Les roses de Poccardi

Il est à vrai dire difficile d’affirmer aujourd’hui que les tables de chez Poccardi étaient garnies de fleurs, singulièrement des roses, mais le jeu de mots était irrésistible. C’est une bonne chose de faite. Si cette brasserie italienne présente un intérêt aux lecteurs des Soirées de Paris, c’est parce que c’est là le 2 mai 1918, qu’a été arrosé à l’Asti Spumante, après la messe à Saint-Thomas d’Aquin, le mariage d’Apollinaire en compagnie de sa femme Jacqueline, Picasso, Ambroise Vollard, Gabrielle Buffet-Picabia, Lucien Descaves et son épouse. Le 30 avril Apollinaire avait prévenu son ami Picasso par un courrier adressé à son domicile de Montrouge de l’imminence de l’événement.  Le repas fut simple et l’on peut supposer des plus gais. Continuer la lecture

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Jean Marais éternellement

Un visage d’une grande beauté dans lequel éclatait un regard bleu clair respirant l’honnêteté et la franchise, une silhouette athlétique d’Apollon, puis, les années passant, celle majestueuse d’un Hadès vieillissant à la belle crinière blanche. A ce physique de séducteur s’ajoutaient une voix reconnaissable entre toutes, un sourire éclatant des plus sympathiques et un rire en cascade d’enfant joueur. Ainsi pourrions-nous esquisser en quelques traits le portrait de Jean Marais disparu le 8 novembre 1998, il y a tout juste vingt ans. Mais celui pour qui la beauté intérieure, les qualités morales, importaient plus que la beauté physique, était bien davantage que cela, connu pour son extrême gentillesse et sa générosité, sa fidélité en amitié et une étonnante modestie malgré sa renommée, une carrière théâtrale et cinématographique impressionnante et des rôles ayant marqué à jamais l’histoire du cinéma français. Continuer la lecture

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Il nous dit les mêmes mots

L’objectif de vendre beaucoup d’albums sera probablement atteint. Disparu en 2009, Alain Bashung a en effet laissé nombre de ses admirateurs en deuil et donc en manque. L’objet s’intitule « En amont ». Finement titré ainsi parce que selon sa veuve, les 11 chansons qui composent le disque ont été interprétées de son vivant ce dont on pouvait se douter. Avant sa sortie officielle, deux titres -il est vrai remarquables- ont fait l’objet d’une diffusion précoce afin d’appâter le client: « Immortels » et « Elle me dit les mêmes mots ». Tous avaient été destinés à l’album « Bleu pétrole » mais l’artiste les avaient néanmoins écartés de la sélection finale. Le résultat est que l’ensemble semble pour le moins inégal et qu’à l’écoute on ne peut s’empêcher de penser à une opération de raclage de fonds de tiroir dans les règles. Continuer la lecture

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« L’affaire Sparsholt » garde son mystère

Alan Hollinghurst, l’un des grands écrivains anglais contemporains (né en 1954), romancier, poète, nouvelliste, traducteur de Racine (« Bajazet » et « Bérénice »), est plus que reconnu par ses pairs : son premier roman, The Swimming Pool Library, paru en 1988 (la Piscine-bibliothèque, nouvelle traduction 2015 chez Albin Michel) a reçu en 1989 le prix Somerset Maugham ; The Ligne of Beauty (La Ligne de beauté, Fayard 2005), écrit sous les auspices de Henry James, a obtenu en 2004 le Booker Prize, équivalent de notre prix Goncourt ; en France, The Stranger’s Child 2011 (l’Enfant de l’Étranger, Albin Michel), a reçu le prix du meilleur livre étranger en 2013.
Dans son dernier livre, « L’affaire Sparsholt » (« The Sparsholt Affair » 2017), paru récemment chez Albin Michel, on retrouve l’essence même des éléments qui caractérisent son œuvre : roman choral mettant en scène un groupe de personnages que l’on va voir évoluer sur plusieurs générations. Tantôt proustien pour la hantise du temps qui passe, tantôt jamesien pour l’ambiguïté de toutes choses, il est aussi pleinement propre à l’auteur, aussi bien par l’extrême sensibilité dont il témoigne que par sa prose ou sa composition virtuoses. Continuer la lecture

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Incident secret dans le métro parisien

