Entracte

Il est poli, lorsque l’on s’absente, de laisser un petit mot. Tel un concierge qui s’en va vaquer dans l’escalier B. C’est l’objectif du jour car Les Soirées de Paris font une pause pour les vacances de Pâques. Les parutions reprendront le 2 mai. Comment peut-on agrémenter le temps libre d’ici-là. Eh bien voici une suggestion. Si l’on regarde comment ont été conçues les dernières œuvres de Piet Mondrian, on s’amusera à constater qu’elles sont facilement reproductibles sur un tableur en utilisant les outils normalement dévolus à l’élaboration de savants graphiques ou calculs. L’image ci-contre, presque conforme à une des ultimes projections du peintre néerlandais, a été conçue par ce moyen. Mondrian n’utilisant plus sur la fin de sa vie que des couleurs primaires, il n’y a qu’à plus piocher dans la palette graphique et le tour est joué. Pour moins que ça on se prendrait pour un génie. Attention. Continuer la lecture

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Magie bergmanienne

Ce fut tout d’abord, en 1979, un roman de près de 300 pages, puis, en 1982, un film pour la télévision d’une durée de 5h40 accompagné d’une adaptation cinématographique réduite à 3h08 et, aujourd’hui, cette œuvre d’Ingmar Bergman revêt la forme d’une pièce de théâtre jouée par les Comédiens-Français dans la prestigieuse Salle Richelieu. En effet, alors qu’est célébré cette saison le centenaire de la naissance du réalisateur suédois avec de nombreux hommages et productions (1), “Fanny et Alexandre”, sa dernière œuvre de cinéma, vient d’entrer au Répertoire de la Comédie-Française. Roman, film, pièce…, l’œuvre est indéniablement à découvrir. Continuer la lecture

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Les guerres de Picasso

Cette photo qui ouvre l’exposition du musée de l’Armée est volontairement trompeuse. Picasso a, ce jour-là, revêtu les habits militaires de son ami Braque. Bien que sa longue vie d’artiste lui a fait traverser de nombreux conflits, il n’a participé à aucun, les armes à la main. Quand on pense à Picasso et la guerre, l’image de Guernica vient évidemment à l’esprit. La célèbre toile réalisée par le peintre espagnol figure également au début de l’exposition. Elle n’est là qu’en photo. Le cliché a été pris par sa compagne, Dora Maar. Mais tout l’intérêt de la scénographie mise en place par le musée de l’Armée réside dans la très large exploration de l’œuvre de Picasso à l’égard de la guerre et de la paix. Le spectre est inattendu. C’est une exposition brillante, passionnante, qui nous est offerte jusqu’à la fin du mois de juillet aux Invalides. Continuer la lecture

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Apollinaire, Orphée et le camembert

La présence d’un poème inédit d’Apollinaire dans le numéro d’avril-mai 1917 de “La Revue normande“ constituait sans doute pour ce périodique publié à Rouen un regain de prestige. Dans le sommaire, le nom d’Apollinaire y est imprimé en caractères plus grands que les autres et l’éditorialiste n’hésite pas à donner du « maître Apollinaire » en vantant « la puissante originalité » du poème. Il est vrai qu’un an avant la parution de Calligrammes, le texte adopte une disposition typographique toute nouvelle. Les vers eux-mêmes, un peu désenchantés, gardent une part de mystère tout comme le titre “ Orphée“ déjà utilisé à trois reprises dans le Bestiaire de 1911. Ce beau poème ne fut repris que dans l’édition de la Pléiade en 1956 où il figure parmi les “poèmes retrouvés“. En voici de larges extraits : Continuer la lecture

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Rébellion

Pour exploiter son houblon, la compagnie Durst avait besoin de main-d’œuvre. Afin d’être sûr d’obtenir 1500 cueilleurs, le patron avait fait circuler une affiche selon laquelle il était prêt à en recruter 2700. Il en vint 2800. Cela se passait en Californie alors que le premier conflit mondial couvait en Europe. Durst avait installé seulement neuf toilettes pour tout le monde. L’épicerie connexe aux logements était payante. Le sac de 100 livres de houblon était payé un dollar. Il pesait entre 40 et 50 kilos et ce sont les femmes et les enfants qui étaient chargés de cette besogne harassante. La révolte sur les conditions de travail indignes des ouvriers s’est mal terminée. L’événement raconté en BD par Jordan Worley est d’ailleurs titré « Bain de sang à Wheatland ». Il est inclus dans un ouvrage collectif paru aux éditions Nada, un livre qui explique les événements ayant émaillé l’histoire des revendications sociales aux États-Unis. Continuer la lecture

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C’est une folie de regarder un poisson droit dans les yeux

