Eau bénite et muscadet

Il y a à Paris un point d’approvisionnement en eau bénite. Pas celle que l’on trouve un peu partout dans les bénitiers et dans lesquels on trempe le bout des doigts juste avant de faire un signe de croix. Non, celle de l’église Saint-Sulpice est bonne pour la consommation. Ainsi il y a des gens qui chaque jour  s’y déplacent munis d’un récipient vide. Plus précisément ils se rendent dans une alcôve au fond à droite et trouvent là une sorte de réservoir sombre avec un robinet qui permet de faire le plein. Avec une mention « eau bénite » des plus claires prévenant l’assoiffé qu’il a atteint son but.

Tout cela peut paraître très désuet en 2018, mais ce rituel se pratique toujours, soit pour entretenir la foi, soit en guise de potion destinée à recouvrir des forces, soit pour étancher une soif de liturgie,  soit pour chasser le diable ou pour tout autre motif qui relèverait de l’intime et que nous n’avons pas à connaître. Il est bien rare que l’usage d’eau bénite fasse l’objet d’une actualité mais il se trouve qu’au mois d’août 2018, des croyants se sont plaints de maux de tête ou de picotements après avoir utilisé l’eau des bénitiers de Notre-Dame. C’est le journal Le Parisien qui a révélé cette affaire inédite. Par précaution les bénitiers ont d’ailleurs été vidés et javellisés avant d’être remis en eau. Ce qui n’est pas plus mal pour ceux qui ignorant l’adresse de Saint-Sulpice se seraient aventurés à en siphonner discrètement le contenu pour faire des provisions.

L’eau bénite consommable est rare et ce n’est certes pas dû au climat dont la variation n’a toujours pas été réglementée. En matière d’eau consacrée, l’épiscopat serait bien avisé d’élargir son offre. Rien que dans les environs de Saint-Sulpice, il y aurait à faire. Ne serait-ce qu’en bénissant tout simplement la fontaine de la place et son eau généreuse. Avec ses quatre cardinaux statufiés elle aurait toute sa légitimité à se transformer en bénitier géant. Tout en baptisant par aspersion, les jours de grand vent, les passants incroyants.

La mesure pourrait aussi s’étendre à la fontaine Wallace toute proche devant son nom au philanthrope anglais du même nom et qui paya pour leur installation. Mais la laïcité de l’édicule, constitue à notre époque intransigeante, une barrière infranchissable. Et cela vaut aussi pour la fontaine toute proche de la rue Bonaparte (ci-contre).

Une idée consisterait à bénir le vin de messe, celui qui est utilisé durant la cérémonie de l’eucharistie et à en organiser sa diffusion. Cela pourrait faire revenir de nombreuses brebis égarées ou favoriser de nouvelles adhésions à la foi chrétienne et multiplier par ailleurs les deniers du culte. En principe il est rouge puisqu’il est censé représenter le sang du Christ. Mais depuis l’élection du pape François, le muscadet (blanc donc) peut aussi emplir les calices de toutes ses fraîches nuances. Selon le quotidien Presse Océan c’est un « viticulteur installé au Landreau depuis cinq générations »(Guy Bossard) qui a eu l’heureuse surprise de voir son muscadet sélectionné par le Vatican. Bon à savoir lorsque l’on veut se désaltérer sans culpabilité excessive et avec la tacite bénédiction de l’autorité suprême.

PHB

Print Friendly, PDF & Email
N'hésitez pas à partager
Ce contenu a été publié dans Anecdotique. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

5 réponses à Eau bénite et muscadet

  1. Bruno Sillard dit :

    Nom de Dieu, il en a dans le chou le Bonnet, à se demander si, pour arroser ce papier, il en a bu tant du muscadet que pour éteindre une soif digne d’une grande marée qu’il dû s’en faire fabriquer un hanap !

  2. Marie-Hélène Fauveau dit :

    François fait la révolution !

  3. iturralde dit :

    il me tarde d’etre à demain pour encore me régaler comme tous les matins de votre insispensable chronique . Mila esker !

  4. DIDIER DERIGNY dit :

    En principe il est rouge ?
    Oui mais seulement italien et au Vatican.
    Ailleurs, le vin de messe est depuis longtemps blanc pour des raisons pratiques :
    production locale , ne tache pas les linges d’autel.
    Et puis la fontaine est dite des Quatre Point(s) Cardinaux, ses personnages statufiés n’ayant jamais été Cardinaux, mais Evêques .
    Restons en l’eau, restons en là .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *