Mina, jeune mère d’une petite fille sourde et muette, ouvrière dans une usine, rend une dernière visite à la prison où son mari condamné à mort par la justice iranienne va être exécuté. Ce sont les tout premiers instants du film «Le pardon», signé Maryam Moqadam et Behtash Sanaeeha, deux réalisateurs iraniens. Rien dans ces images, ni dans les rares paroles qui sont prononcées ne laisse penser à un quelconque crime politique comme on pourrait trop vite l’imaginer en cédant à quelque cliché. D’ailleurs le scénario évacue en dix minutes tout ce qui pourrait nous égarer dans des spéculations de ce genre : quelque temps après l’exécution de son mari, Mina est convoquée par le tribunal qui lui expose froidement que son mari a été victime d’une erreur judiciaire sur la base de témoignages sciemment mensongers. C’est la faute des témoins, pas celle des juges. Continuer la lecture
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Foule des grands soirs à la Philharmonie de Paris, porte de Pantin, le 20 octobre dernier, les nombreux abonnés et autres faisant fête à trois stars qu’ils chérissent. À commencer par l’Orchestre de Paris, en résidence dès l’ouverture, en janvier 2015, du bel oiseau de nuit géant signé Jean Nouvel. La formation de 119 musiciens se targuant d’être le premier orchestre symphonique français depuis son concert inaugural du 14 novembre 1967 sous la baguette de Charles Munch, entraînant la phalange dès l’année suivante dans une tournée américaine. Karajan, Solti, Barenboïm, Järvi lui succéderont, entre autres maestros défendant la tradition et la couleur françaises.
Née Quoirez, elle avait pris le nom de Sagan (1) en hommage à son auteur préféré, Marcel Proust. Faisaient également partie de son panthéon littéraire Rimbaud, Baudelaire, Sartre…, Sartre et ses “mots”, ces mots qu’elle-même maniait avec précision et légèreté. Françoise Sagan (1935-2004), rappelons-le, était une femme de lettres. Et si le mythe Sagan (vie nocturne, vitesse, jeu, alcool, cigarettes et poudre blanche) semble avoir souvent pris le dessus dans la mémoire collective, Sagan était avant tout un auteur, dont le style, composé de phrases courtes, de formules justes, à l’humour souvent mordant, avait fait merveille dès son premier roman, “Bonjour tristesse” (1954). Ce style plein d’esprit se retrouve dans ses chroniques journalistiques, commencées dès 1954 et poursuivies jusqu’en 2003. Près de vingt ans après la disparition de la romancière, la metteuse en scène Anne-Marie Lazarini a eu la lumineuse idée de porter aujourd’hui à la scène quelques-unes de ces chroniques et de nous proposer une soirée en compagnie de Sagan. On ne pouvait rêver meilleure compagnie.
Les salines de Salins-les-Bains et d’Arc-et-Senans, distantes d’une vingtaine de kilomètres, témoignent de l’extraordinaire activité de production de sel en Franche-Comté au fil des siècles. Avant l’invention de la conserve (1795), le sel, principal agent de conservation des aliments, était vital. Devant son importance économique, le sel a été l’objet d’un monopole royal et soumis à la Gabelle, il est devenu un instrument de pouvoir dès le Moyen-Age.
Soit l’une des recommandations formulées en 1958 par la Prévention routière, laquelle s’adressait aux garçons de sept ans. Certains guides sont affectés par une certaine désuétude (c’est ce qui les rend attractifs) et de ce point de vue, celui-là ne fait pas défaut. Car une fois passées les recommandations classiques comme le fait d’attendre le feu rouge pour traverser, tout un chapitre était consacré à la conduite des troupeaux, vaches ou moutons. Cette éventualité de nos jours serait qualifiée de totalement farfelue. Mais voilà, à la fin des années cinquante, une bonne partie de la France était encore rurale et l’on pouvait confier à des jeunes garçons (les filles du moins dans ce manuel étaient exclues) le soin d’emmener les bêtes au pâturage ou de les ramener à la ferme. Y compris le soir tard puisque, était-il écrit, « si la nuit te surprend quand tu mènes un troupeau avec ton camarade, marche en tête avec une lanterne blanche et donnes-en une autre, rouge, à ton camarade, pour qu’il marche derrière le troupeau ».
