Dans la peau d’un moineau

L'affiche de Bird People. Photo: LSDPL’un des aspects parfaitement anecdotiques de « Bird People » est que l’on en sort avec, bien incrustés en mémoire, les premiers gestes d’une femme de ménage lorsqu’elle pénètre dans la chambre d’un hôtel de luxe. Cette scène est maintes fois répétée, au point que l’on pourrait postuler dans un Holiday Inn, lieu névralgique du film. Sachez que pour bien nettoyer une chambre, il faut commencer par ramasser tout ce qui doit être jeté.

Rien en revanche dont on ait envie de se débarrasser dans ce film, si ce n’est quelques longueurs, mais on est tellement formaté de nos jours aux films de 90 minutes et moins que tout dépassement nous semble rapidement démesuré.

Bird People est l’histoire de deux personnages, se trouvant au même moment dans un hôtel, au bord des pistes de Roissy. L’un est un homme d’affaires américain, l’autre est une étudiante qui fait des ménages.

Gary est venu assister, juste pour une journée, à une réunion dans la capitale française. On le voit au milieu de toute une théorie de gens énervés par le retard d’un projet. L’excellent Hippolyte Girardot s’y interroge sur « l’impact » temporel qu’une modification du projet engendrerait. Rien qu’en en entendant le mot « impact » il nous revient en mémoire d’horribles réunions où chacun aime à se payer de mots malsains. Et déjà le regard de Gary s’évade.

Revenu à son hôtel, il craque, mais on avait déjà bien compris que la révolution couvait en soute. Il appelle ses associés en Californie pour leur annoncer qu’il les largue, enchaîne en vidéo-conférence avec sa femme à qui il explique qu’il veut en finir avec l’état de guerre permanent qui les unit. Gary a pris sa décision.

De l’autre côté Audrey fait les chambres. Elle est de ces femmes anonymes que l’on croise dans les couloirs d’hôtels sans vraiment les voir. On l’aperçoit aussi dans la vie courante avec une scène très bien vue au téléphone où elle répond aux questions singulièrement exaspérantes d’un père qui énerve sa fille comme un peu tous les pères.

L'affiche de Bird People. Photo: LSDP

L’affiche de Bird People. Photo: LSDP

C’est avec elle que Pascale Ferran, l’auteur du film, sort délibérément des clous. Audrey se transforme en moineau et l’apprentie femme de ménage apprend -littéralement- à voler de ses propres ailes. Ce faisant elle devine la liberté, la vraie, celle qui permet de s’affranchir des règles, par exemple celle selon laquelle une femme de chambre ne peut pas prendre l’initiative de s’adresser à un client juste pour lui manifester de la sympathie.

Le film passe alors -un peu trop peut-être- en mode documentaire animalier. On sent que Pascale Ferran la première, a pris du plaisir a se mettre à la place d’un oiseau allant strictement où il veut. Le moineau Audrey plane haut et ne se prive pas pour autant d’aller voir ce qui se passe derrière la vitre des chambres d’hôtels car qui se méfierait d’un simple moineau. Des prises de vues souvent spectaculaires et qui montrent également que le tournage dans l’enceinte de l’aéroport ne date pas d’hier puisque l’on y voit une pub pour un téléphone portable qui n’est plus commercialisé depuis un bon moment.

Racontée cette histoire ne trahit rien, tant c’est bien la mise en scène qui fait la différence. Bird People prend beaucoup de libertés et ce faisant nous fait finalement comprendre que nous n’y sommes pas habitués.

 

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4 réponses à Dans la peau d’un moineau

  1. Je me souviens à propos de la liberté de l’oiseau qu’un écrivain avisé écrivait ceci : «la branche sur laquelle il se pose, c’est déjà un perchoir». PHB

  2. Pierre Derenne dit :

    Hum, votre critique me donne bien envie d’aller voir le film.
    Bon, pour le perchoir c’est déjà bien sympa de pouvoir le choisir. Non ?

  3. Certes, cher fidèle lecteur. PHB

  4. Jip dit :

    Prendre des libertés, c’est tellement rare, actuellement. Voilà qui donne encore plus envie de découvrir ce film ! Merci

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