A Rouen, l’art est aussi dans la rue

Oeuvre murale de Ramon Martins à Rouen. Photo: MPSAvant à Rouen, il y avait la cathédrale, le centre ville historique et le musée des Beaux Arts. Avant, pour embellir les villes, on rendait hommage aux grands hommes en érigeant des statues, des monuments aux morts ou plus récemment des sculptures abstraites. Dans les années 70 pour peindre les murs, on faisait des peintures en trompe l’œil autour des ouvertures existantes. L’art de la rue a bien changé et les graffeurs aussi.

Dorénavant on viendra à Rouen pour le « 1 day trip » (un circuit d’une journée, en français) pour faire le tour des œuvres d’art urbain réalisées en ville en format XXL. En confiant à Olivier Landes la direction artistique d’un vaste programme de commandes de peintures murales, la ville ne s’est pas trompée.

Ceux qu’a choisis Olivier Landes sont pour la plupart diplômés des écoles d’art, ont une renommée internationale, sont maintenant présents dans des galeries ou même des musées. Réparties sur 3 sites, le quartier des sapins, le centre ville et les anciens entrepôts du port, les réalisations des 20 artistes invités -des rouennais mais aussi un argentin, un brésilien, des polonais, un allemand- ne passent pas inaperçues.

Les artistes -des pointures pour la plupart- interviennent donc sur les murs des villes mais revendiquent avant tout l’intégration de leur travail dans les réalités urbaines et sociales de leur lieu d’intervention:  Bault, 38 ans, originaire de l’Aveyron et diplômé de l’école des Beaux Arts d’Avignon a travaillé avec les enfants des écoles et c’est à partir de leurs dessins qu’il a réalisé son sanglier dans le quartier des sapins.

Dans le même quartier, proche de la forêt, le brésilien Ramon Martins a choisi de représenter dans son oeuvre métissée et colorée, un autre habitant de la forêt, un petit renard.

Gaspard Lieb. Photo: MPS

Gaspard Lieb. Photo: MPS

Dans le centre ville, Gaspard Lieb, un rouennais, cumule des études de philo et des études aux Beaux Arts de Rouen. Près du conservatoire il réalise une œuvre en noir et blanc de 6,20 mètres de hauteur en papier collé et qui porte bien son nom « L’apparition »: son danseur semble s’élancer à partir du mur de ce lieu qui mêle musique, danse et théâtre.

A l’entrée ouest de la ville et non loin du fleuve, sur l’emblématique hangar 23, une ancienne salle de concert, le vénézuélien Satone réalise un signal fort tout de jaune et rouge, une réalisation abstraite qui n’est pas sans évoquer une coque de bateau ou les phares des voitures qui passent la nuit sur le pont Flaubert.

Toujours dans le quartier du port, Brusk -originaire de Lyon et diplômé des Beaux arts de Saint Etienne- nous livre son « Giant Squid » ou Calamar géant sur 400 m2 de la façade du hangar 11 en bord de Seine, une œuvre impressionnante et vouée à une démolition certaine d’ici à peine quelques mois. Telle est la vie des œuvres de la rue condamnées bien souvent à n’être qu’une vitrine éphémère du talent de leurs auteurs.

Parmi ces stars de l’art de la rue, la ville n’a pas oublié le plus humble d’entre eux tous: Alain Rault. Il connaît bien la rue et plus particulièrement les rues du quartier de la gare car c’est dans la rue qu’il vit, sans abri et désocialisé depuis plus de 30 ans.

Il grave inlassablement les portes,les gouttières, le mobilier urbain avec la pointe d’un d’un couteau ou un clou. Il grave des mots dans une calligraphie qui lui est propre, en lettres capitales. Les mots se superposent, se chevauchent sans logique et sans autre signification que leur accumulation. Peu importe, il est là tous les jours et inlassablement réalise son œuvre, une œuvre qui lui survivra sans aucun doute dans les rues de Rouen.

Marie-Pierre Sensey

Commandes publiques réalisées à l’occasion de l’opération « Rouen impressionnée » 3ème édition. Photo d’introduction: Ramon Martins ©MPS

Inauguration le 2 juillet prochain.

Réalisation signée Brusk. Photo: MPS

Réalisation signée Brusk. Photo: MPS

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1 réponse à A Rouen, l’art est aussi dans la rue

  1. Isabelle Fauvel dit :

    Merci pour ce très bel article et ces photos magnifiques qui donnent envie de sauter dans le premier train pour Rouen !

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