« Les éléphants » : pratiques et blessures de l’admiration

Le critique littéraire, l’étudiant, le lecteur bénévole se sent souvent bien petit face aux artistes qu’il découvre, aux maîtres dont il suit l’enseignement, aux monstres littéraires qu’il admire. De cette expérience commune de fascination, parfois écrasante, Michael Larivière tire un petit livre fort sur ce qu’il nomme « les éléphants ». Il emprunte l’image à Pierre Michon (un éléphant lui-même) pour désigner ces grandes figures transférentielles avec lesquelles toute écriture (toute vie ?) se débat. Continuer la lecture

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Fénéon, dandy des arts lointains

Les habitants et visiteurs de New York auront bien de la chance en 2020. Ils découvriront en un seul bloc une exposition dévolue à Félix Fénéon (1861-1944). Alors qu’en France, l’événement a été découpé en deux volets dans un ordre chronologique inversé. Le musée du quai Branly Jacques Chirac, démarre en effet en ce moment-même la deuxième partie de la vie du promoteur et collectionneur de l’art primitif, que fut cette connaissance d’Apollinaire. Et c’est à l’automne seulement que le musée de l’Orangerie présentera les autres facettes de ce personnage original (ci-dessus par le peintre Emile Compard), celle de l’anarchiste, critique d’art, éditeur et accompagnateur des nouvelles formes d’expression. Ceux qui ont l’habitude de commencer n’importe quel parcours ou journal par la fin risquent donc d’être désorientés. Continuer la lecture

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Beaux arts et gastronomie à Dijon

Le musée des beaux arts de Dijon a été un des premiers musée des beaux arts créé en France en 1799. Il est devenu le jour de sa réouverture le 17 mai dernier après 7 ans d’études et 10 ans de travaux, ce qu’on appelle un équipement culturel structurant, porteur pour la ville d’importants enjeux économiques et sociétaux. D’abord parce qu’il est un des rares musées (avec le Louvre) à être logé dans un ancien Palais, celui des Ducs et des États de Bourgogne en cœur de ville. Les murs des Palais d’époques différentes ont vu se succéder dans les lieux Philippe le Hardi, Jean Sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire et on peut avancer que les choix de la municipalité actuelle s’inscrivent parfaitement dans la lignée des ducs qui avaient fait de la Bourgogne un haut lieu de création et de rayonnement artistique y compris au plan de la gastronomie. Continuer la lecture

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Minuscule caroline

Peu avant de mourir énucléé par un cruel Sarrasin dans un passage pyrénéen, Roland a tenté de se débarrasser de son épée afin qu’elle ne tombât pas aux mains de l’ennemi. C’était une arme de marque Durandal. Comme elle refusait de se briser au point de créer une brèche dans la montagne, Roland a selon la légende, lancé l’épée à travers bois et la fameuse lame est allée se ficher dans un rocher de Rocamadour, à une grosse journée de cheval. « Ah! Durandal! si belle et saintissime! » proclamait-il au milieu de ses vains efforts. Pour un peu, on serait tenté de croire que le neveu de Charlemagne tentait ainsi une opération de promotion, slogan à l’appui. Ce qui n’aurait rien enlevé à sa mort héroïque tout en préfigurant le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
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À Odense, une vie de conte de fée

À Odense, sous les combles du First Hotel, un bâtiment du 19ème siècle de briques rouges et menuiseries extérieures blanches –la signature visuelle de la plupart des bâtiments de cette époque à Odense et dans une bonne partie du Danemark- on se prendrait bien pour «la princesse aux petits pois», celle qui a passé une nuit impossible perchée sur 20 épaisseurs de matelas à cause d’un petit pois malencontreusement coincé où il ne fallait pas, une réaction révélatrice de sa délicatesse et de sa sensibilité, des qualités jugées dignes d’une authentique princesse. A moins qu’on ne se reconnaisse plutôt  dans « le vilain petit canard » celui qui, rejeté de tous, finit par se transformer en un cygne majestueux. Une fable sur l’intolérance, l’exclusion et aussi le « bien grandir » et l’apprentissage de la confiance en soi. Continuer la lecture

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Bibliophilisez-vous!

