Une matinée chez Boris Vian Cité Véron

Alors que le 23 juin 2019 marquera les soixante ans de la disparition de Boris Vian (1920-1959) et que les hommages ne manquent déjà pas de se succéder, force est de constater que l’écrivain connaît de nos jours une renommée et une reconnaissance littéraire qui lui manquèrent de son vivant. “L’Écume des jours”, “L’Automne à Pékin”, “L’Herbe rouge”, “L’Arrache-cœur”… sont devenus aujourd’hui des classiques que les jeunes générations prennent toujours plaisir à découvrir, tout comme ses innombrables chansons, elles aussi indémodables. Écrivain, poète, parolier, chanteur, trompettiste de jazz, critique musical, scénariste, traducteur, acteur, peintre… plus d’un demi-siècle après sa mort, l’artiste protéiforme semble faire plus que jamais partie du paysage culturel. Une visite de l’appartement qu’il occupa Cité Véron les six dernières années de sa vie avec sa seconde épouse Ursula pourrait même nous faire croire à son éternelle présence… Continuer la lecture

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Terre des hommes

carte du burkina faso photo: PHB/LSDPLe fourgon avale la piste, une ligne droite ocre et  poussiéreuse, paysage de brousse avec de loin en loin de hauts arbres solitaires. La piste devient route, la circulation s’intensifie, nous traversons Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Ici cyclomoteur est roi, il surfe au milieu des voitures. À l’arrière du fourgon, un enfant, trois ans peut-être, somnole la tête sur la poitrine de sa mère. Le chauffeur et son passager parlent peu. Au Burkina Faso, la langue officielle est le français ; il existe en outre une soixantaine de langues nationales. Cela dit français ou pas, il n’est pas facile de suivre une conversation! Après 200 kilomètres d’une seule traite, le fourgon s’arrête devant les bâtiments simples et élégants de l’aéroport de Ouagadougou. Continuer la lecture

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Fly me to the moon

Soit l’histoire d’un adulte blanchi sous le harnais et qui s’arrête devant une librairie parisienne. Sa curiosité est piquée par la couverture d’un livre bien mis en évidence dans la vitrine. La couverture montre un engin spatial tout jaune. On voit une passerelle par laquelle grimpent des enfants en tenue de cosmonautes. Le livre s’intitule « Classe de lune ». Son auteur est un américain, un certain John Hare. Il n’y pas de texte, que des images et pourtant, l’histoire nous transporte au propre comme au figuré. Continuer la lecture

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La légende contrastée d’une invisible

L’étrange destin de Vivian Maier a été beaucoup raconté lorsque, de façon posthume et très savamment médiatisée, les milliers de photos qu’elle avait prises sont devenues une « Œuvre ». Une gloire tardive éclatante pour consacrer une vie obscure. Fallait-il en faire un livre et si oui, dans quel registre ?
Gaëlle Josse a choisi une certaine ambiguïté. En tête de livre, figure – en anglais, on se demande bien pourquoi – la mention classique « ceci est une fiction… , toute ressemblance avec des personnages ayant existé serait une pure coïncidence… ». Et, en fin de livre, l’auteur remercie toutes les sources qui lui ont permis de retracer les étapes d’un parcours de vie, celui de Vivian Maier après avoir avoué s’être refusée à toute biographie romancée. On imagine une prudence d’avocat. On regrette cette posture d’un choix mal assumé. Continuer la lecture

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Le Paris romantique de Daphné en escarpins

Que veux tu faire aujourd’hui ? me demanda Daphné.
Le soleil dardait sur nous ses premiers rayons, après plusieurs jours d’un temps maussade qui avait engourdi les corps et les esprits. La terrasse où nous étions installés était comble. Les garçons de café se croisaient et s’entrecroisaient, plateau rempli de boissons fraiches à la main, comme sur une scène de théâtre. Un peu sur notre droite, un petit chien blanc aux yeux coquins aboyait pour ne pas se faire oublier de ses maîtres, qui dégustaient sans faire attention à lui leur repas dominical.
Nous pourrions aller voir l’exposition « Paris romantique », répondis-je, alors qu’en face de nous, juste de l’autre côté de la rue, commençait un concert de jazz improvisé.
Si tu veux, répondit Daphné d’un air rêveur.
Cela n’a pas l’air de t’enthousiasmer, lui dis-je.
Le son du piano se faisait subitement plus fort, au point de couvrir presque complètement celui de nos voix. Continuer la lecture

