Ce 7 janvier 2015, la confirmation s’inscrivit en sous-titre, sur l’écran de l’info-en-continu: « un peu après 11 heures, avant le déjeuner, Jean Cabut , dit Cabu est mort assassiné…. »
Aussitôt, les survivants des années Pilote prirent le deuil du créateur du Grand Duduche, potache persifleur payant ses insolences d’un nombre joufflu d’heures de colle. Les générations suivantes évoquèrent le complice de Dorothée, aux temps de Récré A2, le dessinateur le plus populaire des cours d’école. Les balles des frères Kouachi, venus « venger le Prophète » leur arrachaient « une part de notre enfance » pensèrent-ils à l’unisson. Le lendemain, les journaux ciselèrent son oraison funèbre: « une silhouette douce, obstinée, poétique et immuable », « toujours de bonne humeur, avenant, persévérant, souriant », un « collégien de 76 ans ». Mais la réalité s’avérait beaucoup plus complexe. Derrière cet angelot en sucre filé sévissait un caricaturiste aussi redoutable que talentueux. « L’agneau de la bande » d’Hara-Kiri, venu s’arsouiller au pays des « bêtes et méchants », avait le trait féroce. Il était né un 13 janvier (1938).
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Celle qui a passé une bonne partie de sa vie à raconter le monde a choisi de passer de l’autre côté de la caméra ou plutôt de passer de l’écran au livre. Maryse Burgot appartient au club très fermé des femmes reporters de guerre ou encore de celles qui veulent tout: un métier fait de voyages et d’aventures et aussi la famille et les enfants. Elles ont surtout accepté de côtoyer le danger et la mort et assument pratiquer un métier dangereux comme en témoignent certaines de leurs mésaventures: la tentative de viol de Mouammar Kadhafi sur Mémona Hintermann en 1984 ou la blessure de Patricia Allémoniere en Afghanistan. Maryse Burgot, elle, a vécu 2 mois de captivité dans la jungle de Jolo aux Philippines en juillet et août 2000 aux mains du groupe séparatiste musulman Abu Sayyaf, considéré à l’époque comme un des mouvements terroristes et mafieux les plus violents au monde. De sa captivité à Jolo elle dit: « Une seule fois dans ma vie j’ai connu le désespoir et c’était à Jolo. Les conditions de détention ne changent rien au puits de détresse dans lequel je m’enfonce psychologiquement au fil des jours ».
La presse anglaise consacra, pour cet écrivain français, une large place. Elle avait en effet suivi, avec une rare intensité, l’élection, puis la réception de Jean Cocteau à l’Académie française, en 1955. On pouvait parler d’événement puisque pas moins de dix mille personnes voulurent y participer. D’ailleurs, c’est surtout l’aspect mondain qui captivait les journalistes anglais. Avec des détails accrocheurs: Cocteau était habillé par Lanvin et son épée avait été dessinée par Picasso (voir commentaires à ce propos ndle). De surcroît, comme le souligne Olivier Rauch dans un livre qui vient tout juste d’être publié, les Britanniques aimaient ce pays, lequel savait défendre à ce point sa propre langue. Depuis sa jeunesse, Cocteau (1889-1963) a longtemps misé sur l’Angleterre et l’île le lui a bien rendu jusque bien après sa mort. Olivier Rauch a été bien inspiré de se saisir de ce prisme original, géographique, dans la mesure où le profil du poète et artiste apparaît souvent sous un jour différent, « so british » justement.
Heureux ceux qui ne connaissent rien au lied et qui vont découvrir le dernier disque du ténor allemand Julian Prégardien ! Vingt ans que Julian y pensait, à celui-là, à cette « Belle meunière » (« Die schöne Müllerin ») composée par Schubert vers vingt-six ans. Une apogée et une révolution musicale que ces vingt poèmes de Wilhelm Müller exaltant la nature, s’enchaînant en une histoire hautement passionnée, en contrepoint parfait avec le piano, un opéra en miniature, en quelque sorte. Schubert renouvellera l’expérience quatre ans plus tard, un an avant sa mort, avec « Le voyage d’hiver » (« Winterreise ») du même poète. Si la tonalité des deux cycles se révèle très différente, ils sont devenus un Graal, un passage obligé, pour les grands ténors allemands tels Dietrich Fischer-Dieskau, Peter Schreier, Fritz Wunderlich, Christoph Prégardien (le papa de Julian). Ou encore pour notre beau Jonas Kaufmann, qui un an après avoir été révélé en 2010 sur la scène de l’Opéra Bastille dans un inoubliable « Werther » de Massenet, décida d’enregistrer « La belle meunière » parce qu’il venait d’avoir précisément quarante ans. Et il estimait que pour chanter ce cycle écrit pour un ténor, il fallait avoir « une voix jeune – et une âme jeune ».
