Les silences de Vilhelm Hammershoi au musée Jacquemart-André

Pour accéder aux expositions temporaires de l’imposant hôtel particulier élevé boulevard Haussmann, en 1875, par Nélie Jacquemart et Edouard André afin d’exposer leurs collections, il faut parvenir tout en haut du bâtiment. Et donc en passer par les fastes des peintures italiennes et autres sculptures moyenâgeuses, et par les appartements et autres salon de musique, jardin d’hiver et escalier à double révolution monumental, jusqu’à la fresque de Tiepolo couvrant le mur entier, merveille entre les merveilles. Le couple a légué sa somptueuse demeure à l’Institut, à condition de ne pas démanteler leurs collections si variées.
L’amusant est que rien ne saurait nous préparer plus mal à l’exposition qui nous attend ces temps ci : l’univers du maître danois Vilhelm Hammershoi (1864-1916, né et mort à Copenhague) se présente comme la parfaite antithèse. « Redécouvert » il y a une vingtaine d’années, tout n’est chez lui que sobriété et dépouillement, à un point tel qu’il a toujours fait figure d’anomalie, ne se rattachant à aucun courant de son époque, poursuivant sa quête obstinée des mêmes lignes pures. Continuer la lecture

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Amours niçoises au da Bouttau

Cette petite effigie sculptée avait une signification. Elle était là pour signaler aux livreurs supposés illettrés que c’était l’endroit par lequel déposer les marchandises. Elle est toujours visible sur le côté d’un restaurant niçois qui s’appelait Da Bouttau. Cette cantine du vieux Nice existe toujours mais à l’enseigne du Romarin. Elle est située au 2 place Halles aux herbes, au pied de la cathédrale. Fondée en 1860, la maison Alexandre Bouttau était populaire et disposait d’un sous-sol (aujourd’hui scellé) qui faisait office de tripot où paraît-il, un certain Guillaume Apollinaire allait risquer l’argent qu’il n’avait pas. Continuer la lecture

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Increvables macchabées

Eh oui, c’est bien la petite Eva. Soit l’actrice Eszter Balint qui jouait une jeune immigrée hongroise dans « Stranger than paradise » en 1984. La voilà qui réapparaît dans le dernier opus de Jim Jarmusch, « The dead don’t die ». Ça fait du bien de retrouver la famille, de même qu’un Tom Waits presque méconnaissable en clochard des bois. En lice à Cannes, le film était déjà en salles mardi. Et à une séquence de soixante secondes près, c’est une réussite, mêlant le tragique au burlesque, l’humour et l’improbable. Une histoire de zombies, de morts-vivants, dont l’enterrement n’était finalement pas définitif. À 66 ans, l’homme aux cheveux blancs et lunettes noires, a osé écrire une histoire, une histoire folle, en toute liberté. L’affiche nous prévient que la dérision est au menu. C’était prévisible. Continuer la lecture

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Musique, Monsieur Devolder !

Avec Hervé Devolder, la musique fait plus qu’adoucir les mœurs, elle met littéralement le cœur en joie. Doublement à l’affiche ces temps-ci, le talentueux auteur-compositeur-comédien-chanteur-musicien-metteur en scène (“etc etc” serait-il plus prudent d’ajouter tant l’étendue de la palette de l’artiste est impressionnante) nous transporte dans des univers totalement différents, mais toujours avec pour dénominateur commun l’humour et la bonne humeur. Hervé Devolder semble avoir la gaîté chevillée au corps Sur la scène du Petit Montparnasse, aux côtés de la pétillante Marie-Charlotte Leclaire, il sort de l’oubli une icône de la chanson française : Mireille. Oui, Mireille, le Petit Conservatoire… et bien davantage encore, comme nous le rappelle ce merveilleux spectacle. Au Théâtre La Bruyère, il reprend sa comédie musicale “Chance !”, Molière 2019 du Spectacle Musical, devenue depuis sa création en 2001, un classique du genre. Elle compte à ce jour plus de mille représentations et ce n’est pas fini… Continuer la lecture

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Une demande en mariage particulière

L’espace d’une soirée au théâtre, nous voici transportés au fin fond de la Russie profonde en 1888. Nous sommes dans la datcha de Tchouboukov Stepan Stepanovitch le jour où Lomov, le voisin, vient demander la main de sa fille Natalia Stepanovna. Celui ci a mis les formes et s’est endimanché -habit et gants blancs- pour l’occasion, mais il n’y a là rien de romantique dans cette démarche « je ne peux pas ne pas me marier… D’abord, j’ai déjà trente-cinq ans – un âge, comme on dit, critique. Ensuite, il me faut une vie tranquille et réglée… J’ai un souffle au cœur, des palpitations permanentes, je suis impulsif et tout le temps affreusement émotif… En ce moment, là, j’ai les lèvres qui tremblent et, à la paupière de droite, un petit tic qui me tiraille… mais le plus affreux de tout chez moi, c’est le sommeil. À peine au lit, à l’instant de m’endormir, d’un coup, dans le flanc gauche, vlan, ça me tire et ça remonte droit dans l’épaule et dans la tête… je saute du lit comme un fou, je fais deux trois pas, je me recouche, et, à peine au bord de m’endormir – vlan, dans le côté, c’est reparti. Et comme ça, vingt fois de suite… ». Tout ceci n’est pas très engageant. Continuer la lecture

