Le journaliste causant dans le poste a souvent la langue chargée. Chargée de poncifs, de pléonasmes, de catachrèses, de barbarismes, de métaphores et autres épitopes. Sans compter moults américanismes, pandémie contre laquelle il n’est pas de traitement. Il dit opportunité pour occasion, initier pour commencer, supporter pour soutenir, revisiter pour revoir, finaliser pour conclure, et, last but not the least, solutionner pour résoudre. Pour lui, circonlocution se prononce circonvolution. Son vocabulaire se pare d’anciens vocables, escarcelle, giron, férule, fief, houlette, manne (qu’il lui arrive de confondre avec mânes), viatique, dont il peut ignorer le sens originel. Ce qui n’a d’ailleurs aucune importance, puisqu’il les emploie volontiers à contretemps : les espèces sont sonnantes et trébuchantes, même comptabilisées en billets verts. Il serait, notamment, fort surpris d’apprendre que cette sellette, sur laquelle il place tant de gens ou d’institutions, était un siège instable, ou, selon la procédure pénale de l’Ancien régime, le prévenu était placé, lors d’un interrogatoire, afin de lui faire perdre sa dignité. (On a cessé de l’utiliser par le décret des 8 et 9 octobre 1789). Continuer la lecture
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Ils y pénètrent avec ce qui leur reste de lucidité. Et ils n’en sortent que les pieds devant, le corps froid, emballés dans une housse. La maison de retraite est bien le dernier endroit où l’on a envie de se rendre. C’est le dernier palier, l’ultime étape, la dernière station avant l’autoroute. Sauf pour ceux qui y travaillent, sauf pour les visiteurs, l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) signe la fin du parcours terrestre, pour ceux que l’on appelle les résidents. Exception à la règle, le Collectif 2222, a séjourné dans l’un de ces établissements afin d’en faire un spectacle intitulé « Pourquoi les vieux, qui n’ont rien à faire, traversent-ils au feu rouge ». Des comédiens de plusieurs nationalités, tous issus de l’École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq, ont été durant huit semaines, des résidents expérimentaux auprès des confinés permanents que sont les vieux. Ils ont su éviter toutes les caricatures que l’on aurait pu craindre comme le misérabilisme ou la maltraitance. Au contraire, ils ont tiré sur les ficelles de l’humour, de l’humanité et pour tout dire du cœur.
Si l’on devait juger de l’importance d’un écrivain au nombre de publications qui lui sont consacrées, il est probable que Baudelaire arriverait en tête, sans doute aux côtés d’Arthur Rimbaud et peut-être de Proust (Apollinaire n’est pas mal placé non plus). La consultation des fonds universitaires en France mais aussi à l’étranger, notamment aux États-Unis, aboutit à une énorme bibliographie. Cette surabondance témoigne d’un intérêt qui ne s’est jamais démenti. À preuve aussi le nombre relativement important d’expositions sur la vie et l’œuvre du poète critique d’art. Baudelaire est un sujet chéri des conservateurs de musées et des directeurs de bibliothèques. C’était le cas il y a quelques années ans au Musée de la Vie romantique de Paris (
Pierre Bayard est un phénomène unique dans la littérature française : ayant la double casquette de professeur de littérature (Université Paris 8) et de psychanalyste, il fait dialoguer comme personne ces deux disciplines de la façon la plus réjouissante. Tous ses livres (une vingtaine) sont publiés aux Éditions de Minuit, et certains, dont «Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?» ou «Comment parler des lieux où l’on n’a pas été », ont connu un succès mondial. Comme quoi on peut être à la fois sérieux et facétieux, comme il l’a démontré dans sa fameuse série de «critique policière» comprenant «Qui a tué Roger Ackroyd ?», «Enquête sur Hamlet», «L’Affaire du chien des Baskerville», et «La Vérité sur «Ils étaient dix». Les amoureux d’Agatha Christie, de Shakespeare et d’Arthur Conan Doyle y reconnaîtront les leurs… car Bayard s’amuse beaucoup à reprendre l’enquête à leur place et à démontrer qu’ils se sont trompés de coupable (
Ceux qui croient voir le fascisme émerger partout en France seraient bien inspirés de se procurer le dernier numéro-collection de L’Histoire. Principalement rédigé par des universitaires, ce mook (fusion de magazine et de livre) revient fort opportunément aux sources, c’est-à-dire en Italie, là où le fascisme (fascismo) et le totalitarisme ont été inventés puis mis en pratique, il y a cent ans cette année. Sous un graphisme remarquable, la couverture symbolise la participation des artistes à ce funeste mouvement qui fit tant de dégâts (et de disciples) dans la péninsule et ailleurs. Cette œuvre signée Gerardo Dottori (1884-1977), représente Benito Mussolini en aviateur. La toile selon le journal, « couronnait un polyptyque pyramidal formé de cinq panneaux » représentant les idéaux d’alors, comme la guerre, la jeunesse, la révolution ou l’industrie. L’auteur appartenait à la mouvance futuriste et de l’aéropeinture laquelle exaltait notamment la vitesse et les armes en tant que vecteurs d’une certaine modernité. Il s’agissait, comme l’explique Lucia Piccioni (université de Florence) d’abolir « le point de vue rationnel du spectateur pour mieux l’inclure dans une vision globalisante propre au projet totalitaire du fascisme ». On ne saurait être plus clair.
