Apollinaire au fond de la poche

Avoir lu dans sa jeunesse le « Corbeau et le renard » est encore un passeport insuffisant pour accéder au monde de Guillaume Apollinaire. Pour qui ne le connaît pas vraiment hormis un fameux « Pont Mirabeau » appris sur les bancs de l’école, l’accès frontal à sa poésie n’est pas forcément évident sauf si une spécialiste de l’écrivain s’avise de publier un recueil de poèmes choisis, ce qui sera le cas dès le 25 octobre avec un petit opus titré « Tout terriblement » chez Gallimard. Auteur de plusieurs ouvrages sur celui qui a disparu de la surface terrestre le 9 novembre 1918, Laurence Campa a réalisé cette précieuse anthologie dont l’insigne mérite est précisément d’ouvrir une voie d’accès aux néophytes. Continuer la lecture

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Et si on lisait du théâtre

Eh oui, on a un peu tendance à l’oublier, mais le théâtre se lit aussi. Nos professeurs de français avaient pourtant veillé à ce que l’habitude soit prise dès le plus jeune âge : lire le théâtre, comme on lit de la poésie ou un roman. La Farce de Maître Pathelin, puis Molière, Corneille, Racine, Marivaux, Beaumarchais… Les classiques Larousse ou Bordas trônaient en bonne et due place dans notre bibliothèque, sur notre bureau d’étude, consciencieusement annotés comme il se doit, voire stabilossés. Les années passant, des auteurs plus modernes tels qu’Anouilh, Cocteau, Ionesco ou encore Beckett venaient rejoindre les auteurs plus anciens. Puis, à moins de se lancer dans des études de lettres ou de théâtre, la lecture de pièces de théâtre semblait trouver son terme avec le passage du bac de français. Au-delà, cela devenait apparemment une histoire de spécialisation ou de passion, ne concernant désormais qu’un nombre limité de lecteurs. Et si le théâtre ne se lisait plus, pourtant il continuait toujours de s’écrire… Continuer la lecture

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« Le bruit caractéristique des toilettes du Ritz »

Le livre de José-Alain Fralon a de quoi faire réfléchir les nouvelles générations de journalistes. Puisque cet ancien du Monde évoque le « temps des grands reporters » avant l’arrivée d’Internet. C’est à dire quand l’emploi d’une machine à écrire était déjà le signe d’une certaine modernité. En page 25 il cite un ancien journaliste du Figaro qui disait de son Olivetti qu’elle « avait les rondeurs de Sophia Loren, la grâce d’un Botticelli, un tabulateur de Ferrari ». Thierry Desjardins avait commencé dans le métier avec un stylo Montblanc à pompe, enchaîné sur un stylo bille puis était passé à la machine avant de se mettre « en ménage » avec un ordinateur qui lui corrigeait gentiment ses fautes. Continuer la lecture

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Kharkiv, voyage au cœur de l’ancienne capitale de l’Ukraine soviétique

Ici on est ailleurs. Loin des villes romantiques où passer un week-end en amoureux, loin de l’internationalisation du monde, loin du tourisme de masse. Du reste, il n’y a pas d’office de tourisme à Kharkiv. Pourtant avec 1,5 million d’habitants, l’ancienne capitale de la République soviétique d’Ukraine (1917-1934) est la seconde ville de ce pays. Elle est située à 413 km à l’est de Kiev et à 40 km de la frontière russe. Pour que le charme de Kharkiv opère, il faut se donner du temps et affûter ses sens. En parcourant la ville, on comprend vite que son atmosphère insolite, un mélange de désuétude poétique et de mégalomanie architecturale, se double d’une vie locale très animée. Elle pulse principalement au travers de trois cœurs, la place de la liberté, la place de la constitution et le grand marché central. Continuer la lecture

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Toute une époque s’en est allée avec Willy Ronis

Lorsqu’il a vu cette femme entrer dans cet immeuble de la rue de la Cloche,  Willy Ronis explique qu’il s’est demandé s’il pouvait la photographier sans lui demander l’autorisation. Comme c’était après-guerre le droit à l’image tel qu’il est défendu aujourd’hui n’existait pas vraiment et Willy Ronis a pris le cliché sans plus d’arrière-pensées. La chance veut que l’exposition qui lui était consacrée au Pavillon Carré de Baudoin jusqu’à la fin du mois de septembre est prolongée jusqu’à la fin de l’année. Une belle occasion d’admirer son talent et de méditer sur toutes ces choses qui ont disparu comme la liberté de photographier qui bon nous semble à fin de publication ultérieure. Continuer la lecture

