Corée : Touche pas à mon chien

Sans ambition touristique, ces observations effectuées lors d’un voyage récent en Corée n’ont qu’un objet dérisoire: souligner certains aspects désopilants ou incongrus de la culture du « Pays du matin calme ». Dès l’arrivée à Séoul, la première visite touristique a été surprenante. Dans l’enceinte du Gyeongbok, l’un des cinq palais royaux construits sous la dynastie Joseon (1392-1910), on se serait cru sur un lieu de tournage. Pas parce que la scène de relève de la garde fait toc. Ni parce que le palais est éblouissant grâce aux efforts du gouvernement pour le restaurer dans son état d’origine après sa quasi-destruction pendant l’occupation japonaise. En fait, pour encourager les visiteurs à se familiariser avec le Hanbok, le costume traditionnel coréen, l’entrée des palais principaux de Séoul est gratuite pour ceux qui le revêtent. Les visiteurs se prêtent au jeu par plaisir de se déguiser. Avec tous ces touristes en costume d’époque dans l’enceinte des palais, on a vraiment l’impression de faire partie du tournage d’un film d’époque. Le spectacle est hilarant. Groupes de gros Américains engoncés dans des uniformes prêts à éclater, Sri-lankais au garde à vous avec hallebardes, beautés nordiques blondes grimées en coréennes, jeunes en cosplay de combattants de manga, … Continuer la lecture →

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Modes d’exécution

La bonne vieille potence des westerns a disparu du paysage judiciaire des États-Unis. Elle n’était plus prévue que par la législation du New Hampshire. Mais cet État a renoncé , en 2019 à l’application de la peine capitale. La guillotine n’en a jamais fait partie. Trop de sang. Contraire au VIIIe amendement qui dispose: « Il ne pourra être …infligé de peines cruelles ou inhabituelles aux condamnés ». Ici aux condamnés à mort reconnus coupables de meurtre aggravé. Les États Unis d’Amérique préconisent en la circonstance des moyens présentables. Les 27 États persistant à y avoir recours ont d’ailleurs le choix entre plusieurs procédures. La chaise électrique a eu longtemps la faveur. Elle apportait une note moderne et propre à l’opération. Un fort voltage envoyé par cycles de quelques secondes provoque rapidement un arrêt cardiaque. Elle fut la méthode principale de mise à mort pendant tout le XXe siècle. Toutefois un nombre trop important de ratages, notamment pour contacts défectueux l’ont relégué au rang de « solution alternative », comme le courant du même nom. L’Alabama, le Mississippi, l’Oklahoma, la Floride, la Caroline du Sud persistent à la proposer en option à l’intéressé. Continuer la lecture →

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Honoré Champion, concentré d’érudition

Il y a deux ans que le libraire et éditeur Honoré Champion passait ses cent cinquante ans. Et c’est seulement cette année que la marque a publié sa remarquable histoire, principalement sous la plume de Jean Pruvost. Publicateur et distributeur d’ouvrages exclusivement savants, la maison porte le nom de son fondateur Honoré Champion (1846-1913), ancien combattant de la guerre de 1870 et autodidacte. Ce dernier point étant à souligner ici, où chaque auteur croule sous les diplômes, les titres et les exploits culturels variés. Des ouvrages tellement pointus qu’aucun chercheur ne vient ici pour gagner de l’argent mais plutôt pour la reconnaissance d’un travail abattu. Au point nous raconte-t-on, qu’un braqueur ayant cru flairer la bonne affaire, après avoir attaché la comptable sur une chaise, dut repartir bredouille. Cela se passait dans les années quatre-vingts sur les bords de Seine. Depuis l’adresse a changé. Elle est au 3 rue Corneille, face à l’Odéon, occupant les anciens locaux des éditions de la Table Ronde. Dans un de ces vieux immeubles parisiens saturés de charme  où la rationalité de l’espace n’a pas cours. Continuer la lecture →

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La résistance de Dimitri Chostakovitch