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On s’active aux Serres d’Auteuil

Tandis que les spécialistes du monde entier ne cessent de s’époumoner sur le danger que court la planète, flore et faune comprises, c’est le branle bas de combat aux Serres d’Auteuil, où se prépare un grandissime événement : on va inaugurer cette année, lors du tournoi, le nouveau stade de 5000 places qui se dresse de toute sa masse de verre, de fer et d’aluminium à deux pas de Roland-Garros.
Comme privatisation de l’espace public au profit du privé, on ne peut rêver mieux : l’avenue Gordon Bennett, située entre les deux sites, est envahie depuis lundi dernier par des camions, pelleteuses et engins divers qui creusent et bétonnent à tout va, et dès qu’on s’approche de l’entrée habituelle du jardin, au numéro 1 de l’avenue, on tombe sur un panneau de la mairie de Paris : cette entrée du jardin botanique, la plus empruntée, est condamnée, comme l’avenue elle-même, du 6 mai au 21 juin prochains, pratiquement deux mois, tout simplement ! A comparer avec les dates du tournoi fixées du 26 mai au 9 juin. Continuer la lecture

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Les Damnés de Ivo van Hove, ou comment en revenir ?

Une famille digne des Atrides de l’Antiquité : les industriels Von Essenbeck se déchirent et s’autodétruisent pendant que les nazis prennent le pouvoir en 1933. L’intrication de l’histoire singulière d’une famille et de notre Histoire européenne sur la scène de Ivo van Hove est extrêmement saisissante et dérangeante. De ce nouveau cercle des enfers, on ressort chamboulé, hérissé de questions mais persuadé d’avoir contemplé un grand spectacle. La pièce avait créé le choc à Avignon en 2016, puis de nouveau à la Comédie française en septembre 2016. Sa reprise ces jours-ci court jusqu’à juin, de quoi se rattraper pour ceux qui auraient manqué ce spectacle-monstre. Continuer la lecture

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Escapade flamande

Fin avril, l’apparition des beaux jours suscite chez le Parisien qui a fait son plein de grisaille hivernale une subite envie de bord de mer, de bouffée d’air frais. Une échappée, aussi courte soit-elle, serait la bienvenue. Deauville, Honfleur ou Trouville semblent soudain des destinations bien tentantes … si ce n’était la crainte d’y trouver les promenades et les terrasses bondées de tous ces Parisiens partageant justement ce même désir de nature et de dépaysement. Sans parler du retour sur Paris en voiture garant d’inévitables bouchons et de gaz d’échappement respirés jusqu’à plus soif… Pousser plus vers le nord serait sans doute un meilleur gage de tranquillité. A trois petites heures de Paris, la mer du Nord nous tend les bras… L’idée d’une escapade flamande devient alors on ne peut plus séduisante. Continuer la lecture

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Un printemps très chambriste

Le 2 avril dernier, au Théâtre des Champs-Elysées, deux grands chambristes français venaient défendre leur dernier CD, mais bizarrement, dans le programme, aucune mention de cette sortie. Bref notre plus célèbre violoniste, Renaud Capuçon, et son cadet de cinq ans, David Fray, un de nos meilleurs pianistes, présentaient la crème de la crème de la musique de chambre, des sonates pour violon et piano de Bach.
Nous avons entendu ce soir là de la musique de chambre dans toute sa pureté « alla Bach », dans laquelle on distingue nettement, à la fois dans les quatre mouvements successifs des sonates -lent, vif, lent, vif-, et dans le style général, la nette influence des maîtres italiens, tels Corelli, Frescobaldi ou Vivaldi, découverts par Bach à la Cour de Weimar (1708-1717). Le virtuose de l’orgue des brumes du Nord découvrait alors, grâce à eux, le soleil, du Sud, et devait le retranscrire dans ces sonates composées dans les années 1720. Continuer la lecture

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Poule de luxe

D’une petite princesse logée dans un œuf, Tristan Félix en a fait un livre. Le journal de bord d’une gamine, la narration de ses hallucinations, la description d’un monde qui n’existe pas. L’officiel a besoin de tangible. La poésie s’en moque. Ce n’est pas le premier opus de Tristan Félix (1). Et comme d’habitude elle nous entraîne dans son univers dérangé avec un personnage qui, dans son œuf ou en-dehors, ne s’épanouit qu’à travers les songes, « d’histoires à dormir debout et à rêver couché« . Ovaine est une chimère et l’auteur de sa « saga » lui prête vie. Comme les aliments sans gluten, le journal d’Ovaine est dépourvu de toute crédibilité qui en rendrait la lecture indigeste. Le lecteur qui s’engage marche sur des œufs. Continuer la lecture

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