Félix Fénéon, un esprit d’un temps nouveau

“Critique d’art, collectionneur, anarchiste” (1), mais aussi rédacteur, éditeur, directeur de galerie… la liste semble ne plus vouloir s’arrêter. Personnage à l’énergie débordante, aux activités multiples où l’art et la littérature se rejoignaient sans cesse, Félix Fénéon fut indéniablement une figure majeure du monde artistique de la fin du XIXème-début du XXème siècle.  “Félix Fénéon (1861-1944). Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse”, l’exposition qui lui est actuellement consacrée au Musée de l’Orangerie, est le pendant de celle qui s’est tenue il y a peu de temps encore au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac (2). Alors que cette dernière se focalisait essentiellement sur les pièces d’art africain de cet étonnant collectionneur, celle de l’Orangerie, à travers de nombreuses œuvres des artistes qu’il aimait à collectionner et divers documents d’époque, revient sur sa singulière personnalité. Félix Fénéon, un esprit d’un temps nouveau. Continuer la lecture

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Premier convoi, premier tome

Afin de mieux raconter l’histoire du premier convoi de Parisiens partis coloniser l’Algérie en 1848, Michèle Perret a créé une famille de personnages. Des femmes, des hommes et quelques enfants, tous pauvres, pour lesquels l’État français avait trouvé un bon moyen de les éloigner. La France comptait alors 40% de chômeurs et certains, gilets jaunes avant l’heure, avaient dressé des barricades. Les émeutes avaient été durement réprimées. Des prospectus vantant un pays de cocagne avaient été distribués. Ils promettaient aux volontaires « une petite maison et des terres à cultiver dans un pays de lacs et de rivières où poussent les bananiers, les orangers et le blé à foison ». Ce qui était faux. Continuer la lecture

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La gastronomie envolée d’Edouard Nignon

Cette recette-là n’était pas bien compliquée. Il s’agissait d’un hors-d’œuvre froid intitulé « Les huîtres de Marennes aux tartines de gruyère ». Il fallait parer un pain bis à huîtres, en enlever la croûte et le tailler en petites tranches très minces, étalées de beurre frais. Ensuite il convenait de déposer sur chaque tranche une lamelle de gruyère, couvrir l’édicule d’une nouvelle tartine, d’accompagner le tout d’huîtres très fraîches servies sur de la glace pilée reposant sur une serviette. Encore ne s’agissait-il pas ici d’une recette mais d’une « formule », mot exclusivement utilisé par le chef Édouard Nignon (1865-1934).
Il se trouve qu’un exemplaire original écrit par lui est livré à la dispersion aujourd’hui-même chez Drouot. « L’Heptaméron des Gourmets ou les délices de la cuisine française » est estimé entre trois et cinq mille euros. Il comportait outre la prose de l’auteur, des interventions d’écrivains (dont Guillaume Apollinaire) relatant un banquet intemporel autant que mirifique ou des esclaves demi-nus prêtaient leur chevelure aux convives afin qu’ils s’y essuyassent les doigts. Heureusement qu’à ce prix, cet ouvrage, paru en 1919, est aussi en consultation libre sur Gallica. Continuer la lecture

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Hal Hartley, le retour

Bonne nouvelle, l’ami Hartley est de retour après une très longue absence. Le cinéaste américain retrouve les salles françaises depuis le 25 septembre avec la version restaurée de ses trois premiers films, réunis sous le titre « La trilogie de Long Island » mais hélas pas avec un nouvel opus. Alors, pour celles et ceux qui n’ont pas vu ses films dans les années 90, qui est donc Hal Hartley ? Chouchou des critiques et d’un public tombé sous le charme irrésistible de son univers, qu’un mot résume à lui seul, décalé, Hal Hartley a porté haut et fort les couleurs du cinéma indépendant américain avant de tomber dans un oubli assez inexplicable au siècle suivant. Continuer la lecture

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Mamadou le guérisseur entré au musée

Depuis sa réouverture après d’importants travaux d’agrandissement en 2018, le musée de La Piscine de Roubaix présente aux visiteurs, accroché en bonne place, un curieux vitrail de 60 cm de hauteur sur 42 de large. Œuvre colorée et un peu kitsch, elle représente un élégant Africain en costume cravate, au milieu d’un décor où l’on distingue un arbre en fleurs identifié comme un baobab, un drapeau du Sénégal et un blason avec un lion, une croix et une étoile. L’ensemble est bordé d’une frise tricolore, bleu banc rouge. En dessous, cette inscription : « Au cher Monsieur Mamadou qui m’a sauvé la vie » et une signature mystérieuse : « En témoignage reconnaissant, la marquise  ». Continuer la lecture

