La part d’animalité qui est en nous

Dans le cadre de la célébration de son cinquantenaire, le Lucernaire reprend un de ses plus beaux et plus grands succès : “Le Gorille”. Ce spectacle remarquablement interprété par Brontis Jodorowsky, dans une mise en scène de son père Alejandro, est tiré d’un court texte de Franz Kafka de 1917, “Rapport pour une académie”, écrit sous la forme d’un long monologue. Créé en 2010, “Le Gorille” a voyagé un peu partout en France et à l’étranger avant de revenir sur son lieu de départ et c’est avec un immense plaisir que nous le (re)découvrons aujourd’hui. Continuer la lecture

Publié dans Théâtre | Commentaires fermés sur La part d’animalité qui est en nous

Paix à son cendrier

L’une des originalités de cet ouvrage post-mortem est qu’il contient des dessins de l’auteur. Sur cette esquisse, on devine Charles Bukowski lors des nombreuses lectures publiques qu’il a pu donner jusqu’à la fin de sa vie en 1994. Il s’agit d’un ensemble de textes retrouvés, parus dans d’obscures revues de l’underground américain. Il s’intitule « Tempête pour les morts et les vivants ». Et la quatrième de couverture précise bien qu’il s’agit de poèmes. Mais que les amateurs transis de Baudelaire ou de Rimbaud passent leur chemin ou alors qu’ils revêtent une tenue de protection dans le style guerre chimique. Son inspiration, Bukowski la trouve en effet sur des tables jonchés de bouteilles vides, de tasses à café emplies de mégots, de vomi pas toujours balancé dans les toilettes mais à côté. Chez lui, le bon goût est avalé comme par un trou noir. Continuer la lecture

Publié dans Livres, Poésie | Un commentaire

Se taire ou déplaire

Pour son tout récent roman, Mazarine Pingeot s’est attaqué à un sujet qui fait régulièrement le miel des médias. Nous l’apprenons d’emblée. Son héroïne est une jeune photographe partie tirer le portrait d’une personnalité à la notoriété universelle. Mais juste avant la séance de pose, celui qui est présenté comme un prix Nobel de la paix, abuse d’elle. Mathilde n’évoque la scène qu’avec sa famille proche qui lui enjoint de se « taire » d’où le titre du roman. Mathilde est en outre la fille d’un chanteur célèbre, lui même fils d’un académicien et poète de renom. Cela fait au moins un point commun avec l’auteur, également fille de (François Mitterrand) et qui nous livre un ouvrage valant notamment par la fine approche psychologique des personnages mis en scène. Continuer la lecture

Publié dans Livres | Commentaires fermés sur Se taire ou déplaire

Roubaix, une (noire) lumière

Arnaud Desplechin serait-il devenu « le nouveau maître du polar », comme le proclame l’affiche de son dernier film « Roubaix, une lumière » ?
J’éprouvais quelques doutes, car si les cinéastes américains ont toujours volontiers changé de genre d’un film à l’autre (de John Ford ou Howard Hawks à James Gray en passant par Scorsese ou Coppola), ce n’est pas évident chez leurs confrères européens, particulièrement français, plutôt adeptes du cinéma d’auteur depuis la Nouvelle vague. Continuer la lecture

Publié dans Cinéma | 5 commentaires

Le Jardin d’agronomie tropicale, un ailleurs aux portes de Paris

La routine et la grande ville vous insupportent à peine rentrés. Envie d’espace vert ? De prolonger vos vacances ? De voyager sous les tropiques tout en restant à Paris ? La solution se trouve aux portes de la capitale. Sportifs, acérez vos mollets pour traverser le bois, paresseux engouffrez-vous dans votre voiture ou le RER A ! A l’extrémité nord-est du bois de Vincennes, le Jardin d’agronomie tropicale vous procurera une vraie bouffée d’ailleurs.
Sitôt franchie l’élégante porte chinoise rouge fané qui borde l’entrée du Jardin d’agronomie tropicale, on est ailleurs. Continuer la lecture

Publié dans Jardins, Surprises urbaines | 4 commentaires

Une BD au fin goût de polonium

Le propos est sans doute apocryphe. Lorsque Marie Curie s’engueule avec le directeur de l’institut où elle fait ses recherches, en réclamant des fonds pour les effectuer au sein d’une « putain d’usine », il n’est pas certain qu’elle se soit exprimée exactement dans ces termes. C’est l’inconvénient des biographies quelque peu romancées. Et depuis son caveau du Panthéon, protégé au plomb à cause des radiations, elle n’a plus le loisir de corriger l’histoire. Il n’en reste pas moins que cette BD d’Alice Milani qui vient de paraître en librairie, après avoir été traduite de l’italien, est fort plaisante à parcourir. Elle est renseignée aux meilleures sources, dont des notes autobiographiques de Marie Curie. Continuer la lecture

