Je ne me suis pas précipitée pour lire « Le Consentement » de Vanessa Springora au début de l’année parce qu’il fait partie de ces livres devenus des phénomènes médiatiques dont on se dit qu’on sait pratiquement déjà tout. Rappelez-vous : il s’agit du premier livre de la directrice des éditions Julliard dénonçant l’emprise sexuelle et psychologique dont elle a été l’objet, entre treize et quinze ans, de la part de l’écrivain Gabriel Matzneff. Elle souligne qu’il lui a fallu plus de trente ans pour parvenir à en faire le récit, afin d’affronter à armes égales son prédateur justifiant toutes ses manipulations par le fait d’être un grand écrivain. Et soutenu pendant cinquante ans par une grande partie du milieu littéraire et intellectuel français dans cette opinion sur son talent, certes sulfureux mais indéniable, disaient-ils. L’art n’excuse-t-il pas tout ? Reproche-t-on à Balthus son goût pour les culottes blanches des petites filles ? Continuer la lecture
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Un peu lasse d’entendre les recommandations des médecins et des politiques qui arrivent à me donner l’impression pénible de la répétition et de la contradiction dans le même temps, je suis tentée de me tourner vers les paroles des poètes, dont les paradoxes ont, eux, l’art de me mettre en joie. Comme beaucoup, je suis émue par toutes les interventions de François Cheng. Il recommande, dans une tribune récente du Figaro, de se tourner vers les objets familiers avec émerveillement autant que vers les êtres qui nous entourent, pour retrouver avec eux la juste distance. Pour la décrire, il emprunte au chinois le mot de « li », signifiant le « rite du respect mutuel ». Ce respect pourrait être, selon lui, comparé à celui qui se déploie dans l’amour courtois. Pourtant, ces espaces étroits qui nous rassemblent dramatisent nos liens d’amour, et il s’agirait justement de retrouver dans la proximité (qui est parfois promiscuité) une distance salutaire, consistant à traiter l’autre « comme un hôte d’honneur ».
Afin de maintenir une bonne température ambiante dans la maison familiale, Gustave Moreau et sa famille n’avaient pas lésiné sur les investissements. D’immenses radiateurs, de volumineux poêles garnis d’un œil de cyclope, avaient en effet été installés dans les pièces du haut, notamment celles qui lui servaient d’atelier. Né en 1826, disparu en 1898, Gustave Moreau voulait laisser une trace de son passage sur Terre en indiquant, par voie testamentaire, sa volonté de transformer son domicile en musée personnel. En matière de gloire posthume, il n’est rien de tel que d’en maîtriser soi-même l’organisation. Cette préoccupation n’était pas chez lui une lubie de dernière minute. Dès 1862 il écrivait en effet qu’il pensait à sa mort et « au sort » de ses « pauvres petits travaux ». Faux modeste sans doute puisque cette aimable maison nichée dans le neuvième arrondissement a vu par la suite, ses murs entièrement recouverts de ses œuvres à dominante symboliste. Ce musée fait en principe partie, de par sa taille, des établissements culturels qui seront autorisés à rouvrir au mois de mai.
Yannina et Iakovos dansent un slow, joue contre joue. Elle lui demande : « Tu aurais le courage… Tu es capable de tuer ? » II répond que bien sûr, s’il le faut. Elle reprend : « Autrefois, avant Mauthausen, tu aurais pu ? » Serrés l’un contre l’autre, ils poursuivent ce dialogue jusqu’à ce qu’il lui dise de garder sa haine et de ne pas en avoir peur. « Quand viendra le temps où elle ne sera plus nécessaire, elle s’apaisera d’elle-même ».
