Max Jacob, 8 rue du Parc

À côté d’un vase se trouve un « Lui » qui ne date pas d’hier. Un magazine que l’on disait, du temps de sa gloire, réservé à l’homme « moderne » et surtout à l’amateur de femmes nues. Le côté profane de la chose est que le journal en question se trouvait toujours, du moins en date du 19 mai, au premier étage de la maison de Max Jacob, à Quimper. Oui Max Jacob, né en 1876 dans cette ville du Finistère, Max Jacob le poète, Max Jacob le peintre, Max Jacob l’ami de Picasso et d’Apollinaire. Cette maison familiale que l’on trouve facilement, un peu en retrait des rives de l’Odet, vient de faire l’actualité. Selon Le Télégramme, sa mise à l’encan était prévue pour le 12 juin, elle a finalement été ajournée. Comme le disait un vieux patron de presse, une annonce suivie d’une annulation, cela fait toujours deux infos, bonnes à imprimer. Auxquelles, permettons-nous d’en ajouter une troisième, la disparition de la salle Max Jacob au Musée des Beaux-Arts de Quimper. Un comble. Continuer la lecture

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On se risque sur le bizarre

Se souvenir de rêves étranges au réveil nous rend perplexes, faute de savoir ce qu’ils signifient. Le Britannique John Benjamin Goodwin (1850-1912) s’était employé à en traduire certains. Ainsi, selon lui, « rêver de ténèbres » signifiait que l’on allait « trébucher sur un oreiller et tomber dans une malle ». Il maniait d’une certaine façon la poésie un brin teintée de surréalisme puisque, autre exemple, « Rêver d’un hameçon »  voulait dire que sous une « chute d’eau » nous pouvions dès lors trouver une chambre « dans laquelle un perroquet » verserait du thé. Continuer la lecture

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Une élégance perdue

À un bout du bassin de la Villette à Paris, ce petit pavillon encore habité dans les années quatre-vingt-dix est désormais invisible. Les derniers tags qui le recouvrent, comme on peut le voir en bas à gauche, sont datés de l’année. L’ensemble côtoie un urinoir-ogive, chef-d’œuvre impressionnant du gothique contemporain. Les vespasiennes avaient un style, notamment appliqué par Gabriel Davioud du temps de Napoléon III. On peut discuter de son époque, au moins avait-elle une cohérence. Cet urinoir pour trois n’est pas pour autant représentatif d’un mauvais goût ambiant, mais davantage d’une absence de goût, laquelle hélas se métastase de façon exponentielle. Le Paris que chantait Apollinaire dans « Vendémiaire » n’est plus. Du moins dans les lieux sous le contrôle de la municipalité. Aucun arrondissement n’échappe désormais à cette esthétique du camping, cette religion potagère, cette poésie du déchet, ce culte du graffiti, cette politique d’éradication du style passé, lesquelles essaiment implacablement sur les voies et carrefours. Continuer la lecture

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Ni dieu ni maître

Le Robert définit l’anarchie comme « résultant d’une absence ou d’une carence d’autorité ». Et de citer Bossuet afin d’enfoncer le clou, lequel postulait que « l’anarchie déchaîne les masses et asservit les indépendances individuelles ». Le géographe Élisée Reclus (1830-1905, ci-contre) faisait preuve dans ce domaine de davantage de subtilité. Il avait en effet prononcé un vœu selon lequel la destinée de l’humanité était « d’arriver à cet état de perfection idéale où les nations n’auront plus besoin d’être sous la tutelle d’un gouvernement ou d’une autre nation ». En précisant sans craindre le paradoxe que l’anarchie n’est au fond « que la plus haute expression de l’ordre ». Cet homme un peu oublié par la postérité, pourtant aussi connu en son temps que Victor Hugo ou Louis Pasteur, vient de faire l’objet d’un livre aux éditions Nada. Le voilà un peu ressorti des limbes de l’histoire. Continuer la lecture

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Les 80 ans de Martha

Comment fêter les 80 ans, le 5 juin prochain, de la plus grande, la plus mystérieuse, la plus extravagante des pianistes de la deuxième moitié du XXème siècle jusqu’à nos jours ? La revue mensuelle «Diapason» a trouvé une belle idée : mettre en couverture la Martha Argerich d’aujourd’hui, avec son beau visage aux longs cheveux gris si connu (pas le genre à se teindre les cheveux), tout en éditant un CD de ses premiers enregistrements datant des années 50, illustré par son visage de gamine de 15 ans. Tout Martha est bien là, génie à l’état pur dès l’âge de 3 ans où elle joue d’instinct et se produit sur scène dès 8 ans avec un orchestre. Puis la célébrité et la jeunesse éternelle pour celle qui depuis longtemps (quelque quarante ans) répugne à se produire seule, mais partage la scène avec des amis musiciens et encourage les jeunes de toute sa célébrité. Continuer la lecture

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Garouste, Kafka et l’art du questionnement

