Cassette revival

Elle pouvait se réparer. Si la bande magnétique s’était en effet brisée à force d’être sollicitée, il suffisait d’un peu d’habileté et d’un point de colle pour effacer le dommage. Nul autre support ne peut se prévaloir, hier comme aujourd’hui, de cette faculté. Elle c’était la cassette audio. Une dépêche AFP mentionnait cette semaine qu’une PME d’Avranches (Manche) avait décidé depuis le mois de novembre d’en produire de nouveau. Elle n’est pas la seule entreprise à embrayer, il y en a au moins une autre à Lannion. Quelques circuits marginaux se mettent en place de par le monde. Cependant il est peu probable que la cassette ressuscite avec la même vigueur que les disques en vinyle, mais enfin il est peut-être temps d’aller voir à la cave si le vieux magnéto à cassettes ou le désuet Walkman inventé par le patron Sony pour jouer au golf en musique, sont toujours là. Continuer la lecture

Publié dans Anecdotique | Un commentaire

Giacometti, la force fragile

Giacometti c’est d’abord un visage. Un regard, un peau sculptée de rides, une crinière en broussaille. C’est une voix aussi et une discours que l’on retrouvera aisément grâce aux nombreuses archives de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). Son œuvre, pour la majorité du public, c’est essentiellement (ci-contre)  «L’Homme qui marche» (1). Privilège du génie ? La célèbre sculpture de bronze, visible dans beaucoup d’institutions, notamment à Saint-Paul de Vence et à Bâle, a rapidement obtenu la reconnaissance universelle, au point qu’elle cache parfois la forêt de créations de l’artiste suisse. Ce bronze filiforme d’où émane une ambivalente impression de fragilité et de force, cet étonnant marcheur penché en avant, dont les pieds semblent sortir difficilement de la glaise, n‘est qu’une étape dans l’oeuvre multiple de l’artiste. Une belle exposition documentée, au musée d’art moderne de Villeneuve-d’Ascq (le LaM), en collaboration avec la fondation Giacometti, permet d’en retracer le cheminement. Continuer la lecture

Publié dans Exposition | 2 commentaires

Aimez-vous Brahms

En 1959, Françoise Sagan, à vingt-cinq ans, avait choisi ce titre pour son nouveau livre tout simplement parce qu’il lui semblait mélodieux. Aimez-vous Mendelssohn ou Mozart, ça n’allait pas, disait-elle (voir son interview sur YouTube par Pierre Dumayet). C’est ainsi que Simon, le jeune soupirant de Paule, décoratrice de trente-neuf ans, l’emmenait à la salle Pleyel écouter Brahms, et qu’elle lui tombait dans les bras. Notons au passage qu’en 1959, une femme de trente-neuf ans considérait pratiquement sa vie comme finie, ce qui nous fait rire aujourd’hui… Continuer la lecture

Publié dans Musique | 3 commentaires

Anaïs Nin, la sulfureuse

Anaïs Nin. Le nom seul évoque comme une odeur de soufre… Rappelez-vous “Henry and June”, le film de Philip Kaufman dans lequel Maria de Medeiros prêtait ses traits de femme-enfant à la femme de lettres américaine. Adapté des cahiers secrets de cette dernière, il racontait de façon très explicite sa relation amoureuse avec l’écrivain rebelle Henry Miller et son épouse June, sa vie libérée dans le Paris des années 30. Célèbre pour ses journaux intimes dans lesquels elle confiait en tout franchise ses pensées même les plus inavouables, mais aussi pour ses nouvelles érotiques et sa relation triangulaire avec le couple Miller, Anaïs Nin (1903-1977) reste encore aujourd’hui une voix singulière dans l’histoire de la littérature. L’australienne Wendy Beckett, à la fois auteur et metteur en scène du spectacle “Anaïs Nin, une de ses vies”, a choisi de la mettre de nouveau en lumière sur la scène de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Continuer la lecture

Publié dans Théâtre | 5 commentaires

Les calligrammes jusqu’à l’ivresse

Les impénitents en ont bien conscience, toute caution sérieuse est une aubaine pour se rincer l’œsophage. Or il se trouve qu’un vigneron alsacien a eu la riche idée d’estampiller ses différentes cuvées avec un calligramme de Guillaume Apollinaire. Pour les non initiés, le calligramme a été inventé par l’écrivain afin de déployer les mots d’un poème en une figure résumant son propos. Et donc grâce à trois générations de vignerons basés à l’ouest de Strasbourg il est possible d’écluser en toute bonne conscience un « Tout terriblement », l’un des calligrammes les plus connus d’Apollinaire. Il s’agit en l’occurrence d’un Gewurtztraminer à macération spéciale qui a la singularité de donner au vin une étonnante couleur orange. Continuer la lecture