En mars 1907, la revue bimensuelle « La culture physique » se flatte sous la plume du rédacteur en chef Albert Surier, d’accueillir comme nouveau collaborateur, Guillaume Apollinaire. « En termes émus, prévient la direction du journal sportif dans un encadré, notre distingué collaborateur, Guillaume Apollinaire, retrace dans l’article qu’il consacre à Guy de Maupassant et que nous publions aujourd’hui, quelle part de sa vie l’admirable auteur de « Sur l’eau », donna à l’athlétisme et au sport ». Guy de Maupassant (1850-1893) et Apollinaire (1880-1918) ont au moins ceci en commun d’avoir fréquenté la Maison Fournaise à Chatou et partagé le même amour de la Seine. Apollinaire en parle comme d’un athlète qui oubliait « toute modestie » dès qu’il « s’agissait de sa force ». Cependant que Maupassant, « riche et glorieux » atteignait « l’époque douloureuse de son existence ».
Le 15 mars 1957, le journal Le Monde publiait un sobre entrefilet dans sa rubrique nécrologique : «On nous prie d’annoncer la mort de M. René Chalupt, homme de lettres, survenue subitement le 9 mars 1957 en son domicile à Chillon (Suisse), dans sa soixante-douzième année. La cérémonie religieuse aura lieu le samedi 16 mars, à 10 h 30 précises, en l’église Saint-Philippe du Roule, à Paris ».
À la convention nationale du Parti socialiste le 6 novembre 1977, François Mitterrand tente en effet de mettre de l’ordre dans une gauche trop dispersée à son goût. Le Premier secrétaire ne discute pas, il impose. Il estime même, à quatre mois des élections législatives, que le Parti communiste doit être mis en situation « de ne pas faire ce qu’il veut, mais ce qu’il peut ». Juste derrière une manchette qui annonce une « France coupée en trois », Le Matin consacrait ses deux premières pages à cette bataille de l’unité. Quarante trois ans après on pourrait dire que peut nous en chaut mais non, tellement il peut être réconfortant en ce moment même, de lire une actualité totalement révolue. En effet, si on apprenait en dernière page que la Fraction armée rouge menaçait de faire sauter trois avions de la Lufthansa, on sait aujourd’hui que le funeste projet n’a pas abouti. En 2063, soit dans quarante trois années, peut-être nos plus jeunes lecteurs découvriront-ils la presse de 2020 avec un détachement amusé. Nous leur souhaitons vivement.
Quoi ! Le déconfinement s’annonce alors que nous commencions tout juste à découvrir les vertus du confinement ?
L’année de ses 13 ans, juste avant la deuxième guerre, la petite Wally Danzig découvre pour la première fois la mer sur une plage du Calvados. Elle respire l’air iodé, éprouve le plaisir de porter un maillot de bain deux pièces, ressent la joie d’observer les mouettes qui parcourent le ciel marin. Aujourd’hui qu’elle est sur ses 94 ans, elle avoue conserver peu de souvenirs de ces vacances en famille. Et puis Wally était juive et en 1939 tout allait se détraquer. Son insouciance courait à la ruine avec les tracas de l’exil, de la clandestinité, les affres du manque de nouvelles familiales. La première partie de son histoire est en noir et blanc. Elle est racontée par Valérie Villieu et mise en images à l’aquarelle par Antoine Houcke, dans une bande dessinée à paraître en mai aux éditions La boîte à bulles.
La disparition de Lucie Blackman, jeune ressortissante britannique, en juillet 2000 à Tokyo a pu échapper à bon nombre de lecteurs de la presse française. Elle y a été évoquée, mais peu et fugacement. En revanche, ce fait divers, un meurtre sexuel sordide, a agité toute la Grande Bretagne pendant presque une décennie, à la façon, sans doute, de l’affaire du « petit Grégory ». Et si l’événement a tenu si longtemps sur la scène médiatique d’outre-Manche, c’est en grande partie en raison de la longueur de l’enquête et surtout de celle du procès : à raison d’une audience par mois, l’affaire est restée devant le tribunal pendant près de sept années, procédure en appel comprise. Et c’est tout l’intérêt de l’enquête à laquelle s’est livré le correspondant du Times à Tokyo, Richard Lloyd Parry, que de nous révéler la façon dont le Japon traite et juge les crimes.