Cette statue figure parmi les somptueux moulages abrités au sein de la Cité de l’architecture et du patrimoine. Sculptée vers 1230, elle orne avec quelques autres, la façade de la cathédrale de Strasbourg. Dénommée « La synagogue », elle symbolise par son foulard masquant le regard, le refus de reconnaître le Christ comme le Messie. Son visage est oblique, elle tient en main une lance brisée (imageant ainsi sa défaite à l’égard de la chrétienté catholique), et les Tables de la loi de Moïse semblent lui échapper. En 2007, une dépêche de l’AFP mentionnait que cette statue avait été victime de vandalisme et que l’acte antisémite était à retenir, selon le point de vue de l’archevêque de Strasbourg interrogé par l’agence. L’œuvre n’est pas une exception. On trouve incidemment un très bel équivalent, aussi sensuel sinon davantage que la première, sur un pilier de la cathédrale Sankt Peter, à Fribourg en Allemagne. Selon le théologien Helga Sciurie cité dans « L’Art Gothique » (éditions Könemann ) elle représente avec sa tête dressée, « la première fiancée de Dieu devenue infidèle et tombée dans la débauche, mais qui, à la fin des temps lui reviendra ».
Au sortir d’un vieux cinéma de quartier, il y a de ça un paquet d’années, un jeune homme sortit de la projection de « Pierrot le fou ». Il longea ensuite le square Saint-Lambert avec en tête la lecture que lui fit à voix haute Jean-Paul Belmondo, dans une baignoire et clope au bec, d’un extrait de l’Histoire de l’Art Moderne par Élie Faure (1873-1937). Plus tard, le même jeune homme acquit l’ouvrage et sa vision de l’art en fut durablement influencée. Sauf erreur, il semble que personne n’ait pensé au cent ans de cette histoire de l’art moderne sur les rayons des libraires. Cela valait un temps d’arrêt, tant l’écriture de Faure élève toujours l’esprit, tant elle est à-même d’éclairer puissamment n’importe quel sous-sol de la pensée, tant sa brillante capacité à tenir une phrase sensée sur l’équivalent d’un paragraphe, décourage la compétition.
Tandis que le porte-plume a quasiment disparu, que le stylo-encre fait de la résistance, il est plaisant de constater que le tampon, celui qui faisait la joie et le pouvoir des fonctionnaires zélés, est en pleine forme. On peut s’en procurer pour pas cher des tout faits, avec des mentions comme « urgent », « approuvé », « refusé » « duplicata ». Ceux qui se souviennent de leurs trois jours afin de valider ou non leur aptitude à faire leur service militaire, songent encore avec émotion à la formule « exempté » qui les renvoyait alors dans leurs foyers avec un net sentiment de soulagement. Il est également possible de s’en procurer à la demande avec des inscriptions ou motifs personnalisés, les magasins de fournitures de bureaux ne sont pas regardants tant qu’on passe à la caisse. Ainsi le tampon signifiant par exemple « je t’aime » ou « je te hais » a quelque chose de tout à fait officiel avec une dimension quelque peu notariale qui en impose, faisant agréablement valoir et faire valoir ce que de droit.
En piégeant l’air, l’homme a compris qu’il pouvait s’asseoir et même dormir dessus. Il lui fallait seulement s’équiper d’un gonfleur ou d’un compresseur, pour dresser en quelques minutes un fauteuil, ou former un matelas. En étendant le principe à une maison ou à un bureau, il était susceptible en outre de jouir par transparence du panorama extérieur, tout en restant à l’abri des intempéries. Il y a eu dans les années soixante et soixante-dix une mode du gonflage touchant l’art, le mobilier intérieur, l’architecture. Abondance de la matière plastique et de l’air aidant, on pouvait voir chaque objet du monde en potentielle matière gonflable. C’était une façon de manifester la modernité. À travers « Aerodream », la Cité de l’Architecture abrite jusqu’en février, dans le spacieux (et rigide…) palais de Chaillot, une exposition pas loin d’être épatante en raison des multiples (re)trouvailles de cette époque-là.
Chaque premier lundi d’octobre commence l’énoncé du palmarès Nobel. À sa mort, le chimiste Alfred Nobel, inventeur de la dynamite, (explosif beaucoup plus stable que la nitroglycérine), avait prévu un usage posthume pour son immense fortune. Une institution récompenserait annuellement des «personnes ayant apporté le plus grand bénéfice à l’Humanité par leurs inventions, découvertes et améliorations» en chimie, physique, médecine ou physiologie, littérature et diplomatie ( le fameux prix Nobel de la paix). En 1969, s’invita un «prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel», improprement dénommé prix Nobel d’économie. Tiens, s’étonne-t-on, pas de prix pour les mathématiques ? Non, bien sûr, est-il classiquement répondu, car l’épouse d’Alfred l’aurait trompé avec le mathématicien Mittag-Loffler. Les amateurs d’informations vérifiées objecteront, d’une part, que Nobel ne s’est jamais marié, de l’autre que son amie, Sophie Hess, était beaucoup trop jeune pour avoir croisé le présumé coupable. L’explication, beaucoup plus prosaïque, tient dans le sens qu’il donnait à la discipline, outil au service de la connaissance, et non connaissance en soi.