèse de « Citizen Kane »

Qui aurait pensé que l’histoire du scénario de « Citizen Kane » (1941) pourrait donner lieu à un film palpitant ? Eh bien quelque quatre-vingts ans plus tard, la démonstration nous en est faite.
Sans doute la plupart d’entre nous ont-ils toujours pensé que le genius boy Orson Welles était le scénariste de ce qu’on appelle volontiers « le plus grand film de l’histoire du cinéma », d’ailleurs il figure bien au générique comme scénariste. Mais il n’est pas seul, et c’est précisément l’histoire du co-scénariste qui nous est contée, le cinéaste David Fincher osant contester le vrai rôle du genius boy dans l’écriture de son chef d’œuvre. La question va se poser vers la fin du film. Continuer la lecture

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