Tandis que le porte-plume a quasiment disparu, que le stylo-encre fait de la résistance, il est plaisant de constater que le tampon, celui qui faisait la joie et le pouvoir des fonctionnaires zélés, est en pleine forme. On peut s’en procurer pour pas cher des tout faits, avec des mentions comme « urgent », « approuvé », « refusé » « duplicata ». Ceux qui se souviennent de leurs trois jours afin de valider ou non leur aptitude à faire leur service militaire, songent encore avec émotion à la formule « exempté » qui les renvoyait alors dans leurs foyers avec un net sentiment de soulagement. Il est également possible de s’en procurer à la demande avec des inscriptions ou motifs personnalisés, les magasins de fournitures de bureaux ne sont pas regardants tant qu’on passe à la caisse. Ainsi le tampon signifiant par exemple « je t’aime » ou « je te hais » a quelque chose de tout à fait officiel avec une dimension quelque peu notariale qui en impose, faisant agréablement valoir et faire valoir ce que de droit. Continuer la lecture
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En piégeant l’air, l’homme a compris qu’il pouvait s’asseoir et même dormir dessus. Il lui fallait seulement s’équiper d’un gonfleur ou d’un compresseur, pour dresser en quelques minutes un fauteuil, ou former un matelas. En étendant le principe à une maison ou à un bureau, il était susceptible en outre de jouir par transparence du panorama extérieur, tout en restant à l’abri des intempéries. Il y a eu dans les années soixante et soixante-dix une mode du gonflage touchant l’art, le mobilier intérieur, l’architecture. Abondance de la matière plastique et de l’air aidant, on pouvait voir chaque objet du monde en potentielle matière gonflable. C’était une façon de manifester la modernité. À travers « Aerodream », la Cité de l’Architecture abrite jusqu’en février, dans le spacieux (et rigide…) palais de Chaillot, une exposition pas loin d’être épatante en raison des multiples (re)trouvailles de cette époque-là.
Chaque premier lundi d’octobre commence l’énoncé du palmarès Nobel. À sa mort, le chimiste Alfred Nobel, inventeur de la dynamite, (explosif beaucoup plus stable que la nitroglycérine), avait prévu un usage posthume pour son immense fortune. Une institution récompenserait annuellement des «personnes ayant apporté le plus grand bénéfice à l’Humanité par leurs inventions, découvertes et améliorations» en chimie, physique, médecine ou physiologie, littérature et diplomatie ( le fameux prix Nobel de la paix). En 1969, s’invita un «prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel», improprement dénommé prix Nobel d’économie. Tiens, s’étonne-t-on, pas de prix pour les mathématiques ? Non, bien sûr, est-il classiquement répondu, car l’épouse d’Alfred l’aurait trompé avec le mathématicien Mittag-Loffler. Les amateurs d’informations vérifiées objecteront, d’une part, que Nobel ne s’est jamais marié, de l’autre que son amie, Sophie Hess, était beaucoup trop jeune pour avoir croisé le présumé coupable. L’explication, beaucoup plus prosaïque, tient dans le sens qu’il donnait à la discipline, outil au service de la connaissance, et non connaissance en soi.
Si on ne devait acheter qu’un CD lyrique cette année, ce serait «BariTenor», celui de l’incroyable Michael Spyres, natif du Missouri, qui ne cesse, année après année, de stupéfier le monde musical. Antistar à tous points de vue, il déclare tranquillement, avec son large sourire et son air ironique habituels, être «un petit peu nerveux» en présentant ce disque qui bat plusieurs records mondiaux : premier disque consacré au «bariténor», couvrant trois siècles de musique, alternant tous les genres, totalisant quatre «world premiere» (dont un air du «Hamlet» d’Ambroise Thomas chanté en voix de ténor et celui de l’«Ariodant» de Méhul jamais enregistré), offrant 18 plages, 15 compositeurs, 84 généreuses minutes, comme s’il ne pouvait tout simplement pas s’arrêter. Tout est phénoménal dans ce CD et chez cet interprète aux aigus rayonnants, célèbre pour ses Mozart lumineux, ses Rossini virtuoses ou ses Berlioz d’anthologie, et pour la versatilité de sa voix qui couvre près de trois octaves (comme la Callas). Mais enfin, est-ce un bariton ou un ténor ? Où sont ses limites ?
“Ascenseur pour Pékin”, sorti en ce mois de septembre, est le premier roman, autobiographique qui plus est, d’un jeune comédien de 33 ans, Clovis Fouin. Sans filtre, d’une plume alerte et drôle, le jeune homme y raconte son métier, son existence de saltimbanque des temps modernes. Si les mémoires d’actrices et d’acteurs sont légion, c’est en général au soir de leur vie que les artistes choisissent de confier leurs souvenirs. Mais Clovis a décidément tout pour se démarquer (à commencer par son prénom) et une expérience peu banale à relater : en 2015, il s’est retrouvé à remplacer au pied levé la star américaine Adrien Brody, aux côtés de l’ancien champion du monde de boxe Myke Tyson et le roi du film de baston des années 1990 Steven Seagal, dans un film d’action patriotique chinois. Un choc culturel et artistique de taille ! Et un livre à l’image du personnage : plaisant et cocasse.