Cela se passait sur la ligne 13 du métro parisien. Un début d’après-midi d’une journée calme et ordinaire, ni pluvieuse comme souvent, ni particulièrement ensoleillée. Grise peut-être. Peu importe la saison ou même l’année d’ailleurs. Disons simplement que ça se passait dans les années quatre-vingt-dix, avant l’arrivée d’Internet, du portable et des réseaux sociaux.
À la station Miromesnil, la jeune fille monta machinalement dans le wagon, le nez plongé dans un livre. Elle chercha tout aussi machinalement une place pour s’asseoir afin de poursuivre confortablement sa lecture. Un strapontin s’avérait disponible. Elle s’en empara. Le strapontin mitoyen, celui situé dans le renfoncement, était occupé par un homme apparemment de haute taille. Continuer la lecture

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S’il avait eu un pihi

Convenons qu’il est plus commode parfois d’apprécier un calligramme d’Apollinaire du regard que de le déchiffrer. Cette paire de lunettes, dédiée à son ami le peintre Léopold Survage, disait ceci: « il a contemplé les foules et il en a exprimé la vie par le moyen de quelques ombres humaines il n’attend pas que le temps donne de l’originalité à ses sensations -il est sûr de lui- il sait donner une ordonnance à la fois pompeuse et familière à tous les détails, si bien que dans ce qui est si naturel dans son œuvre, on pourrait le comparer à l’art du dramaturge« . Dans son anthologie  des poèmes écrits par Apollinaire durant la période de guerre -c’est à dire jusqu’à son décès-, Claude Debon a ainsi fait œuvre utile. Continuer la lecture

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Vent d’Espagne sur Paris

Bien qu’ayant quitté son Argentine natale en 1997 pour aborder aux rives européennes, le bouillant maestro Leonardo Garcia Alarcon n’a rien perdu de son tempérament sud américain, si bien que ses spectacles sont toujours un moment d’exubérance dont on ressort le sourire aux lèvres et la joie au cœur.
On a pu le vérifier « una vez mas » le 6 novembre dernier à l’auditorium de Radio France, lors d’une soirée orchestrée par sa Cappella Mediterranea, formation sur instruments anciens qu’il a fondée en 2005, donnant maintenant quelque quarante-cinq concerts par an et ayant déjà une vingtaine de titres à son actif. Continuer la lecture

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Irvin Yalom adore et assume le mélange des genres

Irvin Yalom est psychiatre. Et romancier. Et grand amateur de philosophie. Et grand vendeur de livres. Et star médiatique – du moins aux États-Unis et dans certains autres pays du monde où il est adulé. Il a publié ses mémoires en 2017. Leur traduction en français est parvenue dans les librairies en août 2018. Pas exactement une lecture de plage pour autant.
En France, la notoriété d’Irvin Yalom a été relativement tardive. Il avait certes pénétré le monde universitaire et médical grâce à ses travaux académiques, théoriques d’abord puis beaucoup plus pratiques, liés à sa riche expérience en matière de psychothérapie de groupe. Mais il a fallu ses romans, très ancrés dans ses univers de prédilection, pour qu’il touche un public français – et européen – plus large. « Et Nietzsche a pleuré », « La méthode Schopenhauer, apprendre à mourir » lui ont ouvert progressivement les bibliothèques des non-experts. « Le problème Spinoza » a même emporté le Prix des lecteurs du Livre de poche en 2014. On a pourtant connu des romans dotés de titres plus aguicheurs… Continuer la lecture

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Gliome versus Guillaume, au-revoir Thierry Lalo

Il était venu à l’automne à l’occasion d’une séance de signature pour mon livre « Apollinaire, portrait d’un poète entre deux rives. » Il s’appelait Thierry Lalo. Je ne le connaissais pas. Je me souviens de son crâne qui avait l’air comme calciné par endroits. Avec son phrasé lent, il était venu me raconter qu’il avait eu l’occasion de mettre en musique un texte de  Guillaume Apollinaire « Les Cloches » et aussi quelques autres. Ses amis m’ont dit plus tard qu’il était atteint d’un cancer incontrôlable au cerveau. Il s’est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi à l’hôpital de la Croix Saint-Simon. Continuer la lecture

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Un secret bien gardé

En 2011, Annie Ernaux poursuit son œuvre autobiographique avec la publication de “L’autre fille”, un court texte écrit sous forme de lettre adressée à sa sœur aînée, morte deux ans et demi avant sa naissance et dont, à l’âge de dix ans, elle apprend subrepticement l’existence par le plus grand des hasards. L’existence de cette petite fille enlevée à six ans par la diphtérie lui a été soigneusement cachée, a été enterrée à jamais à la face du monde, tel un lourd secret bien gardé. Sur la petite scène des Déchargeurs, la comédienne Marianne Basler s’empare avec le talent qu’on lui connaît de ce texte poignant et nous emmène avec elle sur les traces de cette vie vécue à l’ombre d’un fantôme. Continuer la lecture

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