Apollinaire injoignable dans le Nevada

La traduction de la langue américaine, surtout venue de la poésie, n’est pas forcément chose aisée. Mais cela donne, de façon non littérale, à-peu-près ça:  « Apollinaire est dans un endroit que nous ne pouvons pas voir et il nous regarde à travers des lunettes de haute puissance. Nous passons un appel téléphonique longue distance à Apollinaire mais Apollinaire ne répond pas. Apollinaire reste là, à écouter la sonnerie du téléphone, à nous regarder à travers des lunettes de haute puissance, à écouter la sonnerie du téléphone. C’est un peu les rideaux de la fin pour Apollinaire. Et des rideaux si hauts que l’on n’en voit que le bas. Apollinaire est dans le désert avec les rideaux tirés à minuit. Ces rideaux se trouvent être des rideaux violets. Apollinaire se déplace dans le désert comme un cadran solaire géant. Apollinaire est à trois heures et va vers trois heures et demie. Apollinaire est un lézard qui fait des chèques sans provision. » Ce bien original et déroutant poème, intitulé « Apollinaire in Nevada », est extrait de « Conversations with Apollinaire », un recueil publié en 1972 sous le nom de Jack Thibeau. Continuer la lecture

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Congés de Pâques

Reprise des activités le 9 mai.

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Surtout pas d’impairs

Normalement la salade doit être présentée coupée dans l’assiette des invités. Mais il peut arriver que cela ne soit pas le cas avec une feuille oubliée de la taille d’un quarante-cinq tours. L’homme et la femme du monde, ou simplement bien éduqués, savent ce qu’il convient de faire pour se tirer de ce mauvais pas. Du moins s’ils ont lu et appris par cœur « Le guide des bons usages dans la vie moderne » de Françoise de Quercize. « Surtout, écrivait-elle en 1952 à propos de la feuille de salade problématique, ne l’engloutissez pas en la faisant peu à peu disparaître dans votre bouche comme ferait un lapin: coupez-la avec votre fourchette ou pliez-la de façon à la faire disparaître dans votre bouche d’un seul coup ». Mais de quelle vie moderne parlait-on, il y a soixante-dix ans? Cette madame de Quercize, qui connaissait tous les trucs afin de ne pas commettre d’impairs à la ville, serait mortifiée d’observer la dégradation avancée des usages. Au moins peut-on s’en amuser discrètement sachant que les pleurs ou gémissements par ailleurs, trahissent un manque déplorable de contrôle sur soi. Continuer la lecture

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Les cités avant-gardistes des années 1930 à Lyon et Villeurbanne

Industrie pharmaceutique, chimique, textile, automobile, informatique … Lyon dispose d’un patrimoine industriel très divers. À son instar, le patrimoine culturel et architectural de la ville se caractérise par une variété unique. En s’enrichissant au fil du temps, il a gardé les traces des différentes étapes du développement de la ville. De la fondation, en 43 av. J.C., de la colonie romaine de Lugdunum à aujourd’hui, Lyon s’est étendu bien au-delà de la rive gauche du Rhône. L’extension de la ville s’est intensifiée pendant la révolution industrielle. Le développement industriel et textile qu’elle a amorcé a entraîné l’arrivée d’une très forte population ouvrière immigrée. C’est ainsi que le nombre d’habitants de Villeurbanne (ci-contre l’hôtel de ville), banlieue aujourd’hui fondue dans l’agglomération lyonnaise, est passé de 3000 en 1835 à 60.000 en 1926. De même, la colline de la Croix-Rousse de Lyon, devenue une zone urbaine grâce à la construction d’immeubles hauts de plafond où vivaient les familles de canuts avec leurs métiers à tisser, a, elle aussi, été rapidement saturée. Continuer la lecture

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Creuser les sujets

Raphaël Durazzo a 37 ans. Il commence sa vie professionnelle dans la finance à Genève, Londres, et Paris. Mais il réalise vite que cet univers n’est pas le sien et il ressent rapidement l’envie de vivre cette passion pour l’art qui l’anime depuis toujours. Quand un des patrons de la Banque Morgan Stanley lui dit qu’il devrait monter sa galerie d’art, il y voit un signe du destin et il y croit suffisamment pour se lancer dans l’aventure. Une aventure faite d’abord de beaucoup de rencontres, de beaucoup de travail de recherches et d’apprentissages jusqu’au jour où cet autodidacte s’improvise marchand d’art à domicile, chez lui : il y développe les bases du métier : achat, vente, conseil. Parallèlement il s’essaie au métier de commissaire d’expositions à Koweït, à Genève et à Paris. C’est sans aucune doute ce qui fait l’originalité de sa démarche dans la galerie qu’il vient d’ouvrir rue du Cirque, une adresse devenue mythique suite aux révélations sur les amours rocambolesques d’un ancien président de la République avec une certaine actrice de cinéma. Continuer la lecture