Les écrivains occidentaux ont adoré s’emparer de l’amok malaisien, cette folie meurtrière du sud-est asiatique qui saisit un individu et se termine par la mort de celui-ci : Stefan Zweig, bien sûr, Henri Fauconnier, Romain Gary… L’amok est plus qu’un objet littéraire, c’est une pathologie dûment répertoriée par la psychiatrie et perpétuée par la langue anglaise avec son « to run amok » (être pris de folie). Mais lorsque c’est une jeune auteure malaisienne, d’origine chinoise, qui s’attaque à « La somme de nos folies » pour parler de son pays d’aujourd’hui, nulle passion meurtrière ne se dissimule dans son roman. Et l’amok n’est évoqué qu’une fois, juste pour l’évacuer définitivement, et laisser place aux facéties les plus loufoques. Continuer la lecture

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Apollinaire de A à Z

Bienvenue au pays des savants de la littérature. Lesquels ont rédigé en plus de 1200 pages, un dictionnaire sur Guillaume Apollinaire. Cinquante chercheurs  ont en effet tenté de faire le tour de l’écrivain. Ils se sont partagé pour ce faire quatre cent cinquante entrées, sans pour autant être exhaustifs, principe qui appartient davantage aux encyclopédies. Ce travail massif, captivant, succède à une impressionnante production sur les lettres émises et reçues (1) par l’auteur du « Pont Mirabeau ». Au point que tout ce qui a été publié sur lui à ce jour, distance assez largement l’œuvre de l’artiste polygraphe. Le « Dictionnaire Apollinaire », qui vient de sortir aux éditions Honoré Champion, étoile derechef un ciel déjà bien riche en références. Continuer la lecture

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Nul ne sait ce que nous réserve le passé

Le 10 décembre 1946, jour où il a reçu le Prix Nobel de Chimie, l’Allemand Otto Hahn a eu « une conversation plutôt désagréable » avec Lise Meitner, une éminente physicienne que les obstacles de l’Histoire ont faite successivement autrichienne, puis allemande, puis suédoise. C’est lui-même qui l’écrit ainsi dans ses mémoires, sans pour autant préciser le contenu de cette conversation. Que se sont dit ces anciens partenaires dont le travail acharné a permis de mettre en évidence la fission nucléaire ? C’est ce que Cyril Gely a imaginé à travers « Le prix »: une confrontation de 200 pages entre deux êtres puissamment intelligents, qui se connaissent par cœur, qui s’étaient crus liés par une admiration professionnelle mutuelle et une amitié indéfectible. Continuer la lecture

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La vérité sur les « Dix petits nègres »

En 1998, Pierre Bayard s’était déjà permis d’accuser Hercule Poirot de « délire d’interprétation » lors de l’affaire de Roger Akroyd. Et pourtant le roman « Le meurtre de Roger Akroyd » avait rendu Agatha Christie célèbre du jour au lendemain pour avoir transgressé l’une des règles d’or du genre, en osant confondre le narrateur et l’assassin.
Puis en 2008, il a eu l’audace de s’attaquer à Sherlock Holmes himself en affirmant qu’il s’était trompé dans « L’affaire du chien des Baskerville » ! Cette fois Holmes aurait été la victime de son créateur Sir Arthur Conan Doyle, qui en voulait beaucoup à sa créature d’avoir dû la ressusciter sous la pression du public et de sa mère après l’avoir fait disparaître dans les chutes suisses du Reichenbach, et le poursuivait de sa haine inconsciente au point de le faire passer à côté de la solution. Pas mal vu…
Et le voilà qui récidive avec «La vérité sur « Dix petits nègres », autre célèbre opus de Dame Agatha, qui avait cru résoudre l’énigme en inventant un stratagème tarabiscoté, et le voilà qui nous propose la vraie solution. Continuer la lecture

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Une BD monstre

Ce visage apeuré de femme bleu-violacé présenté en gros plan et de trois-quarts, les lèvres peintes d’un rouge ardent, une boucle d’oreille verte apparaissant à l’oreille gauche entre deux mèches de cheveux, sur fond de bâtisse crayonnée en noir et de pleine lune, n’aura su échapper à votre regard. Depuis l’obtention de son Fauve d’or (prix du meilleur album) lors du 46ᵉ festival international de la bande dessinée d’Angoulême en janvier dernier, il trône en bonne place dans toute librairie digne de ce nom. Par ailleurs, cet ouvrage d’un format et d’un poids on ne peut plus imposants, interpelle aussi bien par son visuel de couverture que par son titre : “Moi, ce que j’aime, c’est les monstres”. Et pourtant il n’est point nécessaire d’aimer les monstres pour être fasciné par cette œuvre éminemment singulière. Continuer la lecture

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