Rarement mais c’est à chaque fois remarquable, Kan Takahama, utilise dans ses cases le procédé photographique du flou, usant du champ et du contrechamp. Ainsi lorsque l’amant attend la jeune fille dans sa voiture à la sortie de sa pension, le point est fait sur la seconde, tandis que lui, apparaît comme un peu moins net. L’astuce est artificielle mais originale. « L’amant », le fameux roman autobiographique de Marguerite Duras qui obtint le prix Goncourt en 1984, vient de sortir en bande dessinée. Il y a donc eu le roman, l’adaptation de Jean-Jacques Annaud en 1992, une nouvelle version par Marguerite Duras intitulée « L’amant de la Chine du Nord » destinée à redresser et enrichir les faits, et sans compter une pièce de théâtre réalisée en 2011. Continuer la lecture
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La Fab., le nouvel espace très attendu consacré à l’art contemporain par la créatrice de mode agnès b., a ouvert ses portes début février, place Jean-Michel Basquiat, dans le 13ème arrondissement de Paris. Ce nouveau lieu parisien regroupe désormais, sous un même toit, la collection d’œuvres d’art d’agnès b., dévoilée progressivement au public à raison de trois expositions thématiques par an, l’historique galerie du jour fondée en 1984 et la librairie du même nom, déjà présente autrefois rue Quincampoix. Photographies, dessins, peintures, sculptures, installations, vidéos et films composent cette collection de plus de 5000 pièces. Une première sélection de 150 œuvres autour du thème de “la hardiesse” est actuellement présentée jusqu’au 23 mai. Bienvenue dans l’univers d’agnès.b!
C’est probablement le seul ou l’un des rares moments de poésie qui ressort de la série de trois documentaires réalisés par Patrick Rotman sur le Goulag. C’est l’image d’un homme qui patine devant le camp de Vorkouta afin d’exprimer sa joie d’en être libéré. Stanislas était un Polonais, combattant de l’armée clandestine durant la guerre. Évadé d’Allemagne, il est fait prisonnier par les Russes et aussitôt déporté à Vorkouta, dans l’extrême-nord de la République socialiste soviétique autonome des Komis. En détention apprend-on, il réussit à fabriquer un appareil photo avec lequel il prend des clichés du camp. Sans doute qu’en 1956, lorsqu’il est enfin libre, a-t-il confié l’appareil à quelqu’un afin qu’il l’immortalise en train de patiner de joie sur le sol gelé. À la réflexion, à la 48e minute des trois volets sur le Goulag, c’est bien le seul joli moment qui nous est offert. Pour le reste c’est plus difficile.
Partenaires de la plume et de l’encrier, ils pouvaient tout éponger. Grâce à eux, un écrivain s’était même pris un jour à rêver sur le rivage d’une tache d’encre. Avec l’arrivée du stylo bille, de la machine à écrire, de l’ordinateur, du clavier téléphonique, on pouvait croire les buvards au rencart, tout juste bons comme supports publicitaires, à faire la joie des collectionneurs. Mais on en trouve toujours des neufs à la vente dans les papeteries car ils servent aux amateurs de calligraphie. Pour sept euros et vingt centimes, il est encore possible d’acheter une pochette de dix, chacun siglé de la marque Herbin dont l’origine remonte à Louis XIV. De quoi donner envie d’écrire à la plume une correspondance de papier, celle qu’aucun flic ou indic numérique ne pourra jamais repérer. C’est très tentant.
Contrairement au sujet de la précédente exposition (“Fêtes et kermesses au temps des Brueghel“ : succès à l’avance assuré), le thème actuellement proposé par le Musée de Flandre à Cassel (Nord) peut sembler aride, austère, voire rébarbatif. Sous le titre « Sacrée architecture ! », l’établissement expose une cinquantaine de tableaux des 16e et 17e siècle représentant exclusivement des intérieurs d’églises des Flandres ou des Pays-Bas. Tous ces tableaux appartiennent au même collectionneur, ce qui constitue une autre particularité.
