L’édition 2023 du Festival d’Avignon fut source de nombreuses joies artistiques. Retour sur quelques coups de cœur du off qui, espérons-le, seront bientôt partagés dans d’autres lieux par un plus large public encore. Le titre intriguait : “Pourquoi les vieux, qui n’ont rien à faire, traversent-ils au feu rouge ?” (1). Prix du Public au Festival Mimos de Périgueux 2021, ce spectacle de théâtre masqué (ci-dessus) aborde avec humour et tendresse la période du grand âge. Dans un univers burlesque et poétique à la Tati, où la gestuelle est reine, la parole utilisée avec parcimonie, bougonnée, noyée par des chansons radiophoniques ou répétée en boucle, nous suivons la vie de quelques résidents en EHPAD. Dans cet espace confiné où ils tournent en rond comme des poissons dans un bocal, chacun tente de faire avec la solitude et la déchéance physique. Les facéties et maladresses s’enchaînent. Les personnages sont attachants, remarquablement interprétés, le rythme enlevé, et le propos traité avec subtilité. Sous la comédie pointe la tragédie, et nous rions pour ne pas pleurer. Brillant ! Continuer la lecture
Archives
Catégories
- Anecdotique
- Apollinaire
- Architecture
- BD
- Cinéma
- Danse
- Découverte
- Documentaire
- Enchères
- Essai
- Exposition
- Gourmandises
- Histoire
- Humeur
- Jardins
- Livres
- Mode
- Musée
- Musique
- Non classé
- Nouvelle
- Peinture
- Philosophie
- Photo
- Poésie
- Politique
- Portrait
- Presse
- Publicité
- Radio
- récit
- Société
- Spectacle
- Style
- Surprises urbaines
- Télévision
- Théâtre
Recevez une alerte à chaque nouvelle parution
Ce qui frappe d’abord, c’est la fresque monumentale de la cage d’escalier (ci-contre). On ne sera pas surpris d’apprendre que l’auteur, le Français Paul Baudouin, connu précisément pour avoir remis à l’honneur l’art de la fresque, était disciple de Puvis de Chavannes. On y voit, dans un décor marin, un jeune homme triste (façon romantique), consolé par une muse, entouré de nymphes vêtues de voiles et joueuses de lyres. Ne manquent au décor que quelques vers de Pierre Louys… Mais c’est Verhaeren qui résume au mieux l’atmosphère diaphane, quasi impalpable des lieux :«L’instant est si beau de lumière/Dans le jardin autour de nous/L’instant est si rare de lumière première…/Dans notre coeur au fond de nous.» Cet extrait des « Heures Claires » du poète flamand est gravé sur un meuble ornant l’une des pièces de la maison Hannon, joyau de l’art nouveau à Bruxelles, tout récemment rouvert au public. La capitale belge, on le sait, est connue comme l’un des hauts-lieux de cette architecture qui place la beauté au même rang que le bien-être et privilégie le raffinement plutôt que le luxe tapageur. L’art nouveau est autant un état d’esprit qu’un style. Le maître en est incontestablement l’architecte belge Victor Horta, né en 1861, dont la maison musée, 27 rue Américaine à Bruxelles, constitue un passage obligé. À quelques centaines de mètres, la maison Hannon constitue désormais une étape indispensable pour le circuit «art nouveau» dans la capitale belge.
Les experts ont conclu que la toile ci-contre était une copie, mais une copie de l’auteur. Lequel avait ajouté un nid de cigognes sur la cheminée à gauche qui la distinguait de la première. Mais sur les deux il avait maintenu l’inscription « Dit buijs ijs te buijr », ce qui signifiait d’une part que la maison figurant sur l’image était à louer et que d’autre part Jacobus Vrel s’attachait aux détails. À moins bien sûr que le propriétaire de la maison n’eût passé un petit accord publicitaire avec le peintre. Lequel reste à ce jour à l’abri de la notoriété. Comme il marquait la plupart de ses œuvres JV, on pouvait de surcroît le confondre avec Johannes Vermeer (1632-1675) ce qui amena quelqu’un à compléter ni plus ni moins la signature en faveur du second. Procédé qui conduisit au 19e siècle un certain Thoré à l’inclure dans son catalogue Vermeer. Depuis, beaucoup d’erreurs d’attribution ont été réparées et l’on peut aujourd’hui comptabiliser 44 toiles de la main de Jacobus Vrel. Cinq huiles supplémentaires ne sont plus localisables. Ce qui fait beaucoup de mystères autour de cet homme dont la Fondation Custodia à Paris fait le sujet central d’une fort intéressante exposition.