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Révélations haendéliennes

À l’heure où l’on aime se désoler que si peu de femmes cheffes d’orchestre dirigent de grandes formations, on ne dira jamais assez que nous possédons depuis longtemps une pionnière parmi les pionnières, Laurence Equilbey, qui a tout fait avant les autres : diriger en France et dans le monde entier quand c’était encore impensable pour une femme, fonder il y a 28 ans son ensemble choral baptisé accentus (en minuscules), puis en 2012 son orchestre de chambre sur instruments anciens nommé Insula Orchestra. Le palmarès de ces deux formations est éblouissant, elles se produisent dans les meilleures salles du monde entier et sous la baguette des plus grands chefs et pas seulement de leur fondatrice. Elles viennent d’ajouter à leur palmarès la résurrection de «La Nonne sanglante» de Gounod à l’Opéra Comique en 2018, puis la tournée européenne du «Freischütz» de Weber tant admiré par Offenbach, ou cette année, pour accentus, l’ouverture du festival de musique ancienne au Konzerthaus de Vienne. Sans oublier, pour Insula Orchestra, la sortie début avril chez Erato du CD «Lucio Silla» de Mozart (ci-dessus), cette œuvre adolescente ressuscitée autrefois par Patrice Chéreau aux Amandiers en 1984. Continuer la lecture

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Dernière couronne pour Michel Bouquet

Y croyait-il lui aussi aux « forces de l’esprit » ? Avec « Le promeneur du Champ-de-Mars », Michel Bouquet interprétait François Mitterrand lors de ses derniers vœux aux Français, séance durant laquelle le président prononça la fameuse phrase, suivie d’un « je ne vous quitterai pas ». Dans le film de Robert Guédiguian sorti en 2005, le personnage principal prend un ton amusé pour commenter sa prestation, avouant qu’il avait hésité à évoquer les « forces de l’esprit » mais qu’au fond il n’en était pas mécontent. De bout en bout, Michel Bouquet nous laisse médusés par ce rôle qui lui a valu un César du meilleur acteur. En raison de son physique peut-être, il est bien plus Mitterrand qu’un Podalydès ou un Dujardin se glissant dans la peau de Nicolas Sarkozy. Disparu le 13 avril à l’âge de 96 ans, Michel Bouquet avait littéralement avalé le personnage, au point de le faire revivre, ce qui était une façon de lui faire tenir la promesse présidentielle. Continuer la lecture

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De marbre

L’image ci-contre est doublement intéressante. D’une part parce qu’elle présente un fossile de rhacolepis, poisson qui barbotait dans les eaux brésiliennes il  y a de ça cent millions d’années. D’autre part parce qu’il est entouré d’un agencement de couleurs réalisé à la craie sur une surface en carton. Et ce qui rend l’assemblage pertinent, c’est l’époque. Car la craie est une roche sédimentaire datant du crétacé tout comme cet animal qui se caractérisait aussi par ses nageoires rayonnées. Ce qui pourrait nous amener à parler du marbre, matière plus ancienne encore et dérivant du calcaire. Mais non. L’idée du jour étant de rapporter une histoire presque authentique, inspirée d’événements réels, comme on dit au cinéma. Car le marbre est également partie prenante d’un jargon journalistique désignant un article dont la date de péremption est suffisamment souple pour en reporter la parution. Un papier « marbré » est un papier qui attend une opportunité, une roue de secours pour les jours creux. Continuer la lecture

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Dieu du ciel

Outre un accent circonflexe, le jour de Pâques a ceci de commun avec celui de la Pentecôte, de n’être qu’un jour férié, apprécié des amateurs de week-ends à pont. C’est faire bien peu de cas de l’histoire sainte qu’un manuel, paru en 1932,  se chargeait d’expliquer aux enfants. Dans un langage simple, accessible aux adultes du siècle suivant, ce petit guide dépassé à maints égards, expliquait que Pâques correspondait avant tout à la résurrection de Jésus. Sachant qu’au matin du 3e jour de sa crucifixion qui allait donc devenir un jour férié, « un ange descendit du ciel, souleva la pierre du sépulcre » et Jésus reprit goût à l’existence après s’être cru abandonné. Car n’avait-il pas imploré auparavant, « Eli, Eli, lama sabachthani » ce qui en araméen châtié signifiait, « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ». Ce manuel d’histoire pourrait c’est sûr, constituer une bonne série télé, tellement son scénario est riche en rebondissements. Continuer la lecture

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Champollion, génie du rébus

Entre 1828 et 1829 Jean-François Champollion est enfin en Égypte, déjà bien avancé en science des hiéroglyphes pour se confronter à la réalité. Il n’est pas tout seul. À la tête d’une équipe franco-toscane il est accompagné de dessinateurs dont Nestor L’Hôte, afin de faire des relevés. Ce que l’on peut voir sur le détail ci-contre,  a été retranscrit par les deux hommes à partir du tombeau de Ramsès VI, mort en 1137 avant Jésus-Christ. Exactement, il s’agit sur toute une longueur d’un panneau, du « registre médian de la paroi Sud ». Cette merveille est actuellement exposée à la BnF à l’occasion du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes. Comme l’expliquait hier aux Soirées de Paris, l’égyptologue Guillemette Andreu-Lanoë, la méthode de Champollion a été d’apprendre auparavant de nombreux langages allant du gaulois au chinois en passant par l’étrusque et le mexicain. Et surtout le copte, avec lequel le savant identifie de nombreuses passerelles. La scénographie très généreuse a bénéficié des trésors de la BnF parmi lesquels 88 volumes de notes et de dessins issus de la main de Champollion (1790-1832). Continuer la lecture

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