Gérard Garouste, figure majeure de la peinture française, aujourd’hui âgé de 75 ans, présente actuellement une nouvelle série d’œuvres à la Galerie Templon, à Paris, intitulée “Correspondances Gérard Garouste – Marc-Alain Ouaknin”. Ces tableaux et dessins, aboutissement de trois longues années de travail, sont le fruit d’une “drôle d’aventure”, comme le dit, non sans humour, l’intéressé lui-même. Continuer la lecture

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Le lexique des gros et petits maux

À parcourir, par pure situation de désœuvrement, le « Dictionnaire des termes techniques de médecine », il se déniche quelques découvertes réconfortantes. Dans cette 14e édition de 1947, acquise à Bordeaux en 1948 selon un mot laissé par sa propriétaire encore étudiante, on découvre par exemple une maladie qui a probablement disparu au moins dans l’usage parlé: le railway-brain. État d’hystéro-neurasthénie qui décrit « les troubles cérébraux consécutifs à un accident de chemin de fer ». Il est suivi du railway-spine caractérisé par des « troubles médullaires consécutifs à un accident de chemin de fer ». À noter que de nos jours, tout un chacun préfère parler de pathologie en lieu et place du mot maladie, c’est plus chic. En attendant l’arrivée du trottinette-brain qui fait l’actualité de nos trottoirs. Mais avouons qu’il pourrait être tentant et dans un esprit potache exacerbé par l’inactivité, d’appeler son médecin pour lui confier que l’on est sous le coup d’un railway-spine occasionné par une tentative de déplacement sur la ligne 13 du métro, trajet singulièrement réputé pour rendre les usagers zinzins. Continuer la lecture

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Les deux batailles de Waterloo

La première commence le 15 juin 1815. Napoléon et son armée entrent en Belgique, pour affronter une coalition anglo-hollando-prussienne. Du temps ou il était le général Bonaparte, il a peaufiné une stratégie personnelle, testée en grandeur réelle pendant la campagne d’Italie. Celle-ci repose sur une remarquable perception des cartes, alliée à une bonne reconnaissance des champs de bataille. Excellent DRH, il devine la combativité de ses troupes qu’il excelle à galvaniser. Il est maître en l’art des pseudo-retraites, des fausses pistes et des effets de surprise. Il n’hésite pas à utiliser les différentes armes à contre emploi, notamment la cavalerie et l’artillerie. Mais son atout principal réside dans sa rapidité d’intervention, lui permettant de battre successivement les différents ennemis en marche, avant qu’ils aient pu réaliser leur jonction, et se concentrer en un bloc compact. Continuer la lecture

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Apollinaire à la volée

Le plus étonnant sur cette lettre de Guillaume Apollinaire à l’écrivain essayiste albanais Faïk Bég Konitza, ne vaut pas tant par son contenu que par son en-tête. Postée en juin 1912, elle est siglée d’un tennis-club qui existait alors dans le 16e arrondissement rue Saint-Didier. Une carte postale ancienne nous apprend que les courts étaient ouverts aux joueurs de huit heures le matin à minuit. On savait Apollinaire escrimeur à ses heures mais il est fort peu probable qu’il s’habillait en blanc pour monter marquer à la volée des points au filet, afin de s’inscrire dans les pas du champion de l’époque, Maxime Omer Mathieu Decugis. Selon une notice de Victor Martin-Schmets dans la Correspondance générale de l’écrivain, le papier utilisé ce jour-là par Apollinaire (habitant encore le 16e arrondissement) était sans doute le premier à lui être tombé sous la main. Cette lettre fait partie de la collection littéraire du banquier Hubert Heilbronn qui sera dispersée aux enchères demain chez Sotheby’s à Paris. Continuer la lecture

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La visite à Satie

Sur l’immeuble tout de jaune où vécut Erik Satie à Arcueil, il y a une plaque comportant des indications kilométriques. Elle informe que la voie n’est autre que la liaison Paris Bourg-la-Reine et que Paris se situe à 2,6 kilomètres. Quand on sait que faute d’argent, le musicien des « Gymnopédies » effectuait tous ses trajets vers la capitale à pied, cela donne idée des distances parcourues. En général il marchait avec son immuable costume fait d’un pardessus noir, d’une veste sombre, d’un pantalon étroit, faux-col, chapeau-melon et parapluie. En 1920, il fit même le trajet Paris-centre-Arcueil dans un smoking  que l’un des propriétaires du magasin Old England venait de lui offrir. L’une de ses biographes Suzanne Sens, raconte dans un livre qu’il s’était arrêté à chaque bistrot pour bien montrer « comme il était beau ». Après avoir vécu à Montmartre, Satie (1866-1925) s’était résolu en 1900 à quitter la butte pour habiter une banlieue modeste. Il avait déménagé seul emportant ses effets dans une voiture à bras. La richesse n’était pour lui qu’une vue de l’esprit, une abstraction. Continuer la lecture

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