« Once Upon a time in… Hollywood »: si Hollywood m’était conté

Dans le hall du Pathé de Boulogne-Billancourt, tout en haut de l’une des affiches du film, on peut lire : « Le 9ème film de Quentin Tarantino».  Étonnant, culotté, et très révélateur ! Qui a osé, avant lui, mettre en haut de l’affiche qu’il en est à son énième opus, comme si le monde entier retenait son souffle ? Il faut dire que Tarantino a déjà annoncé qu’il s’en tiendrait à dix films, la dizaine sacrée, comme cinéaste, définissant lui-même à l’avance le cœur même de son œuvre, et qui l’empêchera ensuite d’en réaliser d’autres ?
Il faut dire également que ses films constituent un univers bien particulier, qu’on aime ou qui vous révulse, et que ce petit dernier se présente comme un aboutissement de vingt-sept années passées à définir cet univers que l’on retrouve de film en film. Continuer la lecture

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Jules Adler, peintre humain, trop humain ?

« Je me suis penché avec une sympathie cordiale sur les humbles et sur les simples, trouvant auprès d’eux l’écho de mes pensées. J’ai vécu de leurs vies, dans les mines, dans les ports. J’ai de magnifiques histoires simplement humaines de chemineaux rencontrés sur la grand route. J’en ai employés. J’en ai hébergés, Je les ai découverts. Et si je les aimés, ils me l’ont bien rendu. »
Le peintre Jules Adler (exposé jusqu’au 22 septembre à Roubaix) a 59 ans quand il prononce ce discours, à Bruxelles, en 1924, résumant sans doute ce que fut l’essentiel de son art : un hymne aux petits, aux sans grade, un hommage rendu aux ouvriers, aux mineurs, aux chemineaux, au “petit peuple“ de la capitale ou de la campagne. Né en 1865 en Franche-Comté (Luxeuil les Bains), il s’installe à Paris à l’âge de 17 ans et y suit les cours de peinture. Continuer la lecture

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Sally Mann, artiste de la dégradation

À l’écran d’une vidéo on peut voir Sally Mann secouer doucement un flacon de collodion. Le liquide épais a un aspect orangé. La photographe américaine a utilisé ce produit découvert au 19e siècle lequel permettait, dans le domaine de la photographie, de limiter les temps de pose à moins d’une minute. Pendant qu’elle enduit de cette substance une plaque photographique, elle montre à la caméra quelques points de poussière qui viennent souiller la surface. Et c’est précisément ce qu’elle recherche, la dégradation du résultat final là où d’autres s’obsèdent de la netteté. En cherchant l’imperfection et mieux encore en l’exploitant, c’est ainsi qu’elle obtient de remarquables tirages qui font actuellement l’objet et jusqu’au 22 septembre, d’une exposition au Musée du Jeu de Paume. Continuer la lecture

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Nick Carter vous salue bien

… et vous souhaite de bonnes vacances car Les Soirées de Paris vont arrêter de paraître le temps de l’été. L’image ci-contre est celle du premier numéro traduit en français (acquis à vil prix). Il est imprimé sur papier bon marché et narre une énigme criminelle que doit résoudre « le grand détective américain » à New York à la demande de l’inspecteur Mc Clusky. Cet exemplaire n’est pas daté mais on peut supposer qu’il est sorti en 1907. Dans ses souvenirs sur Guillaume Apollinaire, le peintre Maurice de Vlaminck mentionne: « Chaque dimanche, il venait déjeuner chez moi. Je le voyais arriver à pas lents, tenant à la main une feuille imprimée, qu’il lisait tout en marchant : Nick Carter faisait ses délices et il n’en ratait jamais un numéro« . Apollinaire avait toute la collection. Picasso aussi partageait cet engouement. Continuer la lecture

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Picasso à la plage

On compte en 2019 une vingtaine d’expositions dévolues à Picasso de par le monde. Lesquelles s’ajoutent à celles actuellement en cours au musée qui porte son nom sur Calder d’une part et la Méditerranée d’autre part.
Ailleurs c’est « Olga », « L’exil », « En Uruguay », « À Chypre », « Fellini », « Naissance d’un génie » à Pékin ici, « Picasso paysages » au musée d’art de Toulon là, ou encore « Picasso illustrateur » à Tourcoing et même à Beyrouth avec l’approche bien trouvée de la « famille »: le nombre d’angles livrés chaque année donne le tournis. Ce n’est effectivement pas la matière qui manque et au besoin on peut toujours puiser dans le généreux réservoir des centenaires. 2073 sera le dernier millésime possible (celui de sa disparition) mais seuls les très jeunes lecteurs des Soirées de Paris auront le loisir d’y assister. Le succès, à chaque fois justifié, ne se dément pas. Continuer la lecture

