La villa Savoye unit sa lumière au son d’Haroon Mirza

Aspect intérieur de la villa Savoye et l'installation de Haroon Mirza. Photo: Les Soirées de ParisSe définissant davantage comme un expérimentateur qu’un artiste, Haroon Mirza a pris connaissance de la villa Savoye les yeux bandés afin d’y installer du son. Se faisant stéthoscope il a d’autant pu entendre battre le cœur de la célèbre maison qu’elle est restée dramatiquement sonore. On s’entend facilement parler d’une pièce à l’autre tellement Le Corbusier, son fondateur, s’est soucié comme d’une guigne du confort pratique de ses propriétaires.

Et d’ailleurs, le 7 septembre 1936, Madame Savoye écrivait ceci, en termes encore aimables, à Monsieur Le Corbusier.

Monsieur,
J’espère que vous êtes rentré de vacances et que vous allez pouvoir venir à Poissy.
Il pleut dans l’entrée, il pleut dans la rampe et le mur du garage est absolument  trempé. D’autre part il pleut toujours dans ma salle de bain qui est inondée à chaque pluie ; l’eau passe par la fenêtre du plafond. Le jardinier aussi a de l’eau plein les murs. Je voudrais bien que l’on arrange tout cela pendant que je suis encore ici. Je suis à Poissy tous les jours de cette semaine sauf mercredi après-midi et jeudi matin. Mais j’aimerais mieux qu’un coup de téléphone me prévienne de votre visite. Avec mon souvenir. E.Savoye

Une lettre qui en dit long sur le désappointement des Savoye lesquels ont finalement assez peu habité cette indéniable réussite architecturale. Ils l’avaient baptisée « les heures claires » d’où le nom de l’exposition en cours, « The light hours ». Cette maison est remarquable de modernité jusqu’au pavillon de gardien à l’entrée dont l’idée était d’en faire un modèle universel.

La villa Savoye. Photo: Les Soirées de Paris

La villa Savoye. Photo: Les Soirées de Paris

L’agencement intérieur fait envie. Et la lumière qui vient de partout met bien en valeur les pièces à vivre. En aplomb sur le grand parc, la cuisine devait faire figure de parangon de modernité tandis qu’aujourd’hui sa désuétude nous charme. Les jours de beau temps la terrasse devait offrir des séjours aussi exquis que chics.

Seulement voilà les Savoye ont fini par quitter les lieux, expropriés par la ville de Poissy qui voulait y construire un lycée géant. La splendide villa a fini par connaître la décrépitude et le visiteur peut constater sa déchéance à travers des photos où elle ressemble à un parking abandonné.

Heureusement que ce bon Malraux, ministre de la culture à tout faire, est passé un jour par là alerté par les amateurs de Le Corbusier, pour sauver le bâtiment de la destruction et ordonner une restauration qui, encore aujourd’hui, nécessite retouches et perfectionnements, sous la houlette du Centre des  monuments nationaux.

Haroon Mirza, le jour de l'inauguration. Photo: Les Soirées de Paris

Haroon Mirza, le jour de l’inauguration. Photo: LSDP

C’est à l’initiative de ce dernier et du groupe fromager Bel (1) que Haroon Mirza y prend ses quartiers jusqu’au 29 juin. Arrivé les yeux bandés le jour de l’inauguration, initiative qui relevait un peu du gadget destiné à chauffer un peu l’image, le créateur sonique a su exploiter la défaillance acoustique des lieux et la générosité de la lumière. Ses sons, qui ne sont pas sans évoquer le synthétiseur du précurseur allemand Kraftwerk, se faufilent d’une pièce à l’autre avec des variations indexées sur l’intensité lumineuse captée par des panneaux solaires.

On peut aller y rêver les yeux grands ouverts sans craindre d’y prendre la pluie. Mais c’est bien mieux par beau temps. Renseignements.

Ou aller revoir son cabanon bien plus abordable.

(1) C’est incidemment La Vache qui rit l’une des marques du groupe Bel qui avait participé au centenaire de l’expédition dans le Jura, en octobre 1912 de Francis Picabia, Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire.

Aspect intérieur dela villa Savoye. Photo: Les Soirées de Paris.

Aspect intérieur dela villa Savoye. Photo: Les Soirées de Paris.

 

 

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3 réponses à La villa Savoye unit sa lumière au son d’Haroon Mirza

  1. Jip dit :

    La « machine à habiter » prend l’eau de toutes parts ? Basta, depuis quand les œuvres d’art devraient être habitables ?

  2. de FOS dit :

    Les collectionneurs Sarah et Michaël Stein se plaignaient de l’humidité qui régnait dans la maison Esprit nouveau que Le Corbusier leur avait construite en 1927 à Vaucresson. Le beau sans le confort, un environnement de riche.

  3. Ping : Le Corbusier à froid | Les Soirées de Paris

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