Publié dans BD | Commentaires fermés sur Une BD au fin goût de polonium

Apollinaire sur le front du cacao

Actuellement en vente chez un libraire de livres rares (1), un exemplaire de « La Rome des Borgia », comporte une amusante dédicace de Guillaume Apollinaire, datée du mois de septembre 1916. Elle dit: « À mon ami Lardet, après l’orgie on vit le pape Borgia, avaler un bol tout plein de Banania ». Apollinaire est alors l’auteur de ce livre publié en 1914 et co-rédigé avec son ami René Dalize. Le Lardet en question se prénomme Pierre-François et c’est l’importateur originel de la formule chocolatée en poudre au parfum de banane. Sur ce sujet extrêmement pointu on en conviendra, il écrit la même année (le 14 mars) à son ami Max Jacob que: « le mariage de R. me paraît bien immoral par le temps qui court et je comprends pourquoi le chocolat a pris une si grande importance dans notre existence sur le front ». Ces deux citations sont donc liées par la même fève de cacao… Continuer la lecture

Publié dans Anecdotique, Apollinaire, Livres | 3 commentaires

Une bien malicieuse fourmi

Alors que sa réputation de scénariste n’était plus à faire, Julien Rappeneau se faisait, en 2016, un nom en tant que réalisateur avec le très réussi “Rosalie Blum” dont il signait également le scénario. Voici qu’aujourd’hui sort son deuxième film, “Fourmi”, tout aussi excellent que le précédent, présenté en avant-première au Film Francophone d’Angoulême dans la catégorie “Coups de cœur” avec un accueil chaleureux des plus mérités. Sans doute attendu au tournant à plus d’un titre, le décidément très talentueux scénariste-réalisateur a fait preuve une nouvelle fois d’une grande maîtrise cinématographique. Sens du récit, dialogues tirés au cordeau, humour qui fait mouche, personnages bien campés, casting impeccable, sens du rythme et une sensibilité pour les êtres à la dérive se retrouvent dans ce second opus. Tout comme “Rosalie Blum”, “Fourmi” est une touchante comédie à la teneur universelle qui nous renvoie à nos propres fragilités tout en nous donnant à espérer. Continuer la lecture

Publié dans Cinéma | Commentaires fermés sur Une bien malicieuse fourmi

Prégardien junior révolutionne le lied

Pour les barytons ou les ténors, le Graal des lieder est le « Winterreise » (ou « Voyage d’hiver ») de Schubert, un ensemble de 24 mélodies pour piano et voix, composé par Franz Schubert en 1827, un an avant sa mort, à trente ans donc. Illustrant des poèmes de Wilhelm Müller (« Bonne nuit », « La girouette », « Larmes de gel », « L’image figée », « Le tilleul », « Torrent », etc. jusqu’au dernier « Le veilleur »), sans rapport les uns avec les autres, le musicien évoque l’odyssée décousue d’un homme désespéré quittant la ville où il a trouvé puis perdu l’amour, s’enfonçant dans la nuit hivernale.
On suit notre voyageur dans sa fuite sans but, en proie au vent, à la neige, aux eaux glacées, chassé par les chiens à l’entrée des villages, parfois saisi par le souvenir cruel du bonheur passé : « Je n’ai pourtant rien fait de mal Pour fuir la vue de mes semblables ; Quel est ce désir insensé Qui m’entraîne vers les déserts ?» (« Le poteau indicateur »). De la poésie pure, mais ce qui en fait un tel chef d’œuvre est l’harmonie inouïe entre le chant et le piano : nous accompagnons le voyageur comme si nous étions à ses côtés. Quelques minutes à peine, parfois juste une, suffisent à Schubert pour nous faire entrer ses mélodies dans le cœur, leur poésie et leur mystère. Continuer la lecture

Publié dans Musique | Commentaires fermés sur Prégardien junior révolutionne le lied

Mise à jour du soleil levant

À l’invitation du musée Marmottan de dialoguer in situ avec Monet, Caillebotte ou Pissarro, Gérard Fromanger (1939-) a répondu positivement. Sa réplique au « Soleil levant » de Monet (réalisé durant l’hiver 1872/1873) est spectaculaire. Sur le détail ci-contre, on voit bien que Fromanger a voulu dépasser l’aimable marine normande connue pour avoir lancé l’impressionnisme.
Le résultat est le fruit d’une réflexion personnelle sur l’exploration du cosmos, de Youri Gagarine (le premier homme dans l’espace) à Thomas Pesquet (l’un des derniers en date). S’y est ajouté le fait que la Terre tourne à 30 kilomètres par seconde autour du soleil et que nous, simples piétons, ignorons effectuer à ce rythme une distance annuelle invraisemblable. « C’est extravagant de penser tout cela dit-il« . De son point de vue,  la Terre est à la fois une sorte de « station spatiale, une fusée, un satellite« . D’où cette toile exubérante composée de plusieurs planètes, avec des cercles concentriques,  laissant penser à une expérience hypnotique où se perd une cohorte d’humains. Continuer la lecture

Publié dans Exposition | Commentaires fermés sur Mise à jour du soleil levant