La bonne vieille potence des westerns a disparu du paysage judiciaire des États-Unis. Elle n’était plus prévue que par la législation du New Hampshire. Mais cet État a renoncé , en 2019 à l’application de la peine capitale. La guillotine n’en a jamais fait partie. Trop de sang. Contraire au VIIIe amendement qui dispose: « Il ne pourra être …infligé de peines cruelles ou inhabituelles aux condamnés ». Ici aux condamnés à mort reconnus coupables de meurtre aggravé. Les États Unis d’Amérique préconisent en la circonstance des moyens présentables. Les 27 États persistant à y avoir recours ont d’ailleurs le choix entre plusieurs procédures. La chaise électrique a eu longtemps la faveur. Elle apportait une note moderne et propre à l’opération. Un fort voltage envoyé par cycles de quelques secondes provoque rapidement un arrêt cardiaque. Elle fut la méthode principale de mise à mort pendant tout le XXe siècle. Toutefois un nombre trop important de ratages, notamment pour contacts défectueux l’ont relégué au rang de « solution alternative », comme le courant du même nom. L’Alabama, le Mississippi, l’Oklahoma, la Floride, la Caroline du Sud persistent à la proposer en option à l’intéressé.
La chambre à gaz est également inscrite dans le droit de l’Arizona, de la Californie, du Wyoming et du Missouri. Recours classique au cyanure d’hydrogène. Elle permettrait, le cas échéant, l’élimination simultanée de plusieurs condamnés. Toutefois, en 2012, lors du passage de Frank Atwood, assassin d’une fillette de 8 ans, l’Arizona a du y renoncer. Son avocat avait déposé un recours, soulignant que la mère du susdit, juive, avait fui l’Autriche en 1939 pour échapper aux nazis. L’argument a porté. Le meurtrier a finalement été exécuté autrement. Depuis 2024, pour éviter ces rappels historiques de sinistre mémoire, l’Alabama, l’Oklahoma et le Mississippi préfèrent l’inhalation au masque d’azote pur. Asphyxie rapide garantie. Élu républicain de l’Oklahoma, l’honorable Mike Christian a fait choisir cette « méthode pratique, efficace et humaine ». Il s’est fondé sur l’expérience de l’American veterinary association qui en préconise l’usage pour les animaux, même de grande taille.
La fusillade a ses partisans. Sans pour autant avoir été requise depuis 1961. Cependant, au niveau fédéral, elle est prévue pour le 3 décembre prochain. Pete Hegseth, secrétaire d’État à la défense en avait décidé la retransmission télévisuelle. Différents mouvements de protestation ont conduit à renoncer à une telle publicité. Toujours soucieux de bons exemples, le Président Trump l’a déploré: « cette diffusion en direct aurait constitué un puissant moyen de dissuasion pour le monde entier ».
En février 1977, l’Oklahoma, apparemment novatrice en la matière, sous l’influence du docteur Stanley Deutsch s’est prononcé pour l’injection létale. Depuis elle est devenue la principale technique employée. Le protocole initial prévoyait l’injection simultanée d’un barbiturique d’action rapide, le thiopental et d’un curare, la tubocurarine. Exactement l’induction anesthésique de l’époque, sans toutefois une ventilation assistée. Plus, pour faire bonne mesure, une giclée de chlorure de potassium, connue pour provoquer un arrêt cardiaque.
Des opposants ont concrétisé leur hostilité à cette médicalisation des Hautes œuvres de justice. À l’américaine, par lawyers interposés. Motifs des contestations: les substances sont administrées hors prescription médicale, la fonction de bourreau n’est pas définie comme un mode d’exercice de la médecine, le mode d’emploi de ces produits ne figure pas dans les indications retenues pour leur autorisation de mise sur le marché. En dépit de ces tentatives d’obstruction, le principe est demeuré et son intérêt a séduit d’autres États. L’indice de satisfaction des usagers est hautement significatif. Lorsqu’un État prévoit une solution alternative au choix du client, l’injection est retenue de préférence
En dépit des apparences, la rigueur clinique du protocole n’est pas garantie. Car avec le temps, le nombre de substances administrées a été réduit au seul barbiturique. Lequel, n’étant plus utilisé que de façon marginale en réanimation, pose des problèmes d’approvisionnement. Sa qualité pharmaceutique laisse donc parfois à désirer. Le réseau veineux périphérique du sujet peut également être dégradé et s’avérer peu propice à l’injection de ce produit irritant. Dans un tel cas, le premier anesthésiste venu sait poser un cathéter central. Mais le premier anesthésiste venu, surpris par son association professionnelle à participer à une exécution capitale, se fera immanquablement radier.
Force est de se retourner vers le personnel pénitentiaire. Au risque de l’amateurisme.
La fonction oblige à se lever tôt et ne donne droit à aucun avantage. Mais l’anonymat est garanti. A cette condition, on peut toujours compter sur le volontariat.
Jean-Paul Demarez
Illustration: ©PHB+IA