La mort est une chose transitoire…

… ainsi qu’aimait le rappeler le poète américain Alan Seeger, notamment cité en liminaire par le critique anglais William Archer, dans un recueil de poésie publié et traduit chez Payot en 1918. Il se trouve que le nom de ce poète mort lors de la première guerre mondiale le 4 juillet 1916, a réapparu sous les feux de l’actualité puisque la maison Taittinger a fait savoir au début du mois, qu’elle avait acquis l’édition originale du poème « Champagne ». Car le texte, c’est là le lien avec la marque champenoise, invite précisément à déguster le seul vin à même et en toutes circonstances de dissiper les états d’âme. Ce que la première dépêche AFP sur le sujet avait néanmoins omis de préciser, c’est qu’Alan Seeger avait été un ami de Guillaume Apollinaire et également un collaborateur des Soirées de Paris avec, dans le dernier numéro d’avant-guerre, un article parfaitement décalé sur les joies du base-ball. Continuer la lecture

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Elle était belle et ne se taisait pas

L’actrice Delphine Seyrig, disparue en 1990 à l’âge de 58 ans, a laissé dans les mémoires le souvenir d’une voix unique, éthérée, aux inflexions troublantes. Cette voix allait de pair avec une incontestable présence. Antoine Doinel, dans une scène savoureuse de « Baisers volés » de Truffaut, la décrit comme une « apparition ».
Le succès du film « L’année dernière à Marienbad » d’Alain Resnais (1961) lui doit beaucoup. Ce film la propulsa au rang de star. L’actrice tourna avec les plus grands, en particulier Joseph Losey (« Accident », 1967), Jacques Demy (« Peau d’âne », 1970), Buñuel ( « Le Charme discret de la bourgeoisie », 1972) ou Marguerite Duras (« India Song », 1975). Cette notoriété hors du commun serait suffisante pour qu’une institution publique lui consacre une exposition. Continuer la lecture

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Jeanne d’Arc lui doit tout…

…  et surtout son bûcher. En effet, si la santé avait laissé à Bertrand du Guesclin le temps d’achever la mission de sa vie, la France aurait été définitivement libérée des Anglais. Née un peu plus de trente ans après lui, la « Pucelle d’Orléans » a donc dû terminer la tâche du Breton jusqu’à sa propre fin pénible. Et le point précis qui justifie cette chronique de vendredi, -car il existe- c’est qu’il y aura 699 ans demain, un 6 juillet donc, que Bertrand du Guesclin (1320-1380) commença à ressentir les premières atteintes d’un mal qui devait l’emporter quelques jours plus tard. Il serait intéressant de savoir si un autre journal y a pensé, gageons que non. Et grâce au livre de sa biographe Micheline Dupuy, il est possible de narrer la fin de ce fabuleux guerrier. Selon elle, c’est le 6 ou 7 juillet que le preux chevalier s’alita. « Le héros de Cocherel, écrit-elle, le capitaine souverain des Grandes Compagnies, le plus valeureux soldat de la guerre de Cent Ans, était,  cloué sur un lit de camp, incapable de se lever, de donner un ordre ». Continuer la lecture

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Dans les marges du Tour

Chose inédite cette année depuis plus de 100 ans, chaque maillot jaune vainqueur d’une des vingt et une étapes du Tour de France, passera à proximité ou à travers les nombreux ronds-points médiatisés par les gilets jaunes. Les objectifs poursuivis dans les deux cas sont bien loin d’être les mêmes mais la coïncidence chromatique entre le gilet et le maillot interpelle. Il serait tentant de disserter à ce propos mais le sujet est beaucoup trop glissant, à l’instar d’un Paris-Roubaix, pour s’y risquer.