La nouvelle traduction de «Hello, Plum ! Autobiographie en digressions» de Pelham Grenville Wodehouse, est certainement un événement pour tous les amateurs de l’un des plus grands humoristes anglais du XXème siècle. Il est mondialement connu comme le créateur de Jeeves, imperturbable et providentiel valet de chambre du jeune Bertie Wooster ayant l’art de se fourrer dans des situations impossibles. Jeeves est le Holmes ou le Poirot de l’absurde. Par exemple dans «Bonjour Jeeves», écrit en 1938, l’intrigue tourne autour du fait que Bertram Wooster ne veut pas que sa bonne tante Dalhia se retrouve privée de son exceptionnel cuisinier français Anatole. Ce qui entraîne Bertie sur les terres de l’oncle de la fiancée de son «crétin» de copain Gussie Fink-Nottle. Là il doit dérober un pot à lait en argent du 18e siècle, mais sur place les choses s’enchaînent et s’embrouillent de telle sorte que page 123, Jeeves sauve la situation et la vie de son maître grâce à une information ultra secrète recueillie auprès de son club de butlers, le «Junior Ganymède».
Picasso avait fait d’elle un portrait assez magistral. Tellement réussi d’ailleurs qu’il a été classé en 2007 « trésor national » par un avis de la bien nommée Commission consultative des trésors nationaux, empêchant de fait toute sortie du territoire tricolore. Le peintre lui devait bien ça. Berthe Weill (1865-1951), a été la première à l’exposer dans sa galerie en 1902, à travers trois expositions collectives. Bien que précurseuse majeure, en repérant les premiers fauves puis les futurs cubistes, Berthe Weill n’a jamais eu le même retour de notoriété que ses « grands » confrères tels Paul Rosenberg ou D.H Kahnweiler. Il faut dire que que son flair était inversement proportionnel à sa bosse du commerce. Berthe Weill n’était pas une money-maker comme l’on dit avec élégance dans la finance, mais tout le monde a au moins reconnu qu’elle faisait preuve d’une empathie appréciée des artistes. Or, selon son unique biographe Marianne Le Morvan, les projecteurs de la notoriété bougent enfin sur leur axe. Trois expositions sur la galeriste figurent actuellement sur les agendas internationaux, à New York fin 2024, au Musée des Beaux-Arts de Montréal début 2025 et enfin à Paris sans que les dates soient encore fixées. Ce sera l’occasion pour Marianne Le Morvan de sortir une nouvelle biographie, plus riche que l’édition déjà bien garnie de 2011.
D’emblée le préfacier Olivier Barbarant se demande si ce voyage en Hollande effectué en 1963 par Elsa Triolet et Louis Aragon, n’avait pas pour objet d’en effacer un précédent. Celui qu’effectua un jour le poète avec son amante Nancy Cunard. Et même l’objectif de manifester sa volonté de remplacement de l’une par l’autre, surtout lorsqu’il écrit: « Je t’invente un pays qui ne soit que de nous. » Ce « Voyage de Hollande » par Aragon vient d’être réédité pour la quatrième fois chez Seghers. Le périple a eu lieu en 1963 et la première parution liée au séjour date de l’année suivante, alors que Elsa Triolet (1896-1970) et Louis Aragon (1897-1982) ont déjà l’essentiel de leur vie dans le rétroviseur. Cette œuvre méconnue est donc un ensemble à tiroirs mais quelque peu crépusculaire. « Avant cette nuit de nous » comme il l’écrit avec bravoure et une lucidité consternée, dans l’un des poèmes du recueil.