Comme chaque année à la même saison, Radio France nous a proposé son festival « Présences », le trentième, un shoot à haute dose de musique contemporaine ramassé sur un petit peu plus d’une semaine, du 7 au 16 février. L’occasion pour les fans de se délecter, et pour les autres, sait-on jamais, de faire quelque découverte. Quant à moi, je me situe plutôt dans le second camp.
La thématique s’annonçait passionnante. Pour sa nouvelle exposition, le beau musée du Jeu de Paume s’était donné pour objectif d’aborder le « Supermarché » des images, dans un monde monde saturé par l’image, bien loin de l’époque lointaine où la reproduction de quelque chose ou de quelqu’un se limitait à un simple reflet dans l’eau. L’idée était bonne, le sujet hautement contemporain dans la mesure où tout un chacun fait des images puis les publie sur les réseaux sociaux dans l’espoir de collecter des « like ». Mais le rendu de l’affaire est presque complètement passé à côté de la cible annoncée, à quelques exceptions près, comme cette proposition vidéo de Martin Le Chevallier (ci-dessus) qui a collecté des témoignages des travailleurs du clic, ces gens payés précisément pour gonfler les « like » et produire du commentaire à la demande. La voix monocorde de ces esclaves modernes s’inscrit, et c’est notable, dans le droit fil de l’idée générale.
À la fin de l’été 1592, un jeune homme installé à l’arrière d’un chariot tiré par des bœufs, avance (très) lentement vers Rome. On l’appelle Michelangelo Merisi da Caravaggio, il est né à Milan. Son incroyable talent de peintre, sa rapide notoriété font qu’il ne sera bientôt plus connu que sous le nom de Caravage. La nouveauté si l’on peut dire est que son histoire vient d’être mise en case en version intégrale par l’un des maîtres de la bande dessinée, Milo Manara. Lui aussi vient du nord de l’Italie. Il est un dessinateur et un narrateur hors pair. Il est intéressant de noter que l’ouvrage est préfacé par un historien de l’art qui s’incline devant la prouesse de Manara retraçant l’histoire du Caravage. Claudio Strinati estime que le dessinateur livre ici une « fable historique dans laquelle rien n’est vrai, mais où tout est vraisemblable, dans un rêve réaliste qui pourrait tout aussi bien être la pensée du Caravage même ».
Une écriture en creux rappelant celle de Pinter (1) où le dit et le non-dit, les phrases entrecoupées de longs silences, établissent une atmosphère d’une inquiétante étrangeté. Née en 1961 à Badalone, en Catalogne, Lluïsa Cunillé est l’auteur d’une quarantaine de pièces (écrites en catalan et en castillan) et de nombreuses adaptations théâtrales. Portées à la scène et/ou publiées, ses œuvres lui ont également valu de prestigieux prix en Espagne. Cette reconnaissance unanime la situe au premier rang des dramaturges espagnols contemporains. Alors que ses œuvres sont jouées dans une dizaine de pays (2) “Massacre”, actuellement à l’affiche du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, est paradoxalement son premier texte monté en France. Un auteur qu’il était grand temps de découvrir !
Il y a de cela cinquante ans, les citoyens chiliens ont voulu changer de chaîne, varier un peu le programme économique auquel ils étaient habitués faute d’en profiter. Pour ce faire ils élirent en 1970 un médecin de profession, socialiste, convaincu que la répartition des richesses se devait d’être davantage équitable. Trois ans plus tard, Salvador Allende est destitué par un coup d’État mené par le général Augusto Pinochet qui avouait lui-même ne rien comprendre à la politique. Selon un câble de la CIA de 1972, il était décrit comme « un militaire ordinaire, amical, plutôt médiocre » (…) prenant « beaucoup de plaisir à se sentir important ». S’ensuivirent 17 années de dictature féroce entraînant plus de 3000 morts et disparus et bien plus encore de personnes emprisonnées et torturées. Sortie il y a peu aux éditions Otium, une BD signée Carlos Reyes et Rodrigo Elgueta, s’applique à raconter « Les années Allende ».