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Partitions célestes

En 1716 ou 1717, Antonio Vivaldi retranscrit sur du papier à filigrane la « Sonate pour violon RV 19 » en fa majeur. Il s’agit d’une petite merveille que l’on peut facilement retrouver sur Youtube (1) où à l’andante succède une gigue puis une gavotte. En tout six variations sur un « thème à la Corelli » comme nous explique l’un des auteurs d’un livre édité conjointement par la BnF et les éditions Textuel. Ce (très) beau livre comporte 34 manuscrits issus des plus grands musiciens du monde classique et nul n’est besoin de s’y connaître en solfège pour s’émerveiller des partitions ainsi présentées. Continuer la lecture

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Huguenots par ci, Rigoletto par là, sans oublier Aïda

J’ai décidé de faire une expérience en allant voir l’événement de la rentrée lyrique non pas dans la très moderne salle de l’opéra Bastille, mais assise dans un confortable fauteuil rouge du cinéma Normandie, sur les Champs-Elysées, lors de la première retransmission en direct de la saison, celle des « Huguenots » le 4 octobre (voir mon article du 13 septembre dernier). Je me disais que ce modèle du « grand opéra à la française », fixé par Giacomo Meyerbeer sous la monarchie de Juillet (1830), serait assez spectaculaire pour supporter l’écran géant (assez semblable à la scène de Bastille), et ne voulait pas rater cette résurrection voulue par Stéphane Lissner, patron de « la Grande Boutique » (dixit Verdi à l’époque, encore plus vrai aujourd’hui), l’œuvre n’ayant plus été donnée depuis 1936. Continuer la lecture

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Le retour triomphal de Lucrèce-femme à la Comédie Française

Lucrèce Borgia, la mère coupable de Hugo, nous entraîne dans sa quête de rédemption. Séduite par une Elsa Lepoivre magistrale, on entre dans ce carnaval d’amour et de mort. Son nom est déjà un programme : Lucrèce Borgia qui rime avec « orgia » est une femme aux mille crimes, fille de pape, en odeur de poison et amante incestueuse. On la retrouve chez Hugo, pleine de honte et d’angoisse à l’idée que Gennaro, le fils caché qu’elle a eu avec son frère, puisse avoir honte de sa mère une fois découverte son identité. Lors d’un bal à Venise où elle se rend pour l’observer en secret, son masque tombe. Moquée par les amis de Gennaro, soupçonnée par son mari d’adultère, elle ourdit une vengeance qui prend dans ses rets celui qu’elle voulait justement protéger. Continuer la lecture

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La couleur des mots de Miró

À quoi pouvait bien songer Emmanuel Macron devant cette toile de Miró intitulée « Silence » et réalisée en mai 1968. Lui qui s’exprime déjà tout le temps entre discours moralisateurs et écarts variés. Formons le vœu qu’il aura pris note du message délivré par le peintre espagnol tandis qu’il déambulait cette semaine en compagnie du roi d’Espagne au milieu du Grand Palais. Ou peut-être spéculait-il sur le coût pharamineux (1) de la rénovation des lieux, soit déjà plus de 500 millions d’euros, avec un impératif de terminaison en 2024 pour les jeux olympiques. Mais plus probablement était-il tout à son bonheur de savourer une parenthèse artistique alors que son quinquennat à peine commencé patauge déjà dans l’impopularité. Continuer la lecture

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Déplacements contraints

De très anciennes traces de pas ont été découvertes un jour à Laetoli en en Tanzanie. Elles ont été attribuées à des australopithèques, l’un étant adulte, l’autre un enfant. La migration était déjà le fait de nos très vieux ascendants, soit pour trouver un endroit plus favorable à leur existence soit pour une simple promenade. Comme les deux hominidés n’avaient pas pris la peine de motiver par écrit leur déplacement et d’en laisser un signe interprétable, nous en sommes réduits à des hypothèses. Au contraire du vingtième siècle où l’on ne sait que trop ce qui a pu justifier le déplacement forcé de nombre d’individus. Dans son livre qui vient de sortir aux éditions Unicité, Bruno Sillard s’est attaché à ceux-là, « ceux qui furent chassés de leur maison, de leur vie« . Continuer la lecture

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