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Greco plus que moderne

Il est de bon ton aujourd’hui de considérer que les maîtres anciens du pinceau étaient des « modernes », et les conservateurs de la première grande exposition française jamais consacrée au Greco soulignent bien entendu sa modernité, en affirmant qu’il était à la fois un cubiste et un fauve. Tout simplement. Et nous proposent soixante-quinze œuvres présentées sur des murs blancs pour en faire ressortir la modernité.
Il semblerait qu’en l’occurrence les hommes de l’art n’aient pas tort, car nous assistons éblouis à la découverte ou redécouverte d’un grand maître dont nous ne savions pas grand-chose, et dont l’audace et l’inventivité préfigurent les audaces des siècles à venir.
Ainsi, comme on peut le lire sur les murs, Picasso déclarait-il en 1966 à son ami le photographe argentin Roberto Otero : « Qu’est-ce que tout le monde a de nos jours avec Velasquez ? ([…] Je préfère mille fois Greco. Lui était un vrai peintre ! ». Continuer la lecture

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Ce n’est rien qu’un mariage américain

À en croire la promotion commerciale, Barack Obama aurait dit « bouleversant » en évoquant « Un mariage américain », le dernier roman de Tayari Jones, le premier traduit en français. Ce n’est pas la première fois que l’ancien président des États-Unis est recruté – malgré lui ? – comme VRP par les éditeurs. Dans ce cas particulier, il est en bonne compagnie : The New York Times Book Review, Elle, Les Échos, ou encore le « Women’s Prize for Fiction 2019 » décerné au livre, forment un chœur louangeur. Et ils disent en gros ceci : c’est une magnifique plongée dans la middle class noire américaine. Continuer la lecture

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Guignol persiste et signe

Le mercredi 11 avril 1917, Guillaume Apollinaire écrit à son ami Pablo Picasso qu’il est allé la veille au Guignol des Buttes-Chaumont. Implanté là depuis 1892, le lieu est à ce moment dirigé par un certain Cony dont le patronyme, descendance aidant, personnifiera le lieu jusqu’en 2008 . Notamment un Gaston Cony à qui Apollinaire a d’ailleurs adressé  un texte évoquant le Guignol des Buttes-Chaumont. L’attrait du poète pour ce genre particulier ne s’est jamais démenti depuis qu’il en a découvert les charmes à Lyon (puis en Wallonie) en compagnie de sa mère et de son frère. La baraque de ce haut lieu du 19e arrondissement parisien étant toujours là, il convenait d’aller y effectuer un petit pèlerinage. On y donnait les « Les trois petits cochons », une sorte de drame immobilier diminué des angoisses du crédit à taux variable. Continuer la lecture

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Bruxelles célèbre Brancusi

La Roumanie est cette année l’invitée de la Belgique pour son festival “Europalia“ qui fête ses 50 ans. C’est en effet en 1969 qu’a été créée cette manifestation bisannuelle d’importance, destinée à célébrer le patrimoine culturel d’un pays étranger, pas seulement européen comme le titre pourrait le laisse supposer (on évoquera plutôt ici le personnage mythologique d’Europa). La Roumanie est la 24e pays invité par le royaume. Cette manifestation coïncide à la fois avec les trente ans de la chute du régime Ceausescu et la présidence de l’Union européenne, à laquelle appartient le pays depuis 2007. Ce n’est peut-être pas un hasard. Continuer la lecture

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L’Histoire racontée par les objets

Le théâtre d’objets est actuellement à l’honneur au Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette, un théâtre d’objets qui nous parle intelligemment du monde, avec l’humour et la distance que permet cet art. Ainsi, la compagnie les Maladroits ouvre-t-elle la saison avec le récit de vies imaginaires, celles d’Angel et de Colette, inspirées de personnages anonymes et de faits historiques, la petite histoire racontant ainsi la grande. Après “Frères” qui nous rejouait la guerre d’Espagne à partir d’un morceau de sucre (1), voici que “Camarades”, deuxième volet d’un triptyque traitant de l’héritage entre générations, nous replonge dans Mai 68, à partir cette fois-ci… d’un morceau de craie. La créativité et la dérision sont une fois de plus au rendez-vous et ce pour notre plus grand bonheur. Continuer la lecture

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