Étymologiquement le mot congé s’est bâti sur la double idée de circuler et de la permission de le faire. Prendre congé, est devenu une façon d’aller avoir ailleurs, en saluant la compagnie. La promesse de retour est sous-entendue comme une politesse, nullement comme une obligation. Il y a des prises de congés définitives et d’autres qui sont valables seulement jusqu’au soir. C’est selon. Le besoin peut être en tout cas impérieux. Ainsi que l’écrivait Montaigne (1533-1592): « Il me semblait ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté ».
Il y a peu de temps encore, elle présentait au Studio-Théâtre de la Comédie-Française “36 chandelles dans la maison de Molière”. Pour ceux qui n’auraient pas eu le bonheur d’assister au Singulis de Catherine Salviat, il est toujours possible de se plonger dans le livre dont a été tiré ce spectacle de souvenirs. Sous la forme d’une longue interview, répondant avec humour et acuité aux questions de son interlocuteur, la comédienne revient en huit courts chapitres sur ses 36 années passées au Français. Entre anecdotes et citations, elle évoque certains rôles, ses auteurs et metteurs en scène de prédilection, ses partenaires de théâtre et nous parle de cette chance qui semble ne l’avoir jamais quittée. “Méfiez-vous de vos rêves, ils se réalisent”, aime-t-elle à répéter. Et une autre de ses phrases préférées : “Confiance mais vigilance.” Sous ses airs sages et studieux, l’interprète du « Mystère de la charité » de Jeanne d’Arc montre un esprit espiègle et blagueur, toujours plein d’entrain. Ce petit livre très plaisant s’avère tout autant une leçon de théâtre que de vie.
Les artistes, peintres et poètes, devinent parfois bien à l’avance ce que les scientifiques s’acharnent à prouver. Samedi dernier une fusée a emporté dans l’espace Euclid, un nouveau télescope dont la mission sera de détecter la matière noire et l’énergie sombre. Depuis un certain point dit de Lagrange, à 1,5 million de kilomètres de chez nous, la machine déterminera comment la noire pèse sur la gravité des corps et le rôle de l’autre (la sombre) dans l’accélération de l’expansion de l’univers. Et ce, depuis que ce dernier s’est échappé d’un récipient théoriquement aussi grand d’un dé à coudre. Ce double défi est non seulement aussi ambitieux que le projet de rétablissement du pacte républicain dans les banlieues, mais il nous interpelle sur ce noir invisible, ubiquiste, omniprésent au point d’être presque tout. Or, dans ses écrits publiés sur l’art, Henri Matisse (1869-1954) n’était pas loin de brûler la politesse à Euclid sans pour autant fournir de preuve expérimentale. Mais cet artiste n’en avait pas besoin pour énoncer qu’avant, quand il ne savait pas « quelle couleur mettre », il utilisait du noir. « Le noir, c’est une force », prophétisait-il ainsi avec ô combien de justesse. Ayant fait ce constat, Matisse n’aura plus peur de mettre du noir en « lest ».
Les documentaires filmant des musiciens classiques peuvent se révéler (assez souvent) légèrement ennuyeux, sauf lorsqu’on est invité, très exceptionnellement et pour la première fois, à un concert privé chez Daniel Barenboïm à Berlin. Ce fut le cas samedi 24 juin sur France 4, grâce à la chaîne culturelle Culturebox. Comme il le précise en souriant à son intervieweuse, il est rare que l’illustre maestro accorde une interview, surtout chez lui. Mais la jeune femme aux yeux bleus et longs cheveux qui lui fait face n’est pas n’importe qui, puisqu’elle est la fille de son amie de toujours Martha Argerich : tous deux enfants prodiges à Buenos Aires, ils se cachaient sous le piano en espérant qu’on les oublierait. Le maître a fait une exception en 2020 parce qu’Annie Dutoit étant la fille du second mariage de Martha avec le chef d’orchestre Charles Dutoit, ils se sont connus toute leur vie et se tutoient. Il s’agit plus d’une conversation, comme il le souligne.