Schiele versus Basquiat

Il paraît que l’exposition Egon Schiele-Jean-Michel Basquiat qui se tient actuellement à la fondation Vuitton (1) veut mettre en regard deux artistes, et explorer les correspondances entre leur personnalité et leur œuvre.
Ce serait précisément leur courte trajectoire qui les rapprocherait, puisqu’ils sont morts tous les deux à 28 ans : Jean Michel Basquiat, d’origine haïtienne, né à New York en 1960, est mort d’overdose en 1988, et l’autrichien Egon Schiele, né en 1890 dans une Autriche en proie aux bouleversements fin de siècle, est mort de la grippe espagnole en 1918.
Comme on peut le constater, ils étaient très beaux tous les deux et sont morts trop jeunes, alors les voilà réunis sous prétexte que l’un a marqué le début du siècle et l’autre la fin. Mais enfin les courtes trajectoires sont souvent le lot des artistes, et ces arguments me semblent un peu minces pour les réunir. Continuer la lecture

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« Sœurs » de Pascal Rambert nous explose au visage

S’il existe une langue maternelle, pourquoi n’existerait-il pas une langue sororale ? Cette question lumineuse est au cœur du dernier spectacle créé par Pascale Rambert : « Sœurs » (Marina et Audrey). On l’entend pendant tout le spectacle cette langue faite de violence et de blessure d’amour. Les sœurs se parlent fort et dur pour évoquer les manques jaloux de l’enfance, les disputes, l’amoureux idiot comme une bûche. Et petit à petit, c’est le secret enfoui, le cadavre dans la valise, posée sur le plateau depuis le début, le nœud de souffrance qui va finir par se dire. La pièce se jouait jusqu’au 9 décembre mais une tournée est programmée. Continuer la lecture

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Khnopff l’irréaliste

Cette toute petite œuvre réalisée aux crayons de couleur sur papier n’est pas la pièce maîtresse de l’exposition qui vient de s’ouvrir au Petit Palais autour du peintre belge Fernand Khnopff. Mais elle est très attachante, symbolisant à maints égards l’univers onirique, la sensibilité intérieure de cet artiste hors normes. Titrée « Près de la mer » et réalisée en 1890, elle contient d’une part et comme tirée d’un songe, un visage de femme dont le regard fixe est une invitation au basculement vers l’irréel. Sur sa droite figure d’autre part une bulle diaphane que la lumière si particulière de l’ensemble irise et trouble. Cela faisait bien longtemps (40 ans) que ce natif de Bruges (1858-1921) n’avait pas fait l’objet d’une réunion de ses œuvres au pays de Voltaire. Et comme il n’y en aura pas d’autres avant longtemps, un détour s’impose. Continuer la lecture

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Art du bambou au Japon

Si le bambou n’évoque rien de particulier en France, à part le fait d’être la plante adéquate pour dresser en un temps record une haie persistante d’une belle hauteur qui nous séparera efficacement de nos voisins, il n’en est pas de même au Japon où le bambou pousse partout. Plus de la moitié des innombrables espèces de cette herbe s’y trouvent et près de six cents y sont endémiques. Le bambou joue par conséquent un rôle primordial dans les cultures japonaises, se prêtant facilement, depuis des temps ancestraux, à de nombreux usages essentiels pour l’homme (nourriture, fabrication d’abris, d’instruments, d’armes…) et il est donc tout naturel de le trouver également dans l’art de la vannerie. Cet art méconnu en Occident, et même assez confidentiel au Japon, s’expose pour la première fois en France, au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, à travers des pièces d’une exceptionnelle beauté. “Fendre l’air. Art du bambou au Japon” ou lorsque l’artisanat se fait art et le panier, sculpture… Continuer la lecture

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Les inséparables soeurs Veil

Le premier décembre dernier, Dominique Missika a présenté son dernier livre, « Les Inséparables, Simone Veil et ses sœurs », au nombreux public massé dans l’auditorium Landowski, lors du Salon du livre de Boulogne-Billancourt (moderne bâtiment Landowski, siège du Musée Années 30, situé juste à gauche de l’imposante mairie Années 30 signée Tony Garnier).
En tant qu’historienne, auteure de nombreux livres et documentaires sur la Résistance et la Shoah (notamment l’édition d’un DVD sur le procès Barbie), Dominique Missika nous a raconté avoir toujours trouvé une oreille attentive auprès de Simone Veil, alors présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Mais elle n’a pas caché que le contact avec cette grande dame pouvait s’avérer assez rugueux. Ainsi, un jour de 2004, alors qu’elle se trouvait dans le hall des éditions Robert Lafont où elle officiait, elle reçut un appel comminatoire commençant par un abrupt « Ici Simone Veil ! C’est inadmissible ! », lui enjoignant de se pencher sur la question du retour des déportés. Continuer la lecture