L’art souriant du photographe et sculpteur, Chan Yue Hin, raisonne comme une poésie à la musicalité pétillante. Une irrésistible joie de vivre, rafraîchissante et réconfortante, transpire de la plupart de ses œuvres. Sans doute reflètent-elles l’allégresse de l’artiste lorsqu’il est plongé tout entier dans son élément, la nature, sa source d’inspiration première. « J’ai besoin d’espace. Quatre choses sont très importantes pour moi, les beaux-arts, la nature, la verdure et la tranquillité », confie-t-il. Naturellement, au lieu de vivre en ville, Chan Yue Hin a pris ses quartiers dans le village de Lam Tsuen, au cœur de la campagne bucolique de Tai Po (Nouveaux Territoires). C’est ici, loin des gratte-ciels, qu’il s’est installé après avoir vécu vingt ans en France, diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris dans les années 70. Son atelier se situe dans le parc de sa maison ancestrale, havre de paix fleuri en toute saison, qu’il a lui-même agencé avec une délicate harmonie. Propice à la rêverie créative, ce refuge fait également office de musée intimiste. Chaleureux, l’artiste hongkongais qui parle le Français couramment, est ravi d’introduire à son univers enchanteur les visiteurs en quête de respiration, à l’écart du tumulte urbain.
D’abord parce que la vente aura bien lieu. Reportées pour des raisons inconnues, les enchères de la vente Apollinaire se dérouleront à Drouot le 19 décembre à 18h. Elle est intitulée « Manuscrits & Autographes Guillaume Apollinaire et ses amis ». Elle comprend notamment une touchante carte postale de Picasso à Apollinaire, « Bonjour Guillaume », et dont nous nous étions déjà fait l’écho (1). Ensuite parce que les personnes intéressées par les recherches universitaires sur Apollinaire disposent désormais d’un nouveau site d’actualité (2).
Avec 250.000 habitants, Rostock est aujourd’hui la métropole la plus importante de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (nord-est de l’Allemagne) et son centre économique. Pour déployer ses activités navales, la ville s’éparpille le long de l’embouchure de la rivière Warnow qui se jette dans la mer Baltique à 16 kilomètres de Rostock. Si son histoire commence au XIIIe siècle, c’est au XIVe et XVe s., en rejoignant la Hanse des marchands, que Rostock devient l’une des plus puissantes cités de la Baltique. La première université d’Europe du Nord y est fondée en 1419, lui valant le qualificatif de « Ville lumière ». Si l’éclat s’est terni avec le temps, la cité présente toujours de grands atouts. Presque entièrement détruite pendant la Seconde guerre, Rostock a été partiellement reconstruite sous la RDA. Il en est résulté un style architectural particulier, parfois trop rutilant pour les restaurations historiques, parfois unique et harmonieux comme celui de l’avenue Langestraße. La monumentalité de Langestraße, proche de l’université, frappe immédiatement. À l’instar de Karl-Marx-Allee à Berlin, cette avenue démesurée est symbolique de l’architecture vitrine de reconstruction de la RDA.
Imaginons un peu, un ministre lâchant devant les députés le mot « scotomisation », façon de voir si le terme sera adopté rapidement par tout un chacun. À l’instar du regretté Michel Rocard, évoquant au micro du Palais Bourbon le défaut de « procrastination », réveillant d’un coup la moitié des députés entrés en pleine phase postprandiale, et surpris en pleine ignorance. Le soir même, une partie de la France s’était renseignée: le vocable désigne ceux qui s’enlisent dans l’hésitation, incapables de passer à l’action. On ne peut pas dire que la procrastination soit depuis devenue un best-seller, sans doute à cause de la prononciation, mais enfin il a fait sa petite carrière. Dans le film « Quai d’Orsay », sorti en 2013, le directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères, interprété brillamment par Niels Arestrup, s’avisait d’un nouveau terme atterri pour la première fois sur son bureau comme un lâcher de guano: la « résilience ». Et devant ses collaborateurs il réagissait à voix haute en disant qu’à son avis, ce ne serait pas la dernière apparition du mot et qu’il fallait en conséquence se « préparer au choc ». Hélas, il avait raison. Donc, si demain pile au moment crucial, une personnalité du petit écran, dénonçait une « scotomisation », c’est-à-dire un refus d’admettre une situation et pour tout dire un « déni », il se pourrait bien que la chose devienne à la mode pour un temps.
Sachant que « La vagabonde » est un roman de Colette largement autobiographique, le lecteur l’aimant ne peut que s’alarmer en lisant qu’un « homme emporté ne bat pas si bien » et que celui-ci ne (la) frappait, « de loin en loin, que pour renforcer son prestige ». Sauf erreur, la longue et instructive préface de Nicole Ferrier-Caverivière, ne nous éclaire pas sur ce point. Mais compte tenu d’une actualité tenace sur les violences conjugales, on ne peut que s’interroger sur les rapports réels de Colette avec son vrai mari Willy. Un homme qui sut cueillir la jeune provinciale à temps. Si elle était bien au fait des choses de la campagne, elle l’était beaucoup moins des affaires de la ville. Grand séducteur et grand manipulateur, Henry Gauthier-Villars, trouva chez Colette une matière idéalement malléable. Cependant, il contribua indéniablement à la carrière de sa jeune épouse, tout en la trompant ardemment sur à peu près tous les plans. C’est là que Colette embrouille un peu l’histoire avec ce roman écrit depuis le Crotoy (Baie de Somme) et ayant paru par tranche dans le périodique La vie parisienne. Elle trouva en 1909 dans l’écriture, via son héroïne Renée, le moyen de jouer avec la vérité, les semblances et les ressemblances.