Si l’on devait tous s’engueuler en alexandrins, il est probable que cela limiterait les prises de becs, notamment dans la circulation. Pareil pour les débats télévisés. L’exiguïté du théâtre La Croisée des Chemins qui reprend actuellement le « Misanthrope », fait que de surcroît l’effet est garanti sonore. Alceste donne de la voix et les foyers des logements alentour, ne peuvent manquer d’entendre quelques tirades senties, venues de fort loin. C’est bien le seul reproche que l’on peut faire à l’acteur d’ailleurs, car la puissance de son timbre trouverait mieux à s’exprimer dans une salle plus large. Mais comme il est bon de retrouver Molière, y compris dans une mise en scène moderne où le téléphone portable fait partie des accessoires. Les metteurs en scène (et également acteurs) Violette Erhart et Sylvain Martin, ont en effet transposé l’histoire dans un nouveau contexte, celui d’une soirée alcoolisée entre amis qui tourne au règlement de comptes. Ils ont même programmé une suite en sollicitant Georges Courteline et Jacques Rampal. Car la proposition est une trilogie.
À partir du mois d’octobre 1853, sur les bords de la Mer Noire, les armes s’apprêtent à sortir des râteliers. Un conflit oppose la Russie impériale de Nicolas 1er à la Turquie Ottomane. Les premiers christianiseraient bien le secteur jusqu’à Constantinople, les seconds ne sont pas d’accord. La Crimée est russe depuis peu alors que cela faisait un long moment que les Ottomans l’occupaient. Pour des raisons stratégiques, la France de Napoléon III expédiera pas moins de 300.000 hommes à environ 2500 kilomètres de la Tour Eiffel. Les Anglais n’engageront que 25.000 hommes et les Turcs 7000. Aux aléas de cette guerre féroce, s’ajouteront des épidémies fatales comme le choléra. La France laissera sur le champ de bataille 90.000 de ses soldats. Ce qui est tout à fait nouveau pour l’époque, c’est que trente ans seulement après l’invention de la photographie, une maison d’édition anglaise dépêchera un photographe avec pour mission de couvrir l’événement. Roger Fenton (1819-1869) effectuera dans des conditions particulièrement difficiles l’un des tout premiers reportages de guerre de l’histoire. Cette conjonction va donner lieu dès le 13 novembre à une exposition qui s’annonce prometteuse au Château de Chantilly (Oise).
On l’aimait bien, Jujube, alias Juliette Gréco. Grâce à elle, on découvrait de bien belles chansons. Gainsbourg, Brel, Ferré. Chantés par elle, les poètes nous devenaient familiers. Boris Vian bien sûr, mais aussi Mac Orlan, Queneau, Prévert. Même Sartre, son ami, qui écrivit pour elle «La rue des Blancs Manteaux». «C’est pour voir mes mots devenir des pierres précieuses que j’ai écrit des chansons» déclarait-il en 1951 avant le départ de la chanteuse pour le Brésil. Le philosophe lui céda la chambre 9 du mythique hôtel La Louisiane où Juliette coula des jours heureux en compagnie de Miles Davis. La muse nous a quittés il y a un an, à 93 ans. En près de 70 ans de carrière, sans avoir connu «le menton triplé, la pesante graisse, le muscle avachi», elle avait cueilli les roses de la vie, comme l’y incitait Raymond Queneau («Si tu t’imagines»). Personne n’a jamais remis en doute son titre de muse de Saint-Germain-des-Près. Personne ne protestera contre l’appellation toute nouvelle d’une partie de la célébrissime place à son nom. Trois plaques officielles délimitent la petite centaine de mètres carrés qui viennent d’être réservés à la chanteuse et actrice.
Il n’est pas toujours simple de dénicher un roman original. « Double vitrage » fait exception à la règle. Il raconte l’histoire d’une femme de 78 ans qui se laisse séduire par un homme plus jeune de trois ans. Elle est veuve, lui est divorcé. Ensemble ils tentent une approche ultime dont la fin est logiquement inscrite à brève échéance. L’action se déroule en Islande ce qui donne au bout du compte un double dépaysement. D’abord parce que les histoires de vieux humains évoquent un monde de pensées agréablement périmées et d’autre part parce que l’Islande, brumeuse et volcanique, nous propose son décor si singulier. Néanmoins, disons tout de suite que si cette romance avait pris racine en France, cela n’aurait rien enlevé aux qualités de ce mince ouvrage tout en nuances. « Double vitrage » est sorti en 2015, mais sa traduction n’a fait l’objet que cette année d’une publication aux éditions Bleu et Jaune.
L’envers de ce coquillage a été percé de trous et, ce qu’il en est tombé comme autant de confettis, servira à faire des boutons à l’ancienne ne devant rien à la matière plastique. Auparavant il aura fallu meuler la croûte de façon à ce que les deux côtés du futur bouton se valent. L’une des visiteuses du musée de la Nacre et de la Tabletterie situé à Méru (Oise), assurait cette semaine que dans son enfance, en Nouvelle Calédonie, on pouvait aussi plonger le coquillage dans un verre de Coca ou de martini afin de débarrasser l’ensemble des agrégats marins. Sauf que dans ce vieux pays de Thelle, au début du 18e siècle, ces deux boissons n’existaient pas. Il fallait ouvrager à la main et, ce lent labeur occupait hommes, femmes et enfants, rémunérés par ordre décroissant. L’on traitait dans ces ateliers des coquillages venus du Pacifique mais pas seulement puisque, à partir d’os de vaches, il était également fabriqué des manches de brosse ou des pièces de dominos. Toute cette histoire à peu près disparue est concentrée dans ce bâtiment, extraordinaire à maints points de vue.