Corée : la DMZ, emblématique d’une guerre sans fin

En avril 2026, comme près de 800.000 visiteurs annuels du monde entier, je me suis rendue à environ 50 km de Séoul pour visiter la DMZ (zone démilitarisée). Depuis 1953, elle sépare Corée du sud et Corée du nord, le long du 38e parallèle. Large de 4 kilomètres, soit 2 km de chaque côté de la ligne de démarcation, la DMZ traverse le pays d’est en ouest sur 248 km. Poste d’observation sur le voisin du nord pour les militaires, c’est aussi un site historique majeur et une aire présentant une biodiversité rare. Ce tracé n’est pas sans rappeler le Rideau de fer coupant l’Allemagne en deux en 1949 et la curiosité qu’il suscitait côté ouest où familles allemandes se rendaient au bord de ce no man’s land émaillé de barbelés, de barrières et de miradors. La réunification de la RFA et de la RDA eut lieu en 1989. Un espoir pour la Corée? Bien que la reprise de la guerre de Corée ait pu être évitée malgré les échauffourées qui ont eu lieu au fil du temps le long de la frontière, on peine à l’imaginer. Kim Jong-un, « petit prince rouge » et grand dictateur, a qualifié, début 2026, la Corée du Sud d’«État ennemi le plus hostile», alors que le président sud-coréen appelait à reprendre le dialogue. Kim a également supprimé de la dernière version de sa constitution la clause mentionnant que la Corée du Nord « se bat pour réaliser l’unification de la mère patrie ». Continuer la lecture →

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Apollinaire, nouvel influenceur de mode

Sera-t-il bientôt « tendance » pour les jeunes femmes de porter un T.shirt blanc avec au dos la reproduction d’une lettre manuscrite d’Apollinaire? Une dizaine de lignes griffonnées à la hâte après un rendez-vous manqué, adressées le 8 août 1914 à une mystérieuse correspondante et signées par le poète: c’est ce qu’on peut lire sur un T.shirt tout récemment proposé à la vente.  Précision importante (et sans doute déterminante): la lettre porte en en-tête l’inscription imprimée « Café des Deux Magots ». Le célèbre café de Saint-Germain-des-Près, haut lieu de la vie littéraire… et du tourisme parisien,  aussi incontournable que son voisin le Café de Flore, s’est opportunément associé à une populaire firme française de lingerie (Etam) pour lancer une collection « inspirée de l’élégance décontractée de la rive gauche »… à laquelle le vêtement Apollinaire apporte sa caution littéraire. C’est avec le même opportunisme que les deux sociétés ont profité de ce qu’il est convenu d’appeler la Rentrée littéraire pour le mettre en vente. Voila ce qu’on lit sur le vêtement, de l’écriture si caractéristique du poète: « Ma chère petite amie. Je vous ai attendue l’autre jour un temps interminable devant un cordon de troupe qui gardait la terrasse où nous nous étions donnés {sic} rendez-vous. Venez me prendre demain dimanche à 5 heures. Je vous ramènerai après dîner. Guillaume Apollinaire. » Continuer la lecture →

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Faut-il tuer Don Juan

Le séducteur compulsif que représente Don Juan ne passe plus. Un documentaire venant de débarquer sur la chaîne Arte, déconstruit le mythe servi par Tirso de Molina, Molière ou Mozart. Tous les témoins qui s’expriment dans ce film signé Mosco Levi Boucault, Tania Goldenberg, Pierrette Chastel et Olivia Mokiejewski, laissent tomber plus ou moins directement le verdict. À l’opéra comme au théâtre, Don Juan abuse et laisse choir. Il est devenu un violeur dont l’image est apparue dans toute son évidence face au miroir de #meetoo. Ce long métrage fascine. Par le propos assez net et parce que l’on voit de surcroît, les personnages du drame joués sur les plus belles scènes d’Europe, dont celle de Palerme, le Teatro Massimo. Les metteurs en scène (ici par Chiara Muti) excellent le plus souvent à magnifier la version de Molière ou celle de Mozart. Surtout dans ce dernier cas où la mise en musique brillante et oxygénée rendrait esthétique n’importe quel crime. Et composée à une époque plus permissive que celle de Molière, lequel l’avait écrite afin de riposter à la censure de son « Tartuffe ». Chaque intervenant apporte ici un écot sans indulgence. Comme cette actrice disant en substance, face à Don Juan,  » je dois gagner même si le sujet est que je ne gagne pas ». Continuer la lecture →

