Parlez-vous le journaliste?

Arrivée à la croisée des chemins, ayant le vent en poupe et caracolant en tête des sondages, l’opposition ne connaît pas la crise. Soucieuse de faire entendre sa petite musique, elle en rajoute une couche en mettant les pieds dans le plat. Jouant désormais dans la cour des grands, elle invite le gouvernement, attendu au tournant, à revoir sa copie. Décidément, c’est un véritable bras de fer qui s’engage, dont l’issue paraît cependant incertaine, tant au royaume des aveugles les borgnes sont sourds. Car depuis que le projet est connu, l’inquiétude demeure, devant le test de la rue. Parallèlement, ironie de l’histoire, les syndicats, vent debout, dégagent en touche en renvoyant la balle dans le camp du ministre du travail, demeuré droit dans ses bottes. Puisque celui-ci fait la sourde oreille, ils n’entendent pas baisser les bras. Pas question de noyer le poisson en jetant le bébé avec l’eau du bain. Certes, ils affichent un front uni, mais pour combien de temps ?

Leur revendication lance un pavé dans la mare. Cerise sur le gâteau, elle fera grincer les dents du patronat qui aurait grand tort de se frotter les mains. Reste une grande inconnue, la mobilisation sociale. Si l’exécutif s’efforce d’éteindre le feu, le malaise persiste. Tous les scénarios sont scrutés, tant par le pouvoir que par les partenaires sociaux. Guetté par les politologues, le gouvernement marche sur des œufs, et traverse une zone de turbulences.
Partie émergée de l’iceberg, cette goutte d’eau va faire tache d’huile, en mettant le feu aux poudres par effet boule de neige. On se demande à qui profitera le crime, car le risque zéro n’existe pas, et l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Toutefois, contactés par e-mails, les services compétents n’ont pas souhaité répondre à nos demandes d’interview. Mais si l’on en croit des sources proches du dossier, il semblerait néanmoins que la thèse du complot se voit relancée et que le dossier puisse avoir atteint un point de non retour.

Il conviendra alors de renverser la vapeur, et de refiler la patate chaude, sans hurler avec les loups. Affaire à suivre, car ces images ont fait le tour du monde, un an, jour pour jour, après la première manifestation de la Bastille à la République. Elle aurait regroupé 100.000 participants aux dires des organisateurs, 4.000 selon la Préfecture. Elle avait permis de découvrir le pot aux roses en donnant un signal fort à l’heure du choix. Mais revoilà le spectre des lendemains qui déchantent… et la crainte qu’une étincelle venue d’un sujet connexe ne vienne enflammer le débat public.

Naturellement, ce message clair indique que plus rien ne sera comme avant, la barre fatidique étant désormais atteinte en dessous du seuil de pauvreté. Le bilan ne cesse de s’alourdir, sous la houlette du président, désormais au banc des accusés. Sortant de sa réserve, il se veut rassurant tout en restant dans le collimateur de la justice, mis sur la sellette, mais cochant toutes les cases, il va reprendre son bâton de pèlerin. La dernière proposition de loi marque des points, en dépit de la crainte des seniors et de certains députés. Situation inattendue qu’on pourrait qualifier de hors-normes.

Le chassé-croisé des voitures officielles, dont on a resserré les boulons, empêchera de tirer à boulets rouges sur les ambulances. Devant le cortège bon enfant des manifestants, haut en couleurs mais bien connu des services de police, il a fait la chronique d’une crise annoncée, frôlant un marasme sans précédent, car de nouvelles révélations fracassantes sont apparues. Incontournables, les prochaines échéances électorales laissent entrevoir un nouveau changement à la tête de l’Etat. Toutefois, le président conserve le droit à l’erreur, et plus déterminé que jamais à mettre les bouchées doubles sans céder aux vieux démons, (c’est inscrit dans son ADN et cela constitue sa marque de fabrique), il doit éviter le combat de trop. Les masques étant enfin tombés, un coin du voile pourrait alors être levé. On sait dans les milieux généralement bien informés que l’explication des gravures ne va pas manquer d’inspirer les plus vives inquiétudes. Tous les indicateurs étant désormais au rouge, on a franchi la ligne jaune et les langues commencent à se délier: à force de traire la vache à lait, le bouc émissaire pourrait bien tuer la poule aux œufs d’or.

