Alice au pays des merveilles de la communication

Sur l’affiche au moins, le film « Alice et le maire », a bénéficié d’un torrent d’éloges. Pour ceux qui n’ont pas vu la bande-annonce diffusée en boucle sur les réseaux sociaux, l’histoire raconte un maire de Lyon (Fabrice Luchini) au sommet de sa gloire mais aux prises avec des états-d’âme. Afin d’y remédier, il recrute une jeune professeur de philosophie (Anaïs Demoustier). Il la charge de lui redonner du souffle, de lui apporter des idées au moment-même où lui et son équipe visent l’élection présidentielle. L’arrivée de la jeune femme va enrayer la mécanique huilée d’un cabinet. C’est ce qui est censé donner une dynamique à ce long métrage tout juste débarqué en salles. Continuer la lecture

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Satie revient persiffler à la Contrescarpe

Quelle bonne, douce et folle idée de se pencher sur Erik Satie qui n’était pas qu’un musicien inspiré, décalé, mais aussi un homme tout à fait étonnant. Écrite et mise en scène par Laetitia Gonzalbes, au petit théâtre de la Contrescarpe,  la pièce « Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde » donne le ton par son intitulé. Elle se veut le portrait librement inspiré, quelque peu fictionnel, d’un homme non conventionnel à l’humour caustique, à l’ironie cinglante. Pour ce faire, elle a fait appel à un comédien épatant, Elliot Jenicot, accompagnée d’une comédienne convaincante, Anaïs Yazit qui lui donne la réplique. Continuer la lecture

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Ahmet Altan en vase clos

Comment aller plus loin qu’une « perpétuité aggravée » ? Les termes de la justice turque sont particulièrement absurdes.  Un peu comme si un curé évoquait une « éternité augmentée »: cela n’aurait pas davantage de sens. Depuis 2016, l’écrivain et journaliste Ahmet Altan croupit en prison. Sans qu’aucune preuve n’ait pu être retenue contre lui, il a d’abord été condamné à cette peine perpétuelle pour avoir, prétendent en résumé les autorités,  participé au putsch du 15 juillet 2016. Sachant, comme il le révèle dans son livre dont la traduction française vient de paraître aux éditions Actes Sud, qu’il avait d’abord été arrêté chez lui à l’aube au motif d’avoir fait passer un « message subliminal » visant à encourager le renversement du gouvernement. « Si seulement, lui a dit le juge plus tard, vous aviez continué à écrire des romans au lieu de vous mêler de politique… ». Continuer la lecture

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Les images de troupes façon Depardon

À 15h pile, alors qu’il présentait hier lundi sa série de photos réalisées aux armées, Raymond Depardon a été prévenu que c’était le moment de consacrer une minute de silence à l’égard de Jacques Chirac. De même que les journalistes présents, le photographe s’est donc interrompu et en a profité pour prendre en photo un de ses clichés accrochés jusqu’au 30 janvier au musée du Service de santé  des armées. Dans le même temps une photographe présente a saisi la scène et il s’en est fallu de peu qu’elle-même ne fût saisie par un autre objectif avec tous les risques admis de la réaction en chaîne. Continuer la lecture

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Variations autour d’Anna Karénine

Après avoir rendu hommage, avec son très remarqué “Bovary” (1), à la grande héroïne romantique et tragique de la littérature française, le comédien, metteur en scène et dramaturge portugais Tiago Rodrigues se confronte aujourd’hui, avec “The way she dies”, à une autre grande figure de la littérature, russe cette fois-ci, et tout aussi transgressive : Anna Karénine. Pièce à quatre voix écrite pour le collectif flamand tgSTAN en français, portugais et néerlandais, “The way she dies” nous évoque avec une infinie poésie la puissance des fantômes de la littérature. Continuer la lecture

