Le verbe écorché de Mell aux Trois Baudets

La Place Blanche a retrouvé des couleurs. Depuis 2009, les Trois Baudets font à nouveau feu de tout bois pour assurer leur mission de soutien à la jeune chanson francophone. Mettant un terme à une parenthèse de près de quarante ans, après que cette salle mythique a permis à tant d’artistes, de faire surface dans les années 40 à 60. Pour pas cher (merci la Mairie de Paris, délégataire de ce «service public») on y déniche aujourd’hui mille trésors.

Et vendredi, le 8 juillet donc, en plein dans le mille, Mell prend place sur scène. Attention, soirée mouvementée. Depuis six ans et les Découvertes du Printemps de Bourges 2005, c’est un bonheur de suivre cette jeune nancéenne, auteure, compositrice, interprète.

Elle reste si méconnue pourtant. Tant mieux en un sens, cela m’avait permis de la déguster à La Loge, rue La Bruyère, soi-disant le plus petit théâtre de Paris, presque une consécration de non-reconnaissance publique. Ou de la découvrir par surprise il y a quelques semaines seulement, qui jouait la guitariste d’un soir au Sentier des Halles dans l’ombre de la fragile Lola Lafon, à l’occasion de la sortie par cette dernière d’un livre chez Flammarion et d’un disque chez Harmonia Mundi.

Le quatrième album de cette boule de feu de Mell, «Western Spaghetti», est lui sorti au printemps. Huit ans après «Mon pied en pleine face», un premier disque dont le titre reste une profession de foi.

L’artiste trimballe sa guitare, elle nous offre de la chanson réaliste comme on dit, sans concessions, sans prétentions. C’est tour à tour violent (elle est ma caution punk) et attendrissant. Sur scène, une énergie du diable, une voie qui crache le miel puis le venin. Il y a peu de lendemains qui chantent dans ces textes qui causent des errances de la jeunesse, des amours impossibles, de condition sociale périlleuse. «Allez viens, on va danser sur le trottoir d’en face / La marée laissera peut-être notre carcasse» clame Mell pour se consoler, comme un écho au «Non Jeff, t’es pas tout seul / Mais arrête de pleurer / Comme ça devant tout le monde» de Jacques Brel, ancien locataire des Trois Baudets. Au 64 Boulevard de Clichy, l’histoire de la chanson, est un éternel recommencement.

 La page du concert sur le site des Trois Baudets

La chanteuse Mell. (dr)

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1 réponse à Le verbe écorché de Mell aux Trois Baudets

  1. Byam dit :

    Post Scriptum – After show – Mell est décidément indispensable – retour du Boulevard de Clichy, les supermarchés du sexe triste brillent de mille feux alors que la salle des Trois Baudets ferme ses portes – Merci pour la bonne soirée – cette nuit je n’irai pas danser sur le trottoir d’en face

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