L’appel longue distance

Afin de passer un coup de fil top secret à son père qui orbite autour de Neptune, le Major Roy McBride est prié par ses autorités de tutelle de l’appeler depuis une cabine martienne. Présentée ainsi l’affaire pourrait prêter à sourire sauf que « Ad Astra » est un film dramatique. Ce n’est pas la première fois que l’on nous fait le coup du voyage aux confins de l’univers, mais force est de constater, au moment où le générique de fin se déroule, que l’ennui n’est pas au menu de ce long métrage de deux heures. Même si pas une once d’humour ne vient perturber le voyage sur la Lune (via la compagnie Virgin…), puis sur Mars et enfin vers Neptune. Le réalisateur James Gray nous a concocté un voyage spatial de près de neuf milliards de kilomètres et son film impose le respect. Continuer la lecture

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La géographie singulière de Toulouse-Lautrec

La prochaine exposition consacrée début octobre à Toulouse-Lautrec au Grand Palais a naturellement donné quelques idées opportunes aux éditeurs de beaux livres. Sous un titre un peu convenu « Dans les pas de Toulouse-Lautrec » mais limpide, celui-là nous invite à suivre le peintre dans ses lieux parisiens de prédilection. L’auteur nous entraîne pour l’essentiel dans les endroits de la capitale où l’on se rendait pour se distraire à la fin du 19e siècle, comme le cirque Médrano, les Halles, l’Irish American bar, le Moulin Rouge ou encore et surtout, les maisons closes. Ce sont même ces dernières que l’artiste fréquentait davantage, non pas seulement par esprit de débauche, mais aussi parce qu’elles constituaient une matière précieuse pour son travail. Sans compter le fait que son infirmité y était probablement moins moquée. Continuer la lecture

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Agapes et dividendes

Le conseil d’administration de la banque s’était une fois de plus bien terminé. Il avait été suivi d’un déjeuner. On en était aux liqueurs et l’atmosphère baignait dans la fumée des cigares de luxe. La décoration datait des années vingt. Il y avait sur les murs, encadrées par du bois des îles, des allégories vantant encore les bienfaits des colonies. Cent ans plus tard leur teint avait un peu pâli. Elles rappelaient ces provinces équinoxiales sur lesquelles la banque avait développé sa fortune. Cacao, bananes, rhum, huiles, coton, bois de rose, ivoire, opium un peu aussi, toutes sortes de matières premières qui avaient fait de cet établissement, décennies après décennies, un lieu de prédilection pour pères de famille avisés. Continuer la lecture

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Les cœurs déchirés du Brexit

Le Brexit est le personnage secondaire le plus envahissant du dernier roman de Jonathan Coe. Mais si l’interminable feuilleton politique d’outre-Manche s’infiltre à chaque ligne, « Le cœur de l’Angleterre » reste bel et bien un roman. Un roman de l’espèce qui réussit le mieux à l’auteur, comme dans « Testament à l’anglaise » ou « Bienvenue au club » dont Jonathan Coe ressuscite quelques personnages.
Des personnages, justement, il y en a à foison au point que, parfois, l’on s’y perd entre les familles dispersées, les amitiés historiques ou encore les amours éphémères. Mais l’écrivain avait sans doute besoin de cette vaste distribution pour faire vivre les fragilités et les fractures de la société britannique dont il va chercher les racines bien avant le fatal – au moins pour les incertitudes qu’il a engendrées – référendum de juin 2016. Continuer la lecture

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L’âge d’or de la peinture anglaise au Musée du Luxembourg

Cette exposition ne va pas bouleverser l’idée que nous pouvons déjà avoir de la peinture anglaise de l’époque. Peut-être à cause de l’exiguïté des lieux, ou peut-être parce que tous les tableaux viennent de la Tate Britain de Londres, limitant forcément le choix.
Grande impression en arrivant : nous sommes face à une longue galerie faite de deux murs d’un beau rouge, où de très imposantes toiles se font face. Un peu comme si on pénétrait dans quelque demeure royale ou seigneuriale de l’époque. « Reynolds et Gainsborough, face à face », nous dit-on, mais curieusement, on s’aperçoit rapidement qu’en réalité les tableaux des deux peintres se succèdent sur les murs et rarement en face à face.
Bien entendu, il est question de la rivalité symbolique entre les deux plus grands portraitistes de cet âge d’or, et la confrontation s’avère judicieuse. Tous deux bénéficiaient de commandes royales, la critique les opposait, ils en jouaient, mais il suffit d’un coup d’œil pour saisir que nous sommes face à deux tempéraments bien différents. Continuer la lecture

