À l’est de Kyoto, le quartier d’Higashiyama abrite une maison traditionnelle exquise qui ravira ceux qui apprécient l’architecture japonaise et, d’autant plus, s’ils sont également amateurs de céramique. C’est la maison de Kanjiro Kawai (1890-1966), un artiste qui fut à la fois sculpteur, calligraphe, poète et, avant tout, l’un des plus célèbres céramistes du XXe siècle. Il s’est d’ailleurs vu attribuer – et, c’est tout dire – le statut de Trésor national vivant que le Japon réserve aux personnes qui ont atteint la maîtrise supérieure d’un art ou artisanat. Le céramiste a refusé ce statut arguant que l’artiste doit s’effacer derrière ses créations. Un motif en conformité avec les théories du Mingei. Kanjiro Kawai est en effet – avec Yanagi Sôetsu, critique d’art et philosophe, et Shôji Hamada, autre potier célèbre – l’un des trois fondateurs du mouvement Mingei qui a vu le jour en 1925. Le terme « Mingei » est un mot valise, créé à partir de minshû (peuple) et kogei (artisanat). Continuer la lecture
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Quel est donc cet étrange vaisseau de lumière brillant de mille facettes au bout de l’ile Seguin, dans la nuit de Boulogne-Billancourt ? On s’en approche en franchissant à petits pas la pente abrupte du pont le reliant à la terre ferme, saisis par la perspective immense baignée par les flots sombres de la Seine roulant au pied du vaisseau de lumière. Quelle approche spectaculaire ! Quelle belle mise en condition pour la soirée qui s’annonce ! Surtout quand c’est Bach qui nous a donné rendez-vous, en ce 9 décembre 2021…
Dans les librairies, les rayonnages théâtre, s’ils ne sont pas les plus volumineux, regorgent de mille récits d’expériences diverses, signés de metteurs en scène, d’acteurs, d’auteurs, de costumières – qui sont plus rarement des costumiers. Alors pourquoi s’enquérir de ce nouvel arrivé «Les nuits d’amour sont transparentes pendant la nuit des rois» signé de Denis Podalydès ? D’abord parce que le théâtre est une source d’inspiration qui ne s’épuisera pas et c’est tant mieux. Ensuite parce que Denis Podalydès n’est pas seulement un excellent acteur, c’est aussi un écrivain. Enfin, parce que pénétrer page après page dans les coulisses de la Comédie Française où, en 2018, Thomas Ostermeier montait «La nuit des rois» est une plongée par effraction dans une folle spirale de créativité, semée de doutes et d’enthousiasme, portée moins par des individus-acteurs que par une troupe qui fait corps avec le projet. Évidemment, tout au long de ces 250 pages, l’auteur de ces lignes s’est mordu les doigts de n’avoir pas vu le spectacle. Mais au bout de ces 250 pages, on a vu mille autres choses qui ne se voient pas depuis les fauteuils de la salle Richelieu.
À part un bouquet de fleurs récemment posé, la tombe de Honoré Daumier, souffrirait un petit entretien. De là on voit très bien celle bien plus large de Jean-Baptiste Corot (ci-contre), surmontée d’un buste, avec un jardinet fort négligé au pied. L’hiver qui s’approche accentue l’idée qu’une époque est bien révolue. Pour ces deux grands artistes, locataires à vie du Père Lachaise, il s’agit d’une bienheureuse proximité. Car leurs histoires sont liées. Et pas seulement via ce bon voisinage qui leur permet, la nuit, d’échanger des chuchotements. Lesquels d’ailleurs n’effraient pas les corneilles, grands-ducs et autres animaux variés du cimetière car ils en entendent bien d’autres. Dans un livre paru en 1953 aux éditions Aimery Somogy, l’historien d’art allemand Curt Schweicher, lève -trop peu- le voile sur l’amitié entretenue par les deux hommes.
Le plus conciliant des programmateurs d’une chaîne de télévision n’aurait pas accepté un scénario aussi indigent, mais, on l’aura compris, c’est une façon de parler, car on a vu pire. Cependant, la signature de Pedro Almodovar valant -à juste titre- son pesant d’or, son dernier film a quand même débarqué dans les salles obscures. Que l’on juge du menu: deux mères qui accouchent en même temps suivi d’une inversion (oups) des bébés et l’on a à peu près tout dit. Jusqu’au moment où, ô surprise, grâce aux bienfaits des tests génétiques, l’une se rend compte que ce n’est pas le bon. Et l’autre qui entretemps est tombée amoureuse de la première, ce qui nous vaut au passage une petite scène saphique, récupère le sien. Avec d’autant plus d’énergie que celui qu’elle avait commencé à élever est mort rapidement. C’est donc l’histoire de Janis (Penélope Cruz) et Ana (Milena Smit). Cette trame fort peu originale, dépourvue de toute audace, nous devons la suivre deux heures durant. Comme le disait une spectatrice à la fin de la projection: « Le générique est bon ». Sur le plan strictement graphique, il faut être juste, c’est vrai.