 

Jean-Paul Demarez

 

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11 réponses à Parlez-vous le journaliste?

  1. ROUSSEAU dit :

    Très drôle ! merci pour ce pamphlet inspiré !

  2. Hormiguero dit :

    Bravo à Jean-Paul Demarez d’avoir brisé le plafond de verre !

  3. « Une véritable page d’anthologie », si je comprends bien !

  4. Philippe PERSON dit :

    Qui se souvient de Robert Beauvais et de son « Parlez-vous Hexagonal ? ». Jean-Paul, peut-être…
    Ce qui est amusant, c’est qu’on pouvait écrire la même chose il y a cinquante ans. Donc, ce n’est pas très grave. Moins grave que la bataille de chars dans les plaines d’Ukraine dans quelques semaines…

  5. Marc Piccolin dit :

    Savoureux ! il ne manque à l’appel que le maître des horloges !

  6. Joëlle SEGERER dit :

    Si certains manquent d’inspiration, ils ont là de quoi recharger leurs accus ! Un festival !

  7. Byam dit :

    Bravo et merci Jean-Paul pour cette compilation

    • Bruno Sillard dit :

      Ce savoureux papier ne saurait s’achever par la pensée universelle qui du passant, jeune qui croise a crose un micro trottoir entreprenant, la consommatrice de plus de cinquante ans au retraité qui s’en va inévitablement finir le siècle…
      En deux mots comme en cent, c’est compliqué.

  8. Dupuis Bernard dit :

    bdupuis0536@gmail.com. Bien évidement il est consternant de ne pas s’intéresser aux chars .Ceci devait être dit. Un seul mot m’est venu à l’esprit en lisant le billet de J.P.Demarez :virtuosité.

  9. Frédéric Maurel dit :

    Cela nous permet de sourire malgré le désastre que s’annonce être 2023 :

    L’année 2022, farceuse et dérisoire
    Celle qu’on avait cru du renouveau n’est plus
    Et si de la covid notre angoisse a décru
    La haine a redoublé, à mon grand désespoir

    Des crétins cacochymes imposent leur vision
    Et déclenchent des guerres pour rester au pouvoir
    De vieux atrabilaires confits en religion
    Déshonorent leur peuple qui meurt à l’abattoir
    Des femmes meurent encore pour des questions d’honneur
    Ou pour avoir voulu prendre leur liberté
    Et partout des enfants travaillent, souffrent et meurent
    De faim ou d’abandon, fruits de nos cruautés

    Pourtant, de ces décombres couverts de fumerolles
    S’extirpant avec peine de ce chaos graisseux
    L’année 2023 exhibe ses guibolles
    Et fièrement nous toise, brillant de mille feux
    Nous invite à l’amour, aux illuminations
    Et aux ressouvenances de nos verts paradis

    Sous la lumière bleue, pure liquéfaction
    Les doux mots de l’enfance et les plaisirs enfuis
    Bruissent à nos oreilles et nos yeux éblouis

    Alors, dans un silence d’une gravité mystique
    L’un d’entre nous s’émeut et, tel un converti
    D’un chant délicieux quoiqu’apocalyptique
    Désamorce les guerres, dénoue les religions
    Désosse les pouvoirs et l’argent qui corrompt
    Et vif comme un virus dévoilant les visages
    Son art universel fait cesser les carnages

    Surpris et incrédules, les onusiens s’affolent
    Et les gouvernements affairés se concertent
    Mais il leur faut bientôt admettre l’évidence
    L’année 2023 est leur dernière chance
    D’un voile de douceur et d’une vie paisible
    Avant que la planète, lasse de ces nuisibles
    Ne relance sa quête d’autres formes sensibles
    Excluant les humains, qui ont manqué la cible.

    FML

  10. Jean-Bernard Véron dit :

    Celui qui a écrit ce papier mérite un bravo non pour le fond de son propos, mais pour ses galipettes verbales. En outre aucun droit d’auteur qu’il aurait à payer pour ces multiples emprunts aux bons mots et aux formules amusantes qui se baladent dans notre langue depuis la nuit des temps.
    JBV

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