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La part d’animalité qui est en nous

Dans le cadre de la célébration de son cinquantenaire, le Lucernaire reprend un de ses plus beaux et plus grands succès : “Le Gorille”. Ce spectacle remarquablement interprété par Brontis Jodorowsky, dans une mise en scène de son père Alejandro, est tiré d’un court texte de Franz Kafka de 1917, “Rapport pour une académie”, écrit sous la forme d’un long monologue. Créé en 2010, “Le Gorille” a voyagé un peu partout en France et à l’étranger avant de revenir sur son lieu de départ et c’est avec un immense plaisir que nous le (re)découvrons aujourd’hui. Continuer la lecture

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Paix à son cendrier

L’une des originalités de cet ouvrage post-mortem est qu’il contient des dessins de l’auteur. Sur cette esquisse, on devine Charles Bukowski lors des nombreuses lectures publiques qu’il a pu donner jusqu’à la fin de sa vie en 1994. Il s’agit d’un ensemble de textes retrouvés, parus dans d’obscures revues de l’underground américain. Il s’intitule « Tempête pour les morts et les vivants ». Et la quatrième de couverture précise bien qu’il s’agit de poèmes. Mais que les amateurs transis de Baudelaire ou de Rimbaud passent leur chemin ou alors qu’ils revêtent une tenue de protection dans le style guerre chimique. Son inspiration, Bukowski la trouve en effet sur des tables jonchés de bouteilles vides, de tasses à café emplies de mégots, de vomi pas toujours balancé dans les toilettes mais à côté. Chez lui, le bon goût est avalé comme par un trou noir. Continuer la lecture

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Se taire ou déplaire

Pour son tout récent roman, Mazarine Pingeot s’est attaqué à un sujet qui fait régulièrement le miel des médias. Nous l’apprenons d’emblée. Son héroïne est une jeune photographe partie tirer le portrait d’une personnalité à la notoriété universelle. Mais juste avant la séance de pose, celui qui est présenté comme un prix Nobel de la paix, abuse d’elle. Mathilde n’évoque la scène qu’avec sa famille proche qui lui enjoint de se « taire » d’où le titre du roman. Mathilde est en outre la fille d’un chanteur célèbre, lui même fils d’un académicien et poète de renom. Cela fait au moins un point commun avec l’auteur, également fille de (François Mitterrand) et qui nous livre un ouvrage valant notamment par la fine approche psychologique des personnages mis en scène. Continuer la lecture

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Roubaix, une (noire) lumière

Arnaud Desplechin serait-il devenu « le nouveau maître du polar », comme le proclame l’affiche de son dernier film « Roubaix, une lumière » ?
J’éprouvais quelques doutes, car si les cinéastes américains ont toujours volontiers changé de genre d’un film à l’autre (de John Ford ou Howard Hawks à James Gray en passant par Scorsese ou Coppola), ce n’est pas évident chez leurs confrères européens, particulièrement français, plutôt adeptes du cinéma d’auteur depuis la Nouvelle vague. Continuer la lecture

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Le Jardin d’agronomie tropicale, un ailleurs aux portes de Paris

La routine et la grande ville vous insupportent à peine rentrés. Envie d’espace vert ? De prolonger vos vacances ? De voyager sous les tropiques tout en restant à Paris ? La solution se trouve aux portes de la capitale. Sportifs, acérez vos mollets pour traverser le bois, paresseux engouffrez-vous dans votre voiture ou le RER A ! A l’extrémité nord-est du bois de Vincennes, le Jardin d’agronomie tropicale vous procurera une vraie bouffée d’ailleurs.
Sitôt franchie l’élégante porte chinoise rouge fané qui borde l’entrée du Jardin d’agronomie tropicale, on est ailleurs. Continuer la lecture

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