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Onze mille fois réservé à un public averti

Il est même étonnant que des éditeurs se risquent encore à éditer « Les onze mille verges » en prenant soin d’accompagner le texte d’illustrations explicites. Si l’auteur d’origine n’était pas Apollinaire mais une personnalité quelconque des arts et des lettres ou pis encore une figure de la scène politique, elle connaîtrait sans pardon possible l’opprobre, le bannissement et la crucifixion sur les réseaux sociaux. Lyrique, cette prose achevée en 1906 ou 1907 n’en est pas moins pornographique et son propos franchit trop souvent et allègrement toutes les barrières morales. Imprimée en Italie, cette version composée par Guido Giordano compense les outrages écrits noir sur blanc par une débauche graphique il est vrai très inspirée et émaillée de références et de citations (citazioni). Continuer la lecture

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Survivants sur le fil

Nous sommes dans un immense bâtiment industriel. Au plafond les néons ponctuent l’espace à perte de vue comme un damier lumineux sans fin. Nous sommes à Bolbec, non loin sans aucun doute du Balbec imaginaire de Marcel Proust, en Normandie plus exactement en Seine Maritime. Nous sommes dans les anciens ateliers Boussac un fleuron de feu l’industrie textile qui fut un temps le moteur économique de la ville. C’est à la fin du XVIIIe siècle que de nombreux manufacturiers s’installent pour produire des toiles de coton imprimées appelées « les indiennes ». En 1806 on dénombre pas moins de 27 manufactures employant au moins 800 ouvriers. Puis la roue du rouet tourne. Après l’âge d’or vient le déclin. A la fin du XIXe, une seule « indiennerie » subsiste et le dernier atelier de tissage ferme ses portes en 1986. Continuer la lecture

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Sur la route malgré tout

A priori, le monde du BTP avec ses tractopelles et autres rouleaux compresseurs n’est guère compatible avec l’art moderne. Cependant c’est Colas, filiale du groupe Bouygues et spécialiste entre autres de la construction de routes qui a pris l’initiative de créer au début des années 90 une fondation destinée à promouvoir la peinture contemporaine. Depuis, chaque année, 10 artistes de toutes nationalités sont sélectionnés parmi 200 dossiers pour réaliser une toile sur le thème de la route. Quel plus beau sujet pour un artiste ! La route c’est l’ouverture de l’espace, c’est l’invitation au voyage c’est la conquête de terres inexplorées c’est la promesse de liberté et d’échanges entre les hommes et les cultures.  Continuer la lecture

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Du côté de chez Jean

Magnifique hommage rendu il y a une semaine Salle Gaveau à Jean d’Ormesson, un an après sa disparition. Organisée par Le Figaro, cette soirée reposait sur les témoignages alternés de Jean-Marie Rouart, académicien, et d’Étienne de Montety, directeur du Figaro Littéraire. Maxime d’Aboville, comédien, lisait quant à lui des textes tirés des œuvres de Jean d’Ormesson.  Alors, petit retour sur image…  Jean-Marie Rouart rappelle que Jean d’Ormesson et lui ont traversé tous les deux plus d’un demi-siècle. Ils ont comme amorcé une conversation qui ne s’est interrompue qu’avec la disparition de Jean. Ce dernier lui avait dit il y a quatre ans, alors qu’il passait tout près de la mort, « Ne pars pas avant moi ». Finalement, il a été exaucé…  Continuer la lecture

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Qui réveillera la belle tête de cire du musée de Lille?

Elle fut pour le musée de Lille aussi célèbre que la Joconde pour le Louvre. On vint la voir de partout. Alexandre Dumas fils, qui en février 1866 donnait à Lille une conférence sur son écrivain de père, en fut tellement remué qu’il commanda une copie. Il la plaça au beau milieu de sa bibliothèque devant une grand tenture de soie brodée d’animaux fantastiques. « Cette tête est divine » déclarait il. Elle est « un grand Tout en un petit volume car son expression donne l’image de la vie et la matière dont elle est faite donne la sensation de la mort ».
Cette merveille n’a pas d’état civil. On ne sait pas qui l’a réalisée. On ignore l’époque et le lieu de sa naissance. Elle n’avait et elle n’a toujours pas de nom. On l’appelle « La Tête de cire » comme on dirait « La Statue de bronze ». Depuis 1834, cette belle endormie attend toujours son prince charmant. Elle occupe aujourd’hui une place modeste de la galerie Chardin du palais des Beaux-Arts de Lille, victime peut-être des “Jeunes“ et des “Vieilles“ de Goya, deux tableaux magiques qui ont rejoint les cimaises lilloises et lui ont chipé la vedette. Continuer la lecture

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