Le 1er janvier 1922, lorsque sa nouvelle édition s’afficha aux devantures des kiosques à journaux, l’almanach Vermot en était déjà à sa trente-septième année d’existence. La couverture de couleur rouge, qui n’avait jamais changé, l’indiquait clairement en gros caractères (moins importants cependant que ceux donnant le prix : 4 francs 75). C’est en effet en 1886 qu’un certain Joseph Vermot conçut ce nouvel almanach débordant de renseignements pratiques de toutes sortes et d’informations aussi incongrues qu’inutiles. Mais surtout, cet almanach de 400 pages affichait un nombre impressionnant de dessins humoristiques volontiers franchouillards, de blagues recueillies sans doute dans les cours de récréation et de faits-divers pas toujours vérifiés.
Voici la championne olympique Marjorie Gestring parfaitement saisie au vol. Son corps semble en apesanteur. Elle a quitté le plongeoir. Elle n’a pas encore amorcé sa descente, elle plane. À l’aide de son objectif, le photographe John Gutmann a immortalisé l’instant. Ce cliché pris en 1936 ne pourrait être amélioré davantage. De toute évidence le tirage a bénéficié des plus grands soins. Plus de cent ans après l’invention de la photographie, les progrès techniques avaient libéré l’imagination, offert à qui voulait, la possibilité d’une expression jusqu’alors difficilement atteignable. Que ce soit pour les artistes (lesquels ne vont pas se priver de jouer les expérimentateurs) ou pour les photos-reporters qui vont donner ses lettres de noblesse au genre. Avec ses chefs-d’œuvre empruntés au MoMA, le Musée du Jeu de Paume nous offre en ce moment-même une exposition comme on les aime, à la fois exigeante, instructive et hautement divertissante.
Bonnes fêtes de fin d’année à tous nos lecteurs, contributeurs, commentateurs. Nous serons de retour le 3. PHB
En ce 24 décembre 1677, madame de Sévigné avait, pour le dîner, fait au plus simple. Seulement huit services, pour l’après-messe de minuit, avaient été proposés aux convives au sein de l’hôtel Carnavalet. Potages, rouelles de viande, saucisses, daubes, fritures et courts-bouillons précédaient les premiers plats de résistance composés de langues de porc, langues de bœuf, farces, pâtés chauds, perdrix, faisans, dindonneaux, levrauts et chapons entourant l’agneau de Noël. La marquise s’était dit qu’après tant de viande il fallait songer à passer à un autre goût. Ce qui fait qu’elle avait fait suivre l’introduction déjà roborative par des saumons, des truites et des carpes cuites dans la pâte. Et par esprit de retour, elle avait conclu avant les desserts, par une proposition de viandes légères soit des petits oiseaux, grives, mauviettes, ortolans, cailles grasses que « l’on avale par pur amusement ». Cette diététique d’un autre âge a été précisément renseignée par Georges Lenôtre dans son livre « Paris qui disparaît » paru en 1937 chez Grasset. Au vu de ce que l’on mange aujourd’hui, le titre est pour le moins bien vu.
Jacques (de) Loustal nous a habitués depuis longtemps, à aller bien au-delà des considérations figuratives, bien au-delà du simple copier-coller paysagiste. Son inspiration onirique, transposée en peinture, est garnie de mystères, de symboles. Les surréalistes l’auraient sûrement adoubé. Sa marque de fabrique est reconnaissable à dix pas. Comme en musique et notamment en jazz, genre qu’il affectionne, certains ont un « son », un style identifiable immédiatement. Chez lui c’est pareil. Ainsi dans sa toile « Un livre remarquable » (ci-dessus), la femme qui est en train de lire le fait dans un univers de type psychanalytique. Elle est en robe bleue, ses épaules sont nues et son regard est un mélange subtil de concentration, de distinction et de dédain. Elle est assise sur une banquette rouge. Dans un décor épuré et par ordre d’éloignement, un chien domestique semble patienter à ses pieds, puis une table basse garnie d’une bouteille et de deux verres, une grande baie vitrée, un paon, une piscine, la mer et enfin une île. Tout l’univers de Loustal est bien là dans une succession de plans, d’arrière-plans et de détails qui n’en sont pas. L’auteur, tel le maître des horloges, sait arrêter le temps. Et nous avec.