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Silence, moteur, on opère

Normalement l’exposition Gaumont qui vient de prendre place dans l’enceinte de l’hôpital Lariboisière à Paris est destinée à apporter, via de très nombreuses affiches, un peu de réconfort aux patients. Mais on peut aussi imaginer que cette ambiance cinématographique en vienne à déteindre sur le personnel. Et que le chirurgien introduisant une caméra par voie rectale afin de procéder à une coloscopie ne soit tenté de commencer son acte par un sonore « moteur« , tandis que son assistant lui répliquerait « ça tourne« . On pouvait craindre une exposition gadget, il n’en est rien. Elle valorise au contraire ce bel hôpital construit comme un palais au 19e siècle grâce à la générosité de la comtesse Élisa de Lariboisière. Continuer la lecture

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Dufy au Havre, une liaison indéfectible

Le nom du Havre est généralement associé à celui d’Auguste Perret, l’architecte qui a rebâti son centre-ville au lendemain de la seconde guerre mondiale. Grâce à la préfabrication et à l’utilisation du béton, Perret a su créer un ensemble unique et homogène, classé en 2005 au patrimoine de l’Unesco.
On associe moins Le Havre à Raoul Dufy. L’exposition « Dufy au Havre » qui se tient actuellement au MuMa, musée d’art moderne André Malraux, est l’occasion de rappeler que ce peintre majeur du XXe siècle, qui est né au Havre, est resté fidèle à sa ville natale toute sa vie. Continuer la lecture

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Offrandes funéraires en papier de Taïwan

Le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac s’est associé au Centre culturel de Taïwan et au musée des Beaux-Arts de Kaohsiung pour réaliser une exposition des plus surprenantes, tout du moins au regard des Occidentaux que nous sommes : “Palace Paradis. Offrandes funéraires en papier de Taïwan”.  Qui, en effet, n’a jamais souhaité retrouver les plaisirs terrestres après la mort ? Dans la civilisation chinoise, la coutume d’inhumer les défunts avec des répliques d’objets quotidiens remonte à plus de 3000 ans. A Taïwan, les offrandes funéraires en papier (zhizha) se rattachent à cette longue tradition. Elles sont brûlées, lors de cérémonies funéraires, dans le but d’assurer le confort matériel des défunts dans l’au-delà. Des commandes ont donc été ici passées à deux ateliers de renom, les ateliers Hsin-Hsin et Skea, pour réaliser ces créations de papier. Continuer la lecture

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Trois huitièmes de pinte SVP

« Sapristi! qu’il fait chaud« . Ainsi parlait Tintin à son chien Milou en raccrochant son téléphone dans « L’étoile mystérieuse ». L’album est apparu en 1946, une année sortant de l’ordinaire où l’on avait skié sur les hauteurs de Ville d’Avray. Dans cette histoire, l’élévation de la température est due à une étoile -mystérieuse- qui se rapproche de la Terre. Sur le bitume qui fond, un vieux fou agite une clochette en prédisant la fin du monde. Cette histoire préfigurait « Melancholia », le film de Lars Van Trier sorti en 2011 où contrairement aux aventures de Tintin, la collision fatale avec l’étoile mystérieuse se produisait vraiment. Et voilà qu’à Paris une grosse chaleur s’est abattue, bien moins importante qu’en 1911 au hasard (deux mois d’affilée), mais qui peut donner envie de boire une bière bien fraîche. Continuer la lecture

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Albert, ce frère si discret

Il semble charmant ce jeune adolescent qui, à en juger par le duvet de sa moustache naissante, doit être âgé de 13 ou 14 ans. Comme tous les enfants de sa génération, il porte le costume marin : la mode fit rage dans toute l’Europe au tournant du siècle, principalement entre 1890 et 1910. Il portait déjà une marinière lorsque, quelques années plus tôt, en Italie, on l’avait photographié en compagnie de son frère aîné qui s’appelait encore Wilhelm de Kostrowitsky, et qui deviendra Guillaume Apollinaire. Cette photo assez peu connue, provenant des archives de la veuve du poète, représente donc le frère cadet de Guillaume, Albert de Kostrowitzky, né à Rome deux ans après lui (en 1882), et comme lui, d’un père ignoré. Il ne fut reconnu par sa mère que six ans après sa naissance. Continuer la lecture

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Ladies first

Deux grandes dames lyriques viennent de nous proposer leur dernier CD pour enchanter nos journées d’été. Une seule recette : les écouter encore et encore, et découvrir un pianissimo ici, une nouvelle couleur là, un air qui vous entre dans le cœur…
Dans « Sol y vida », la merveilleuse mezzo-soprano lettone Elina Garança nous entraîne dans l’univers méditerranéen le plus traditionnel, à Grenade comme à Naples, mais aussi jusqu’au Brésil, sans oublier de nous plonger dans le tango de Buenos Aires, qu’elle laisse sagement à un authentique «cantor ». Continuer la lecture

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