Héroïnes

Hebdomadaire "Les Ailes", mai 1937. Photo: Les Soirées de ParisA cette époque les Femen n’existaient pas mais ces deux-là ne manquaient quand même pas de cran. Selon l’hebdomadaire « Les Ailes », daté 27 mai 1937, Claire Roman et Alix (Alice ?) Lucas-Naudin continuaient alors et sans encombre leur périple retour.

A bord de leur Salmson Phrygane elles étaient parties en avril depuis Paris (Le Bourget) afin de rallier Pondichéry, nous avait déjà appris en Une, le Petit Dauphinois (édition 23 avril 1937). Avec leur monomoteur qui frisait les 200 kilomètres heures, elles avaient atterri à Karachi le 18 mai. Le 20 elles étaient à Gwadar (Baloutchistan) avant de rallier Bagdad le 22 mai puis Damas le lendemain.

Hélène Boucher, Mme Becker, Annette Gipson, Helen Frigo, Harriett Sackett, Helen Richey, Crystal Mowry, Edith Mc Cann,  Margaret Bain Tanner… dans sa seule édition du 27 mai 37, l’hebdomadaire « Les Ailes » énonçait presque banalement les noms correspondant aux derniers records emportés par des aviatrices. Des héroïnes comme on les aimait.

Une du Petit Dauphinois, avril 1937. Photo: LSDP

Deux années avant la guerre, la France adorait voler. Ce n’était pas compliqué de s’acheter un avion. Il suffisait d’aller chez l’agent le plus proche, par exemple chez Paul Legastelois au 26 rue des Perchamps dans le 16e arrondissement, ou en composant Jasmin 38-73 et on pouvait repartir avec un Caudron-Renault tout neuf sous le bras sauf à choisir un Eagle moteur Gipsy-Farmer d’occasion « train rentrant, révisé ». A condition d’avoir les moyens et un peu d’estomac, c’était facile.

Trop peut-être puisque cette édition des « Ailes », dont les petites annonces sont riches d’enseignement, nous informe sur quatre lignes que telle « aviatrice-pilote » est à la recherche de meetings pour effectuer « toute acrobatie classique, lente et vol sur le dos » à des prix « raisonnables ».

La dernière des petites annonces de la page 16 signe peut-être pour l’engouement des airs un début de déclin puisque cette fois il s’agit de trouver « un vélo femme bonne occasion ». Cela faisait déjà moins rêver qu’un Salmson Phrygane.

D’ailleurs la Une de l’hebdomadaire consacrait en quelque sorte la banalisation en cours du transport aérien en montrant un prototype en cours d’essai à Toussus-le-Noble du Farman 224 aménagé « luxueusement » par Air France pour emmener 40 passagers vers Londres.

C’est tout l’intérêt de ces vieux journaux que nous donner encore à rêver pendant que les Airbus A380 emportent des centaines de passagers pour la plupart indifférents à la geste technique.

PHB

 

PS : Le nom d’Airbus me rappelle une anecdote vécue il y a un peu moins de 15 ans au pied des unités de montage à Toulouse. J’y étais en reportage pour un journal qui n’existe plus. La personne qui m’accompagnait me vantait les règles de sécurité de construction et notamment le traçage maniaque de chaque élément constitutif d’une carlingue, du plus petit au plus grand. Rien ne pouvait se perdre, pas une vis, pas un rivet.

Photo: LSDP« Une vis comme celle-là ? », ai-je demandé alors que je venais d’en ramasser une par terre. Et cette vis je l’ai toujours.

Print Friendly, PDF & Email
Be Sociable, Share!
Ce contenu a été publié dans Presse. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Héroïnes

  1. jmc dit :

    Les journalistes piquent des vis sur les chaînes de montage, et on s’étonne des problèmes de l’aéronautique européenne. La faute aux médias, vous dis-je …

  2. Jean-François Muller dit :

    Il y a semble t il une faute de frappe :il s’agit de l’aviatrice Claire Roman et de son amie Alix Lucas Naudin . Merci d’avoir réuni ces documents

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *