Irving Penn (1917-2009) au Grand Palais

L’exposition célébrant au Grand Palais le centenaire de la naissance du grand photographe américain Irving Penn nous vient tout droit, comme il se doit, du MOMA (Museum of Modern Art de New York). Et c’est le photographe lui-même qui nous accueille, avec cet autoportrait où il se montre accoudé à sa chambre noire avec une désinvolture follement élégante, cette élégance de forme et d’âme qui caractérise toute son œuvre.
Cet autoportrait fut pris à Cuzco, et nous allons découvrir plus loin combien ce voyage témoigne de la versatilité du photographe. Envoyé par Vogue au Pérou à Noël 1948, il boucle son reportage de mode avec la froidement belle Jean Patchett déambulant dans les rues de Lima, puis file à Cuzco, ancienne capitale précolombienne située à 3 400 mètres d’altitude qu’il «brûle de connaître». Continuer la lecture

Publié dans Exposition, Photo | 2 commentaires

« Maria by Callas » à la Seine Musicale

Lorsque les médias ont annoncé à grand renfort d’images et de pages la mort de Pierre Bergé, le 8 septembre dernier, je me suis livrée à une petite expérience, en demandant à quelques jeunes si ce nom leur disait quelque chose. Rien du tout. Alors j’ai parlé d’Yves Saint-Laurent, évoquant leur vie et leur œuvre communes. «Ah ! Saint-Laurent ! LA MARQUE !», se sont écriés ces jeunes. Parions que si je leur demandais qui était cette Callas dont on célèbre le quarantième anniversaire de la mort, comme ce n’est pas «une marque»… Quoique, à certains égards, elle le soit devenue, tant on a exploité «le mythe Callas», opposant l’immense chanteuse à la femme malheureuse. Continuer la lecture

Publié dans Exposition, Musique | Un commentaire

We are all Americans

Dans son dernier ouvrage, “Civilisation. Comment nous sommes devenus américains”, en tout point captivant et paru ce printemps aux éditions Gallimard, l’écrivain et philosophe Régis Debray nous met face à notre américanité. “Le XXe siècle fut américain” nous dit-il. A travers un récit factuel des plus passionnants, sans émettre aucun jugement, il ravive notre mémoire et reprend le déroulement de l’emprise que l’Amérique exerça sur notre civilisation au cours des ans, de l’empreinte qu’elle y laissa, qu’il s’agisse de notre politique à l’international, de notre langage truffé d’anglicismes, de notre mode de consommation, des films et séries que nous regardons, de la musique que nous écoutons, des artistes qui firent l’histoire de l’art du XXème siècle … Soyons réalistes : l’Amérique donne le “la” et nous suivons. Continuer la lecture

Publié dans Livres | Laisser un commentaire

Brin de toilette pour l’Ecole des beaux-arts

La visite des chantiers de restauration de l’École des beaux-arts est un voyage au long cours qui s’étend d’Alexandre Lenoir à Jean-Marc Bustamante. Déjà 200 ans que la vénérable institution (n’en déplaise aux élèves) règne entre Seine et Saint-Germain des Prés. Ça valait bien un brin de toilette. D’autant plus que sur deux hectares se concentrent bâtiments, cours et jardins datant des XVIIe au XXe siècles. Une densité assez rare de chef-d’œuvres architecturaux qui lui a valu d’être classée Monument historique en 1972. Cette diversité et une histoire en permanente évolution font dire à François Chatillon, architecte en chef des Monuments historiques et maître d’œuvre de la restauration que si «l’école était un livre ce serait une encyclopédie dont les volumes continuent à s’écrire chaque jour». Continuer la lecture

Publié dans Architecture | Laisser un commentaire

La soixante-dixième lettre à Alice

Dans un message à sa compagne Alice, posté au début du mois de février 1916, André Derain indique avoir touché un nouveau tracteur. Le précédent il l’avait sauvé des lignes ennemies en pleine bagarre. Cette missive témoigne aussi de sa solitude. Le Front agit comme un révélateur, un amplificateur sans doute,  des bons moments de la vie passée. Parmi les 255 lettres rassemblées dans un livre à paraître le 4 octobre aux édition Hazan, il y a dans la 70e, une phrase une seule qui vaut la peine d’être lue, relue et même mémorisée. De sa plume de peintre qu’il était avant de devenir un guerrier, il écrit: « je n’aspire qu’à recommencer les promenades d’autrefois qui me paraissent maintenant des fêtes splendides ». Continuer la lecture