Il y a dix ou quinze ans, les oiseaux de mauvais augure affirmaient dur comme fer que le livre était voué à une prochaine disparition. La tablette numérique, baptisée du néologisme “liseuse“, allait mettre au rebut tous les documents imprimés sur papier. Facilement transportable, ce support miraculeux devait nous permettre de disposer d’autant de volumes que la bibliothèque d’Alexandrie, ou presque.
Comme souvent, l’évolution d’une société n’a que peu à faire des projections d’un futurologue. Il suffit de se rendre dans les trains, les métros ou les bus pour s’apercevoir que le livre, le bon vieux livre de papier sorti d’une imprimerie traditionnelle, avec couverture soignée et textes joliment typographiés – le vieux bouquin en somme – a encore la faveur de la majorité de lecteurs. Continuer la lecture

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L’inspiration d’Almodovar coule toujours (de source)

Pour ce film blindé de références autobiographiques, alternant les phases de flash-back, on pouvait craindre une baisse d’inspiration, redouter paresse et complaisance, n’y retrouver qu’un reliquat de cette originalité brillante, cette liberté sans frein qui faisaient titre après titre, sa marque de fabrique. Avec « Douleur et gloire » Pedro Almodovar démontre qu’il n’a pas encore abdiqué. Sa dernière livraison dure près de deux heures et à quelques bavardages longuets près, on marche toujours. Une fois encore, comme dans « Tout sur ma mère », nous retrouvons de surcroît cette sensibilité, cet humanisme, qui innervent autant la société espagnole pauvre que celle privilégiée du cinéma, de son cinéma. Continuer la lecture

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Les œuvres de briques de Jean-Michel Othoniel

Si l’artiste plasticien Jean-Michel Othoniel est essentiellement connu pour ses installations et sculptures en perles de verre colorées, véritables hymnes intemporels à la beauté dont il a fait depuis sa signature, il semblerait, ces derniers temps, qu’il ait changé de module. Après la cire, le soufre et les perles, l’artiste s’intéresse désormais à la brique, de verre ou de métal, comme le montrent ses œuvres les plus récentes actuellement présentées à Paris, à la Galerie Perrotin, dans son exposition personnelle “Oracles”. Continuer la lecture

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Les silences de Vilhelm Hammershoi au musée Jacquemart-André

Pour accéder aux expositions temporaires de l’imposant hôtel particulier élevé boulevard Haussmann, en 1875, par Nélie Jacquemart et Edouard André afin d’exposer leurs collections, il faut parvenir tout en haut du bâtiment. Et donc en passer par les fastes des peintures italiennes et autres sculptures moyenâgeuses, et par les appartements et autres salon de musique, jardin d’hiver et escalier à double révolution monumental, jusqu’à la fresque de Tiepolo couvrant le mur entier, merveille entre les merveilles. Le couple a légué sa somptueuse demeure à l’Institut, à condition de ne pas démanteler leurs collections si variées.
L’amusant est que rien ne saurait nous préparer plus mal à l’exposition qui nous attend ces temps ci : l’univers du maître danois Vilhelm Hammershoi (1864-1916, né et mort à Copenhague) se présente comme la parfaite antithèse. « Redécouvert » il y a une vingtaine d’années, tout n’est chez lui que sobriété et dépouillement, à un point tel qu’il a toujours fait figure d’anomalie, ne se rattachant à aucun courant de son époque, poursuivant sa quête obstinée des mêmes lignes pures. Continuer la lecture

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Amours niçoises au da Bouttau

Cette petite effigie sculptée avait une signification. Elle était là pour signaler aux livreurs supposés illettrés que c’était l’endroit par lequel déposer les marchandises. Elle est toujours visible sur le côté d’un restaurant niçois qui s’appelait Da Bouttau. Cette cantine du vieux Nice existe toujours mais à l’enseigne du Romarin. Elle est située au 2 place Halles aux herbes, au pied de la cathédrale. Fondée en 1860, la maison Alexandre Bouttau était populaire et disposait d’un sous-sol (aujourd’hui scellé) qui faisait office de tripot où paraît-il, un certain Guillaume Apollinaire allait risquer l’argent qu’il n’avait pas. Continuer la lecture

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