Le comédien Mikael Chirinian a adapté à la scène le roman d’Olivier Guez “La Disparition de Josef Mengele” (1), prix Renaudot 2017, relatant la cavale du criminel de guerre nazi Josef Mengele (1911-1979). Affecté à la sélection des prisonniers à Auschwitz, ce médecin entiché de génétique se livrait à de monstrueuses expérimentations sur les détenus. Réfugié en Argentine, terre d’asile des anciens nazis, celui qu’on surnommait “l’ange de la mort” n’eut de cesse de changer de lieu et d’identité, échappant au Mossad pendant plus de 30 ans. C’est une des plus captivantes chasses à l’homme du 20ème siècle! Dans une mise en scène et une scénographie des plus sobres, le comédien, quasi statique, joue l’adresse au public. Entre distance et incarnation, il porte le récit à la seule force de son jeu puissant et sensible. Continuer la lecture
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Cette année encore, le Festival d’Avignon nous a offert de grands moments de bonheur. Retour sur quelques coups de cœur du off dont les reprises sont à guetter.
Il peut arriver qu’au cœur de l’été, on saisisse un livre choisi au hasard dans sa bibliothèque, et que ce livre encore jamais lu soit « Le Roman de la momie » de Théophile Gautier. Voyons… Théophile Gautier… Théophile Gautier… de (très) lointains souvenirs de lycée remontent à la surface… « Capitaine Fracasse » … « Emaux et camées » … Complètement oublié aujourd’hui tout ça… Et l’auteur lui-même, tout autant. Mais pourquoi cette histoire de momie égyptienne ? Tout simplement parce qu’elle renvoie à l’égyptomania de l’époque, ce dix-neuvième siècle lui aussi oublié aujourd’hui dont Théophile Gautier fut une figure des plus typiques, dans tous les sens du terme, avec cheveux longs, barbe et moustache pointue. Né en 1811 à Tarbes et mort à Neuilly-sur-Seine en 1872, non seulement il sut lire, paraît-il, dès l’âge de cinq ans, non seulement il eut pour condisciple au collège Charlemagne le futur Gérard de Nerval, mais à dix-huit ans il fut adoubé comme disciple par Victor Hugo, qu’il prit instantanément pour maître. Et se distingua avec son gilet rouge lors de la bataille d’Hernani le 25 février 1830, cette bataille homérique qui vit s’affronter autour de la pièce de Victor Hugo les « classiques » et les « romantiques », les réacs et les jeunes turcs. Bataille dont on pourrait s’amuser à trouver quelques similarités avec le déchaînement de réactions autour de la soirée inaugurale des JO Paris 2024 le 26 juillet dernier…toutes proportions gardées bien sûr…
Lorsqu’en 2019 le rover martien Opportunity expire, il adresse un dernier message à la Terre: « My battery is low and it’s getting dark ». Ce qui signifiait qu’après le choc d’une tempête de sable, ses réserves d’énergies électriques étaient à fond de cale et que le manque de lumière ne permettait pas aux panneaux solaires de refaire le plein. Il faut dire qu’il avait donné tout ce qu’il pouvait depuis son « atterrissage » en 2004, sachant que sa durée de vie ne devait pas excéder 3 mois. Ses derniers mots sont cependant apocryphes. Les commanditaires au sol ont romantisé les flux de datas qui donnaient en langage binaire, un pourcentage voisin de zéro pour la batterie et autres indicateurs d’une machine en fin de course. Mais la romantisation a un sens, d’une part pour les ingénieurs qui s’attachent à leur machine et probablement aussi pour le public qui finance. Le jargon informatique est en effet loin d’être glamour et au fond quelle importance. Si l’on humanise quelque peu un robot ayant été conçu par des humains, l’idée a son petit poids de cohérence.
C’est le moment (enfin) de penser à des affaires légères, de sentir les coquillages craquer sous nos pieds nus, de manger des glaces. Les Soirées de Paris prennent leurs quartiers d’été et reviendront fin août, au moment où les hirondelles gagnent le sud. Bonnes vacances chers lecteurs.
Vous avez le cœur bien accroché et les sueurs froides ne vous font pas peur ? Alors rendez-vous au 12 rue de l’École de médecine à Paris. C’est là que le Musée d’histoire de la médecine nous raconte son histoire à l’aide d’instruments utilisés de l’antiquité au XXe siècle. On y verra aussi des pièces insolites comme cette table ronde offerte à Napoléon III, au plateau formé de sang, bile et glandes et, décoré d’oreilles et d’un pied pétrifiés. Le musée, ouvert au public en 1994, est constitué d’une unique et élégante salle d’exposition de 1905 avec vitrines en bois et coursives. Il a été créé à l’endroit du premier Collège de chirurgie, décidé par Louis XV et inauguré par Louis XVI en 1774. En 1794, il est devenu l’École de santé, où étaient enseignées médecine et chirurgie autrefois rivales, puis, en 1808 la faculté de médecine.