Publié dans Apollinaire, Gourmandises | 2 commentaires

La maison de Freud à Hampstead (Londres)

Avec ses jardinets pimpants, ses grandes maisons de briques rouges et ses rues pavées, le quartier de Hampstead a toujours l’allure du village qu’il était au XIXe siècle avant d’être annexé à Londres. Là, au numéro 20 de la rue Maresfield, on pousse la porte d’une belle maison bourgeoise que rien ne distingue des autres pour pénétrer dans l’univers du père de la psychanalyse.
Tapi contre le mur dans une pièce sombre du rez-de-chaussée, c’est incontestablement lui qui est sous les feux de la rampe. Les visiteurs le photographient sous tous les angles avec leur portable et, ne serait-ce le cordon discret qui fait office de jubé, la plupart d’entre eux s’y allongeraient pour se prendre en selfie. Qui ne rêverait de s’allonger sur le mythique divan de Freud ! Recouvert de tapis persans et coussins orientaux, il recèle les secrets les plus intimes livrés par les patients du psychanalyste. Continuer la lecture

Publié dans récit | 2 commentaires

Turin ville d’art et d’essais

Aller à Turin avec la seule idée de profiter de la ville est parfaitement concevable. S’y déplacer dans le but d’aller découvrir le Lingotto donne davantage  de sens au trajet tout en  offrant un beau prétexte pour filer ensuite sous les arcades de la ville et bader de place en place. Sans oublier la promenade le long du Pô qui parachèvera en beauté l’escapade. Et donc, tout au-dessus de l’ancien siège social de Fiat achevé en 1922, il y avait une piste pour y essayer les autos. Au centre se dresse désormais une sorte de tour de contrôle (ci-contre) qui abrite la pinacothèque Giovanni et Marella Agnelli soit une précieuse collection de peintures allant de Canaletto (1697-1768) à Matisse en passant par Picasso et débutant par Severini. En cumulant art et essais, le Lingotto refait par Renzo Piano, fait de la cité turinoise une originale synthèse. Continuer la lecture

Publié dans Architecture, Exposition | 5 commentaires

L’orient fantasmé

Cette femme de rêve n’a pas vraiment existé. Le titre de cette peinture réalisée au 19e siècle par Charles Zacharie Landelle est apocryphe. La toile s’intitule « La Juive de Tanger ». L’élève de Paul Delaroche et Ary Scheffer qui a séjourné une première fois au Maroc en 1853, aurait en réalité fait appel à son modèle favori, une fermière normande. Et le costume est réputé avoir été prêté par l’un de ses amis. C’est un idéal de beauté fantasmé que l’on peut admirer au Musée Marmottan Monet où vient de démarrer une exposition dévolue à « l’orient des peintres ». Continuer la lecture

Publié dans Exposition | 4 commentaires

Léonard de Vinci toujours sur la brèche

Lorsque le 2 mai 1519 Léonard de Vinci reçoit l’extrême onction, il ne pouvait se douter malgré ses capacités d’anticipation, que son nom figurerait cinq siècles plus tard au cœur d’un imbroglio diplomatique majeur entre la France, l’Italie et l’Arabie Saoudite. Dernier épisode en date on a appris que le 2 mai prochain le président français recevrait son homologue italien au château du Clos Lucé à Amboise, là où l’auteur de la Cène (autoportrait ci-contre) expira dans un singulier raffinement. Et comment pouvait-il alors imaginer que l’anniversaire de sa mort allait autant remplir les colonnes des journaux. Continuer la lecture

Publié dans Histoire | 4 commentaires

Le mystère dimensionnel de la boîte de dentifrice est percé

En 1974, dans la Revue d’histoire de la pharmacie, un certain Pierre Julien donne un éclairage collatéral sur cette boîte de dentifrice (ci-contre), à l’enseigne de la Bi-Oxyne. « Bi » parce qu’elle contenait deux compartiments, l’un avec une poudre pour l’hygiène et l’autre pour le blanchiment. L’auteur se penchait ainsi sur la boîte métallique où Guillaume Apollinaire avait gravé le fameux « Ah Dieu que la guerre est jolie ». Dans un livre publié en 2016, l’éminent Peter Read (1) y consacrait un article en mentionnant que les dimensions de l’objet étaient inconnues. La boîte ayant été glanée sur Ebay cette année, nous sommes en mesure d’annoncer qu’elle faisait 6,5 cm de côté soit une surface de 42 centimètres carrés. On en conviendra, il s’agit-là d’une avancée scientifique minuscule. Mais c’est bien là tout le charme d’une recherche dérisoire. Continuer la lecture

Publié dans Apollinaire | 4 commentaires