Publié dans Apollinaire, Livres | Laisser un commentaire

Le paradoxe de Pavarotti

Mars 1974. Paris. Opéra Garnier. On donne « La Tosca » de Puccini. Le ténor entonne son premier grand air, « Recondita armonia ». Fin du grand air. Silence dans la salle, comme frappée de stupeur. Trois, quatre secondes passent. La salle entière retient son souffle. Puis elle se déchaine, et c’est l’ovation pour Placido Domingo. Expérience unique, que je n’oublierai jamais. Continuer la lecture

Publié dans Musique | 2 commentaires

Journées européennes du patrimoine (JEP) 2017 : trois visites à ne pas manquer

Préparez vos baskets ! Cette année, les Journées européennes du patrimoine ont lieu les samedi 16 et dimanche 17 septembre. Culture en veux-tu en voilà : de plus en plus de sites sont ouverts à la visite et il est souvent difficile de faire un choix. Pour les indécis, voici trois suggestions de lieux au charme singulier. Continuer la lecture

Publié dans Architecture, Histoire | Un commentaire

Calder, par la grâce d’un fil

Le musée Soulages de Rodez a osé une audacieuse cohabitation cet été – et jusqu’au 29 octobre : les toiles tout en matières et en densité sombre de Pierre Soulages accueillent un nouveau voisin de palier, Alexander Calder, à l’œuvre tout en fil et luminosité, mariant mobiles joueurs et joyeuses gouaches aux teintes mondrianesques. A première vue, tout pourrait les opposer. Le passage de l’obscur à la lumière s’effectue pourtant dans une parfaite fluidité.

Ci-dessus (Loch Ness/Calder Alexander (1898-1976)/© 2017 Calder Foundation New York / ADAGP, Paris/1953)

Continuer la lecture

Publié dans Exposition | 2 commentaires

A Ors, la maison pleine de voix de Wilfred Owen

«Ors, discret village du Cambrésis, héberge entre les morts de son cimetière communal un carré de pelouse verte et de pierres blanches où les morts ne parlent pas la même langue que leurs voisins». Il faut se rendre dans ce village tranquille du nord de la France, à quelques kilomètres du Cateau-Cambrésis, ville natale du peintre Matisse, pour ressentir ce qu’exprime le poète et traducteur Xavier Hanotte. Ces lignes évoquent l’une des personnalités les plus admirées parmi les écrivains victimes de la Grande Guerre, le poète anglais Wilfred Owen (ci-contre). S’il est relativement peu connu en France, il jouit d’une grande popularité outre-Manche et fait partie du Panthéon des écrivains britanniques. Continuer la lecture

Publié dans Poésie | 3 commentaires

Jeux interdits

L’affiche capte aussitôt notre regard : “Agatha Duras Cloos” en lettres capitales et rouges ; puis, en arrière-plan, un couple : lui, de profil, tourné vers elle, tenant le visage de la jeune femme entre ses mains ; elle, les yeux fermés, dans une attitude d’abandon, de lâcher-prise, de souffrance amoureuse. Et puis, plus bas, la mer, la mer si présente dans l’œuvre de Duras, sur laquelle se détachent ces quelques mots d’une belle écriture féminine “Viens demain Viens parce que je t’aime”. Cette image nous attire comme un aimant et nous pousse à connaître l’histoire qui unit cet homme à cette femme. Agatha… un joli nom chargé de mystère. Une pièce de Marguerite Duras mise en scène par Hans Peter Cloos, l’aventure est on ne peut plus tentante. La pièce se joue actuellement à Paris, au Café de la Danse, dans le charmant petit passage Louis-Philippe du quartier de la Bastille. Continuer la lecture

Publié dans Théâtre | 2 commentaires