Il serait presque réconfortant de savoir précisément où l’on se trouve et même où l’on perche, pour le dire comme un vieux parigot. Nos téléphones améliorés le disent. Au moment-même où ces mots sont écrits, le tableau de bord indique 110 mètres d’altitude, un nord plutôt à droite et un sud plutôt à gauche. Cependant qu’il suffit de pivoter d’un quart de tour pour que le nord passe en face et que le sud transite sur l’arrière. À noter qu’en ces temps pour le moins ambigus, il est également agréable de noter que celui qui s’inquiète est toujours au centre. Ce pourquoi il faut garder les points cardinaux à l’œil tant celui que l’on avait fixé sur sa droite est passé d’un seul coup à gauche et réciproquement. L’on dit souvent qu’il faut remettre l’église au centre du village, ce n’est pas toujours commode dans une approche relative, mais il faut savoir qu’ailleurs, en orient, le centre c’est soi-même et ce n’est pas pour rien que l’on évoque l’empire du milieu alors qu’il est clairement à l’est. C’est le cinquième point cardinal et il faudrait dit-on en ajouter deux autres avec le haut et le bas, comme sur les cartons de déménagement.
En épigraphe de son livre « La résistance et les poètes », Pierre Seghers avait écrit en quatrième de couverture, à l’adresse des jeunes qui le liraient, de ne jamais accepter de « devenir les égarés d’une génération perdue ». Et en épigraphe, il les prévenait que les « bûchers ne sont jamais éteints ». Résistant lui-même, il avait en 1974, cumulé un travail considérable sur l’engagement des auteurs durant la Seconde Guerre mondiale, en plus de ses connaissances pour le moins substantielles en poésie. Ainsi que le raconte en détail son épouse Colette dans un livre dédié, son mari s’était tourné, pour la publication de l’ouvrage, vers les éditions qui portaient toujours son nom mais qui ne lui appartenaient plus. Sept cents pages, avec une couverture présentant un détail du « Triomphe de la mort » de Pieter Brueghel (ci-dessus), l’ouvrage apparut aux éditeurs comme un peu trop pointu pour connaître le succès. Le tirage prudent de 5.000 exemplaires fut épuisé en un mois. On dut pourtant effectuer deux retirages avant que Pierre Seghers ne décide de reprendre les droits et proposer une édition abordable en deux volumes à Marabout.
Magistrat influent, Hieronymus (Jérôme) van Busleyden n’était pas seulement un notable respecté. À l’aube du XVIe siècle, ce juriste (1470-1517) qui fit beaucoup pour la renommée culturelle et artistique de la ville de Malines (Mechelen dans l’actuelle Belgique), était avant tout un homme de culture, un humaniste qui recevait à sa table des penseurs aussi importants qu’Érasme ou Thomas More. Originaire de la province du Luxembourg, il s’installa en 1507 dans cette cité importante des Flandres, entre Anvers et Bruxelles. La même année, Marguerite d’Autriche, devenue gouvernante générale des Pays-Bas, choisissait Malines comme capitale administrative et judiciaire. La réputation de la ville s’étendit alors dans toute l’Europe. On peut avoir une idée de l’opulence à la fois financière et artistique de cette cité flamande qui accueille aujourd’hui près de 90.000 habitants en visitant l’hôtel particulier de Hieronymus devenu depuis quelques mois l’un des palais-musées les plus attractifs de la région, déjà bien riche en monuments de premier plan (Bruges, Gand, Anvers…).
Avant de choisir un fromage, Colette aimait à en « tâter la croûte », et « mesurer l’élasticité de la pâte », de façon à deviner l’intérieur et qu’en fin de compte, choisir un maroilles ou un reblochon, c’était quasiment une affaire de « radiesthésie ». Cela fera soixante-dix ans en août que cette amoureuse multi-plateaux (hommes, femmes, nourriture, parfums…) aura disparu de la société à quatre-vingt-un ans, soit un âge convenable pour mourir avant la décrépitude. Il se trouve que son impotence, assortie à sa gourmandise, faisait qu’elle pesait assez exactement son âge. En tout cas, le 3 août 1954 au matin, depuis sa demeure du Palais Royal, elle avait manifesté le vœu d’un bouillon de légumes, que le grand cuisinier Raymond Oliver, en voisin, lui apporta. Ce sera le dernier et c’est dans la soirée, sur le coup de vingt heures, que ce grand écrivain à la verve extraordinairement vivante, à la langue redoutable à tout point de vue, allait rendre son âme à Dieu. Il y a deux livres possibles à lire à l’occasion de cet anniversaire, d’une part un ouvrage posthume « Paysages et portraits » (Flammarion, 1958) et « Amoureuse Colette » (Geneviève Dormann,1984 pour les éditions Herscher et 1985 chez Albin Michel).