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Scorbut et citron

Les essais comparatifs sont devenus le passage obligé des médicaments, que ce soit pour démontrer leurs activités, établir leurs intérêts et l’éventuel progrès qu’ils peuvent constituer. Comparatifs soit à un placebo, produit dépourvu de propriétés pharmacologiques spécifiques, soit à des spécialités présentes sur le marché. La plupart des références bibliographiques présentent James Lind, médecin de la Royal Navy comme l’auteur du premier essai clinique moderne. Selon le dictionnaire historique médical Larousse (1999) « il a ainsi prouvé la nature carentielle du scorbut » et son traitement par le jus de citron. Le scorbut constituait une maladie redoutable dite « peste des mers ». Les marins atteints présentaient une fatigue croissante les réduisant à l’inactivité, la mort survenant rapidement dans un tableau hémorragique, ou des complications organiques. Il était plus fréquent lors des navigations au long cours, et sur les navires de guerre, en raison d’une surpopulation où les soldats s’ajoutaient aux marins. Quelques capitaines avaient relaté le rôle bienfaisant des escales, sans autres considérations. Continuer la lecture →

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Été fatal

Pour beaucoup de cinéphiles, « The Age of Innocence » (Le temps de l’innocence), le film de Martin Scorsese sorti en 1993, est la plus belle adaptation au cinéma d’un chef d’œuvre littéraire (on pourrait le mettre ex aequo avec « Le guépard » de Visconti). Et pour beaucoup de lecteurs français, le film de Scorsese a révélé Edith Wharton (1862-1937), autrice du livre qui lui valut en 1921 le premier prix Pulitzer féminin. Avec ce livre, elle a pris place, sur la scène littéraire américaine, disons entre Henry James et Scott Fitzgerald, comme celle qui a saisi l’âme du « old New York » (le vieux New York), juste avant qu’il ne disparaisse au tournant du vingtième siècle. Quel curieux paradoxe: comment pouvait-elle mener une vie si intensément mondaine au sein de la haute société de New York ou de la Nouvelle Angleterre (puis Faubourg Saint-Germain), tout en menant parallèlement une vie de romancière dénonçant les préjugés et l’étroitesse de ces milieux? Une nombreuse intendance a dû l’y aider, direz-vous. Mais c’est aussi que la grande dame était née non seulement dans un milieu très favorisé, mais avec une passion pour la culture en général et la littérature en particulier. Continuer la lecture →

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Baty et l’adresse obsédante

C’est un auto-collant acquis aux enchères et venu des États-Unis. Avec le transport, cela faisait une somme. Mais la transaction était à même de calmer l’obsessionnelle recherche d’éléments nouveaux liés à ce que fut Baty, le dernier marchand de vin selon Apollinaire. Le style est Art-déco, loin de la pochade de Moïse Kisling (1), mais il représente bien un ensemble dont l’épure architecturale est toujours la même. La dernière fois que nous sommes passés devant, en juillet 2026, le local était fermé, les vitres occultées. Si on en reparle aujourd’hui, c’est non seulement parce qu’une fois de plus l’enseigne va de nouveau changer, en « Bonbonnière » selon nos infos, mais aussi en raison de quelques images retrouvées comme ce rare auto-collant de l’hôtel Raspail qui jouxtait les murs de Baty. Là où l’artiste Alberto Savinio (1891-1952), racontait dans son livre « Scritti dispersi », que c’est à cet endroit qu’Apollinaire avait corrigé les épreuves de son « Poète assassiné ». Il disait en outre qu’il y avait dîné avec lui vers 1914, en précisant « chez la veuve Baty » (e che dal nome della proprietaria si chiamava Chez la Veuve Baty), mais il s’agissait sans doute d’une boutade à l’égard du mâle-propriétaire. Continuer la lecture →

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De laine et de soie, la fascinante beauté des « Ténières »