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Degas, fou d’opéra

Lors d’une visite au sein de sa famille maternelle à la Nouvelle Orleans, d’octobre 1872 à mars 1873, Edgar Degas déclare dans une lettre dès le mois de décembre : « Le manque d’opéra est une souffrance véritable. »
Il a déjà attrapé le virus, et lorsqu’il deviendra enfin « abonné des trois jours » quelque douze ans plus tard, il verra, entre le 21 février 1885 et le 19 septembre 1892, « trente-sept fois « Sigurd » de Reyer, quinze fois « Rigoletto » de Verdi, treize fois « Coppelia » de Delibes, douze fois « Guillaume Tell » de Rossini et « La favorite » de Donizetti, mais également « La juive » de Fromental Halévy, « Roméo et Juliette » de Gounod, « Le Cid » de Massenet. » Car à l’époque, on ne donne à l’opéra que des contemporains.
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Léger accident de parcours

Par volonté de dissimulation voilà un homme qui prend sa voiture, ce matin-là encore, pour faire comme si il allait travailler. Car il a été conduit à démissionner quelques jours auparavant. La comédie qu’il joue lui apparaît absurde. Au volant de sa Porsche, Frank décide alors de faire demi-tour et de rentrer chez lui. Il décide d’affronter progressivement sa famille et notamment ses grands enfants, très regardants quant à eux sur la pérennité de leur train de vie. C’est un homme pour le moins économe de sa parole qui va pourtant devoir parler. Pour retrouver du boulot. Pour dire la vérité. Il est le personnage principal du film « Ceux qui travaillent », un long métrage signé Antoine Russbach. Continuer la lecture

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Les bonnes emplettes du Quai Branly

Le musée du Quai Branly-Jacques Chirac est devenu au fil des ans une sorte de trésor public. On n’y collecte pas les impôts mais des artefacts venus de tous les continents non européens. L’accroissement des collections par des acquisitions a débuté il y a 20 ans. Pas moins de 77.000 pièces sont venues enrichir un vaste agrégat patrimonial dont les origines remontent au 16e siècle. Mais ce sont les emplettes récentes qui font aujourd’hui l’objet d’une exposition qui se terminera le 26 janvier. Et ses instigateurs ont eu l’urbanité d’en commencer le parcours par Guillaume Apollinaire, qui professait en 1909 qu’en la matière, « le Louvre devrait accueillir certains chefs-d’œuvres dont l’aspect exotique n’est pas moins émouvant que celui des beaux spécimens de la statuaire occidentale ». La suggestion a été retenue. Continuer la lecture

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Mondrian en route vers l’abstraction

Pas spécialement réputé pour son humour, Mondrian s’est néanmoins fendu d’un clin d’œil, un beau jour de 1914. Dans sa célèbre « Composition dans l’ovale avec plans de couleur », il inclut la mention « Kub » qui était à la fois une allusion à une marque de bouillon et à la période cubiste. Soustraction faite de ce marquage singulier, on peut affirmer que le peintre hollandais né à Amersfoort en1872 et disparu à New York en 1944, s’approchait alors à grands pas de ce qui allait devenir sa marque de fabrique: ses fameux quadrillages assortis de couleurs primaires. Le musée Marmottan s’est quant à lui intéressé à ses débuts et donc au cheminement buissonnier qui l’a amené à se distinguer si fortement de ses pairs. Continuer la lecture

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Dix-huit mille écrivains devant l’objectif de Louis Monier

Monté à Paris pour des études de journalisme, le jeune Louis Monier, alors âgé d’une vingtaine d’années, se trouve avec l’un de ses amis, journaliste au Figaro, à la terrasse du Select, à Montparnasse. « Regarde là-bas, lui dit son ami, c’est Romain Gary ». Avec l’enthousiasme et le culot de la jeunesse, Louis se lève de sa chaise et fonce sur l’écrivain. Il lui demande la possibilité de le photographier et de l’interviewer. Ce dernier accepte. « Je vois bien que vous êtes un vrai professionnel »  ajoute-t-il, en lui donnant rendez-vous pour le lendemain. Proposée à une grande revue littéraire, la photo sera immédiatement publiée. Continuer la lecture

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