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Dérèglement urbain

Chacun se débrouille comme il peut. Face au bazar de la réorganisation des transports à Paris, le piéton n’est pas à la fête. Depuis deux ans au moins, il doit faire face à de multiples dangers. Au premier rang desquels figurent les vélos et trottinettes boostés à l’énergie nucléaire. On peut comprendre les usagers de ces engins qui fuient des transports en commun saturés et le cauchemar consistant à utiliser une automobile. Toujours est-il que sur le trottoir, son terrain légitime, l’ex cueilleur-chasseur qui mise sur ses deux jambes pour se déplacer, n’est plus que la proie des circonstances. Ses anges gardiens sont au taquet. Le marcheur a tout de la cible dans un jeu-vidéo. Il est devenu un intrus suscitant l’agacement du pilote de trottinette consultant ses textos. Théoriquement prioritaire partout, l’humble promeneur ne peut que céder le passage, mine contrite, afin de conserver son intégrité. Continuer la lecture

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Tel un Orlando des temps modernes…

Alors que le deuxième roman d’Emmanuelle Favier, “Virginia”, biographie subjective consacrée à Virginia Woolf, dont la parution chez Albin Michel est prévue pour le 21 août, s’annonce déjà comme un des livres très attendus de cette nouvelle rentrée littéraire (1), revenons sur le premier opus de son auteur qui lui valut un succès immédiat : “Le courage qu’il faut aux rivières”, paru deux années auparavant. Un livre dont l’originalité du sujet, la puissance des personnages et l’élégance du style, que la beauté du titre pouvait déjà laisser présager, nous transportent dans un univers s’apparentant à celui du conte où la poésie le dispute sans cesse à la réalité. Continuer la lecture

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Un Petit Palais très romantique

Je m’étais rendue au musée du Petit Palais pour voir l’exposition « L’Allemagne romantique-Dessins des musées de Weimar » parce que j’adore les dessins, je les préfère même souvent à la peinture. Mais la signalétique étant ce qu’elle est en ces lieux, je me suis trouvée je ne sais comment embringuée dans l’autre exposition, « Paris romantique 1815-1848 ». La grande exposition du moment. Historique et monumentale.
En exergue, les organisateurs ont placé cet extrait du journal de Victor Hugo «Choses vues» de 1948 : « Paris est où sont les Tuileries, le Palais Royal … Paris appuie à droite ». Continuer la lecture

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De si beaux visages

Trente-quatre portraits de jeunes gens s’exposent sur les murs de la Sellerie au musée d’Art et d’Archéologie d’Aurillac (Cantal). Leurs regards croisent les nôtres, tour à tour joyeux, inquiets, interrogateurs, durs ou tendres. Ils fixent l’objectif du photographe François Nolorgues venu à leur rencontre à Habitat Jeunes, le foyer qui les accueille à l’arrivée d’un périple que l’on devine long et douloureux. La plupart d’entre eux sont des migrants, venus d’Afghanistan, d’Afrique noire, du Maghreb… Ils sont ici pour reprendre pied dans la vie, se retrouver, bâtir un projet et redémarrer. Du reste, l’exposition s’appelle « Passages ». Continuer la lecture

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« Les éléphants » : pratiques et blessures de l’admiration

Le critique littéraire, l’étudiant, le lecteur bénévole se sent souvent bien petit face aux artistes qu’il découvre, aux maîtres dont il suit l’enseignement, aux monstres littéraires qu’il admire. De cette expérience commune de fascination, parfois écrasante, Michael Larivière tire un petit livre fort sur ce qu’il nomme « les éléphants ». Il emprunte l’image à Pierre Michon (un éléphant lui-même) pour désigner ces grandes figures transférentielles avec lesquelles toute écriture (toute vie ?) se débat. Continuer la lecture

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