« De lin et de laine » est le titre de l’exposition que le Musée d’art et d’histoire de Bayeux propose aux visiteurs en remplacement de son trésor de guerre, la fameuse Tapisserie de Bayeux. Comme on le sait, malgré les nombreuses réticences suscitées par la fragilité de la broderie, cette incomparable pièce inscrite au registre « Mémoire du Monde » de l’Unesco, a osé une traversée de la Manche pour être présentée « en direct live » aux publics britanniques. Le roi Charles III qui ne pouvait éviter le déplacement, a exprimé sa gratitude. Le président de la République française s’est félicité et a félicité tout le monde. Le public est déjà au rendez-vous: il y a quelques jours, 80.000 visiteurs étaient inscrits en ligne pour réserver un ticket d’entrée au British Museum. Le musée britannique table sur un total de plus de 7 millions de visiteurs pour l’exposition visible à partir du 10 septembre et  jusqu’au 11 juillet 2027. Un peu plus de six siècles (et 400 km) séparent la célèbre broderie de Bayeux des tapisseries du XVIIIe siècle qu’une remarquable et trop discrète exposition permet de découvrir en ce moment au musée de l’hospice Comtesse à Lille. Le titre  « Trésors de laine et de soie » n’est pas sans rappeler celui du musée de Bayeux. Un hasard? Continuer la lecture →

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Déflagration salzbourgeoise

Chacun sait que si le Festival de Salzbourg (Autriche) a programmé « Carmen » de Bizet cet été c’est parce que le directeur artistique n’avait rien à refuser à Asmik Grigorian (ci-contre) et au maestro gréco-russe Teodor Currentzis. Car Markus Hinterhäuser, limogé en mars dernier pour des querelles d’ego, n’a cessé d’offrir à la diva lituanienne, la diva phénomène (voir mon article du 5 février 2025), un écrin d’expérimentation dans la ville de Mozart. Outre ces deux stars, il lui suffisait d’engager de belles voix pour incarner l’amant éconduit, le ténor Don José, et le vibrionnant torero, le baryton Escamillo: l’opéra comique inspiré par la nouvelle de Mérimée se réduisant, comme on sait, à une œuvre intimiste autour de ce trio. Il pouvait compter sur la Grigorian pour renouveler le personnage et sur Currentzis (et son orchestre Utopia) pour faire ressortir les profondes et multiples beautés d’une partition trop souvent éclipsée par les grands airs. Si « Carmen »  (diffusé sur Arte jusqu’au 5 novembre) est devenu l’opéra français le plus joué au monde, ce n’est pas tout à fait par hasard… Certes, mais comment le renouveler ? Continuer la lecture →

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Pompes à essence dans le domaine public

Cette remarquable « ville » date de 1959. Elle a été peinte en 1959 par Fernand Léger (1881-1955). L’un des artistes pivots de l’art moderne, s’étant qui plus est intéressé aux marqueurs des évolutions de la société. Comme cette représentation ci-contre de ce qui semble bien être une pompe à essence, avec une automobile passant à proximité. Cette image nous est offerte par la BnF. Laquelle a publié cette année la très longue liste de ses pensionnaires connus et oubliés, ayant intégré le domaine public. Cette BnF mérite bien tous les financements nécessaires tellement son trésor est grand, qu’il s’agisse de livres, de journaux, de photographies, de peintures ou de sons. Cette toile si bien faite par ce Fernand Léger que l’on reconnaît instantanément, cette toile disions-nous, est aussi une rareté. Quand on cherche dans les archives de l’art en effet, la thématique de la pompe à essence est fort rare, hormis des cas notables tels Edward Hopper (1882-1967) et quelques étoiles américaines dont Ed Ruscha (1937-) avec sa série « Standard Station ». Continuer la lecture →

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Des milliards de prodiges

Non contrariants: ainsi sont pour l’instant programmés les androïdes domestiques dont la commercialisation commence. Plus empathiques que des humains, ils font en outre preuve d’une patience remarquable, du moins tant que leur batterie est chargée. Mais comme le racontait le 2 septembre à 22h01 une dépêche Reuters, il se pourrait qu’un jour ils arrachent leur laisse et prennent la tangente. Ainsi que le pronostiquait en 1966 Philip K. Dick, dans son roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ». Dans ce livre, il était déjà question de l’émancipation des androïdes. Et le héros Rick Deckard (Harrison Ford dans le film qui suivit) rêvait d’échanger son mouton high tech contre un vrai qui braie. L’article de Reuters, signé d’une certaine Courtney Rozen, racontait avec le sérieux habituel à l’agence, l’inquiétude du législateur américain face à « l’évasion » d’une IA. Ayant échappé à la vigilance de ses gardiens, elle était partie ailleurs, tout à la joie d’un vélo pédalant tout seul. Diabolique passage au réel de la science fiction, la dépêche nous apprenait qu’un projet de loi, la « AI Kill Switch Act”, était actuellement en cours d’examen à la Chambre des représentants des États-Unis. En cas de pépin. Exactement comme dans le roman de Philip K. Dick (1928-1982). Continuer la lecture →

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