Il se pourrait que des gens ne connaissant rien à l’opéra se prennent de passion pour la diva que fut Victoria de Los Angeles, grâce au CD paru récemment dans la collection « Les Indispensables » (n°122) de la revue mensuelle Diapason.
Tout simplement parce que son art du chant était d’une somptueuse limpidité lui ayant assuré une des plus belles trajectoires parallèles à celle de la Callas, toutes deux étant nées en 1923. Mais alors que cette dernière se révélait autant tragédienne que chanteuse, sa consœur s’en tenait à une pure ligne de chant parvenant pourtant à révéler toute la richesse des héroïnes qu’elle servait. Touchant simplement et directement au cœur, comme elle disait. Continuer la lecture
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En ce temps-là, Lucky Luke avait toujours son mégot au bec. On n’avait pas encore enlevé sa pipe à monsieur Hulot ni au commissaire Maigret. Des émissions de télévision se déroulaient, aux heures de grande écoute, sous un épais nuage de fumée dont les volutes rendaient parfois les visages flous tout en exacerbant les discussions des invités. On pouvait, sans réservation, acheter un billet de train, se choisir une place et allumer une cigarette sans subir la réprobation générale.
Coincé en quatre murs jaunis et un lino fatigué, Samuel Beckett s’interroge : est-ce la moitié ou seulement un quart de son cerveau qui fonctionne encore ? Il s’observe sans complaisance, lui, le nouveau « résident » d’une maison de retraite (on ne disait pas encore EHPAD en 1989), révolté silencieux et passif contre les horaires et les règlements intérieurs. Il ne s’apitoie pas. Il ne se plaint pas. Mais il boit du whiskey plus souvent qu’à son tour et se couche bien au-delà du couvre-feu en vigueur dans l’établissement pour tenter encore d’écrire, ne fût-ce que deux lignes par nuit. Surtout, il est sans indulgence à l’égard de son corps plus maigre que jamais, couvert d’une peau fripée et transparente, mal supporté par des jambes handicapées par un emphysème envahissant. L’auto-dérision est un sport comme les autres. La dérision aussi. La férocité parfois. Et Maylis Besserie, auteur d’un fascinant livre salué début mai par le Goncourt du Premier roman, prête à Samuel Beckett (1906-1989), le personnage principal et presque unique de son roman, toute cette énergie intellectuelle qu’il mobilise pour sauver la face des derniers mois de sa vie.
Il y a des catalogues bien plus précieux que d’autres et ce n’est pas forcément le prix qui fait la différence. Celui-là a été imprimé en 1959 pour le compte de la galerie Louise Leiris. Il résume cinquante années d’édition de Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), tout à la fois auteur, collectionneur et marchand d’art. Cet éblouissant fascicule rassemble d’extraordinaires signatures et de destins croisés. Poèmes de Picasso illustrés par lui-même, Michel Leiris accompagné de André Masson pour l’image, texte de Gertrude Stein avec la complicité graphique de Juan Gris, Erik Satie en compagnonnage avec Georges Braque, poèmes de Vlaminck ornés par ses propres bois gravés, André Malraux faisant de Fernand Léger son complice… sur moins de quarante pages, c’est un exceptionnel voyage dans l’art et la poésie moderne qui nous est proposé.
On sait que Netflix, multinationale yankee fondée en 1997, reine mondiale du streaming, dispose d’une puissance financière considérable, et que son catalogue de séries et de films est impressionnant. Mais comme on l’accuse de tuer le cinéma puisque les films qu’elle produit ne sortent pas en salles mais uniquement sur les petits écrans du monde entier, elle se préoccupe d’améliorer son image en finançant des films et séries de plus en plus exigeants.
On le nomme Paterson, il habite Paterson dans le New Jersey et sur le fronton du bus qu’il conduit tous les jours, il y a marqué Paterson. C’est ainsi que Jim Jarmusch ne pouvait faire autrement que titrer son film « Paterson » (2015), celui que Arte nous offre en rediffusion jusqu’au 7 juin. Et en plus l’acteur qui joue le chauffeur s’appelle Adam Driver. C’est le héros principal au côté de Golshifteh Farahani, la franco-iranienne qui n’a pas son pareil, la plupart du temps, pour flairer les bons coups cinématographiques. De toute la filmographie de Jarmusch, ce doit être le plus épuré, le plus minimaliste, il n’y pas pratiquement pas d’action, pas de dialogues qui font mouche et un suspense infime.
Ce ne pouvait être qu’un bel enterrement. En imaginant la journée du 10 janvier 1907 à Montbrison (Loire), lors des funérailles du poète Henry J.-M. Levet, Frédéric Vitoux suppose que la foule devait arborer des « têtes de circonstance ». Et il en profite pour préciser que la tête de circonstance est « la base même de la vie en société », une « affaire de politesse ». On aurait tendance à se moquer de ceux qui adaptent automatiquement leur visage à un contexte donné mais Frédéric Vitoux au contraire, estime qu’il faut féliciter ceux qui font de cet usage un geste d’urbanité.
… et plus exactement de « La baie des anges », un film de Jacques Demy sorti au tout début des années soixante, que des circonstances récentes ont conduit à une heureuse exhumation. Ces dernières semaines, Netflix a semble-t-il pensé que son répertoire n’était pas tout à fait à la hauteur des captifs éclairés de la gentry française. La plate-forme américaine est donc allé puiser dans les tiroirs du cinéma français, avec notamment nombre de films de François Truffaut et aussi cette réalisation de Jacques Demy (1931-1990), sorte de discret bijou de famille du cinéma hexagonal.
Dans son livre de cuisine paru pour la première fois en 1954, Alice Babette Toklas livre sa recette de « Fondants au haschisch » qu’elle tenait elle-même d’une certaine Madame Barry. Et sa recette vaut moins par son contenu que par ses commentaires. Elle disait que la formule qui comprenait notamment des dattes dénoyautées, pouvait convenir aux dames d’un club de bridge et aussi bien aux membres ultra-conservatrices de la « Daughters of the American Revolution ». Elle mentionnait que l’ingestion de cette friandise pouvait conduire à de « grands éclats de rire, des rêves extatiques, une extension de la personnalité sur plusieurs niveaux simultanés ». Et concluait drôlement en affirmant que « presque tout ce que Sainte-Thérèse a fait, vous pouvez le faire encore mieux si vous acceptez de vous laisser aller à un évanouissement éveillé ». Alice Toklas ne se contentait pas de livrer des recettes, elle les contextualisait et les accompagnait d’anecdotes avec un humour givré.
Les Parisiens retrouvent l’usage des transports en commun. Désormais ils les empruntent visages masqués et gestes barrières à l’appui. Parmi ces gestes, la distance sociale que beaucoup ont du mal à respecter. Au Japon, elle a toujours été une marque de la culture, même dans le métro.