En ce temps là, en terres chrétiennes, les séquences étaient bien séparées : le 25 décembre, les fidèles célébraient la naissance du Christ; le 6 du même mois, sous les auspices de Saint-Nicolas, les enfants sages avaient reçu des cadeaux, les autres se trouvant sous la menace du Père Fouettard, l’acolyte inséparable de l’ancien évêque de Myre. L’époque moderne a chanstiqué ce bel ordonnancement. Le Père Noël, incarnation du matérialisme athée, porte un tort irrémédiable aux affaires du Petit Jésus. La crèche, l’âne et le bœuf, les bergers et les rois mages, le mystère de l’Incarnation, forment un segment trop restreint pour le potentiel commercial des fêtes de fin d’année. Le Père Noël, lui, a su développer un accélérateur économique adapté aux caractéristiques de la mondialisation. Sous toutes les latitudes.
Deux salles, une ambiance. Celle de la bonne soirée au théâtre. Du chant, du rire, de l’émotion, une énergie folle et communicative, du théâtre dans le théâtre, du rêve et du réalisme. La vie quoi ! Et deux bonnes idées pour les fêtes. Plouf plouf, … rue Blanche tout d’abord, où « Les Producteurs » font fureur. Un nom est tout en haut de l’affiche, et pourtant il n’a pas en amont tenu la plume. Il est en retrait par rapport à «ses» pièces précédentes, et conserve cette fois la direction artistique. Avec toujours cette capacité à créer un ballet magique des décors et des comédiens, tous virevoltent dans une valse à mille temps. Ce nom en haut de l’affiche, c’est Alexis Michalik, l’enfant chéri du théâtre français. Qui se frotte cette fois donc au texte d’un autre. Et quel autre ! « Les Producteurs », à l’origine en 1968 un film de Mel Brooks, Oscar du meilleur scénario original. Film adapté avec grand succès en comédie musicale en 2001 à Broadway par le même gai luron. Un spectacle qui débarque respectueusement en France vingt ans après.
Edgard Moreau est un de ces petits génies français qu’on suit avec ébahissement au fil du temps. Il est vrai qu’il a commencé son parcours au violoncelle à quatre ans, et donné son premier concert à onze ans avec l’Orchestre du Teatro Regio de Turin sur l’instrument chéri d’Offenbach. Ensuite, il a aussitôt joué avec de grandes formations de par le monde, de Saint-Pétersbourg et Moscou à Paris avec l’Orchestre national de France sous la direction de notre cher Alain Altinoglu, en passant par Caracas ou Hong Kong. En 2009, à quinze ans, il est lauréat du concours Rostropovitch (Prix du Jeune soliste) et remporte deux ans plus tard (à dix-sept ans !) le deuxième prix du concours Tchaïkovski à Moscou.
Le zoubre est un ruminant susceptible. Variant hybridé du bison, lorsqu’il repère ce dernier, il charge. Et cela complique un brin la tâche de Nikita Zimov quand il faut l’éloigner du troupeau. De surcroît il ne compte que deux bisons mâles dans son cheptel et en perdre un le contraindrait à en importer un neuf depuis l’Europe occidentale jusqu’à sa Sibérie septentrionale. Et ce n’est pas la moindre difficulté à laquelle il doit faire face lorsque l’on regarde le formidable documentaire disponible sur Arte jusqu’au premier février: « Retour à l’âge de glace – L’hypothèse de Zimov » raconte la très attachante histoire de la famille Zimov, déterminée à démontrer que l’on peut sauver le climat en sauvant le permafrost, une terre où prospéraient les mammouths et qui en principe ne dégèle jamais. Le vieux Sergueï Zimov, père de Nikita, est persuadé que c’est là le bon moyen, toutes affaires cessantes, de rétropédaler.
Quelques mets sont attachés à des appartenances politiques, pour en caractériser une nuance particulière. Ainsi parle-t-on de la «gauche caviar», de la «droite camembert».