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Quand Renoir « paysannait » en Champagne

Apollinaire considérait Renoir comme « le plus grand peintre vivant » et disait de lui qu’il avait su choisir « l’humanité, elle seule, comme critère de la beauté ». En 1880 Renoir a déjà 39 ans. Il travaille dans son atelier de Montmartre et a pour habitude de déjeuner rue Saint Georges dans la crémerie de Madame Camille. C’est là qu’il rencontre Aline Victorine Charigot de dix huit ans sa cadette qui devient son modèle, sa maîtresse puis sa femme et la mère de ses 3 fils : Pierre l’acteur, Jean le cinéaste et Claude le céramiste.
Aline est originaire d’Essoyes en Champagne non loin de Troyes et c’est elle qui lui fait découvrir en 1888 son village natal et qui va convaincre Pierre Auguste d’acheter là bas en 1894 leur première maison. Continuer la lecture

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Poésie en cavale

Les abonnés aux Soirées de Paris connaissent bien la signature de Philippe Bonnet. Celui qui en 2010 a redonné vie à la revue culturelle d’Apollinaire y traite les thèmes les plus divers, abordant souvent des friches inexplorées ou des sujets délaissés. Mais le lecteur commettrait une erreur de jugement s’il pensait qu’avec les «Textes de variété moderne » qu’il vient de publier, Philippe Bonnet possède une double vie : journaliste le jour, poète la nuit. En réalité, qu’il s’agisse d’articles au quotidien (on sait qu’il a une longue pratique du métier de journaliste), de textes de réflexion ou encore de pure création comme ici, il n’a pas son pareil pour débusquer la poésie cachée dans les interstices de la quotidienneté. Continuer la lecture

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Et Dieu dans tout ça

Je me souviens des deux curés qui traversaient la cour du collège  entourés d’une nuée de gamins rigolards.  Nous n’étions pas encore en 68, il aurait été impensable  d’imaginer qu’ils ne puissent être habillés autrement qu’en soutane.  Les jeudis on allait au catéchisme. Après 1968, les deux curés s’en sont allés, l’un pour se marier et l’autre  est devenu prêtre ouvrier. Et moi j’ai cessé de fumer faute de presbytère pour griller tranquille une Kool menthol.   Je me souviens d’une église non loin de Thouars dans les Deux Sèvres. Les colonnes  de la nef étaient inclinées  comme arc-boutée pour faire front à la tempête qui un jour viendra. Continuer la lecture

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Atomic Perret

C’est l’un des aspects les moins connus de l’œuvre d’Auguste Perret. De Amiens en passant par Paris et le Havre ses architectures en béton se reconnaissent de loin. Sauf à Saclay dans l’Essonne car les activités de recherche nucléaire y sont depuis toujours protégées des curieux. Quand Frédéric Joliot-Curie et Raoul Dautry le sollicitent après guerre, Auguste Perret (1874-1954) est un septuagénaire  accompli. Une photo le montre en 1948 élégamment habillé, le chef surmonté d’un canotier. Et il n’est pas mûr pour la retraite. Et c’est à lui que l’on va confier l’aménagement du plateau de Saclay qui abrite toujours le saint des saints de la recherche nucléaire française. Malgré des destructions ou réaménagements hasardeux, notamment dans les années soixante-dix, l’ensemble reste incroyablement réussi. Début juillet, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) organisait une visite de presse, afin de faire connaître l’étendue des activités du lieu au-delà de ses aspects militaires. Suivez (un peu) le guide, notez que le dosimètre sera superflu. Continuer la lecture

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Grands frissons yankees

Don Winslow est célèbre notamment pour ses deux ouvrages consacrés au trafic de drogue mexicain. La scène qui ouvre son best-seller « La griffe du chien » (2005 aux Etats-Unis, 2007 en France) est située à El Sauzal, Etat de Baja California, Mexique, 1997, et commence ainsi :
« Le bébé est mort dans les bras de la mère ».
Le corps de la mère couvrant celui du bébé dans une terrible torsion, un vain effort pour lui éviter la mort.
Suit la description du massacre de dix-neuf personnes – hommes, femmes, enfants – parmi les plus glaçantes de la littérature
Art Keller, quarante-sept ans, membre de la DEA (Drug Enforcement Administration, l’agence américaine de lutte contre la drogue créée en 1973 par Nixon) contemple ce massacre dont il est responsable : il a fait croire que le chef de famille était un informateur.
Puis il nous raconte sur plus de huit-cents pages la lutte perdue par les États-Unis contre les cartels de drogue mexicains et colombiens entre 1975 et 1997. Continuer la lecture

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