Un incident qui dit tout. Lorsque Dimitri Chostakovitch brosse avec humour les travers d’une bureaucratie totalitaire avec son opéra « Le nez », la blague ne plaît pas à tout le monde. Lénine est mort depuis longtemps. Mais Staline a pris le relais et la rigolade n’est pas au programme. Nous sommes en 1930 et l’association des musiciens russes prolétaires s’empresse de donner son avis. Elle ne finasse pas et qualifie l’œuvre « d’infantile et gauchiste ». Avec le recul, cette dernière épithète ne manque pas d’épices. Les termes en tout cas valent une sentence: interdiction de représentation. Rediffusé sur Arte, le bon documentaire de Philippe Picard et Jérôme Lambert, nous raconte comment un musicien génial dut louvoyer dans un monde dystopique afin de survivre et de protéger sa famille. Intitulé « Symphonie en rouge », le film majoritairement noir et blanc, vaut à la fois pour cet aspect politique et aussi pour la redécouverte d’un homme accompagné de son répertoire de quinze symphonies, six opéras, six concertos, trois ballets, environ vingt pièces de musique de chambre et une cinquantaine de partitions pour le théâtre. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) débuta aussi en salles de cinéma comme accompagnateur musical. Il jouait la nuit avant de se rendre « épuisé », dès le matin au conservatoire. Continuer la lecture →

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Le temps d’un laps

C’est bien là toute la magie de la relativité. Si on laisse un café instantané refroidir, le moment supposé être bref s’étire hors des lois humaines. Mais le chaud breuvage reste campé dans l’instant. Admettons que la personne qui s’en est préparé une tasse meurt subitement par esprit d’imitation: le contenu, lui, ne bronche pas, il agonise lentement. La chimie aidant, le liquide connaîtra diverses transformations jusqu’à s’assécher. Paradoxalement, cette sorte de flash qui fait l’instant de base, aura quand même duré un bail, nous entraînant dans toutes sortes de réflexions palpitantes. D’abord parce que nous apprîmes au hasard d’une minute de désœuvrement estival, que c’est l’écrivain Alphonse Allais (1854-1905), qui fut le premier à concevoir le café instantané. Lui-même étant étudiant en pharmacie et fils de pharmacien, il déposa avec un…pharmacien qui n’était pas son père, un brevet d’invention le 7 mars 1881. Au passage, c’était l’année de la promulgation d’une fameuse loi toujours en vigueur réglementant la presse, ce qui n’était pas sans rapport puisque Allais était également journaliste, dans la catégorie plume féroce (et drôle). En tout cas son brevet de caoua en pochette-surprise est toujours visible, on peut même en acheter une copie grand format à France Archives, afin de mettre quelque chose d’instructif et d’original au-dessus du canapé du salon. Continuer la lecture →

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Colette, l’invitée inattendue des Pink Floyd

Dix ans avant son décès, Colette avait encore un bon coup de plume. Ainsi que l’atteste la nouvelle intitulée « Gigi » et qui fut publiée en 1944. On s’y régale de page en page d’une abondance de dialogues garnis de perles fines, entre une grand-mère et sa petite fille de bientôt 16 ans. Elles s’interpellent sans cesse, leur tendresse mutuelle se dissimulant sous des piques pour la première et des questions faussement ingénues pour la seconde. Normal que deux réalisateurs en aient fait des films, dont Vincente Minnelli en 1958. Avec des « punchlines » pareilles, un producteur ne pouvait que se laisser séduire. Ce qui est drôle, c’est de réaliser, en réécoutant l’album « Ummagumma » du groupe Pinkfloyd, sorti au mois d’octobre 1969, que l’affiche du film « Gigi » de Minnelli, figure en aplomb du guitariste David Gilmour. Ce dernier est assis sur une chaise avec un regard planant seyant parfaitement à l’époque. Mais l’affiche, c’était par hasard. Selon un consensus, il n’y avait pas là un message caché, mais plutôt une intrigue purement gratuite réservée aux amateurs d’intrigues, soit un ajout effectué dans le  feu de l’action par le concepteur de la pochette Storm Thorgerson. Il n’empêche que dans le détail de l’addition, figurait Colette. Deux mondes improbables se télescopaient. Continuer la lecture →

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Le genre artiste chez Bourdelle

En installant le peintre Foujita sur l’affiche de sa nouvelle exposition et même en le fixant à califourchon sur le titre, le musée Bourdelle laisse un peu entendre que le peintre japonais (1886-1968) serait au centre de la scénographie. Il n’en est rien. Il est là en porte-drapeau d’un événement s’intéressant à la façon dont les artistes choisissaient de paraître, à l’atelier comme à la ville. Néanmoins Foujita est un bon emblème du genre artiste, avec sa coupe au bol, ses lunettes rondes et différentes petites choses vestimentaires faisant que nul ne l’aurait confondu avec un fonctionnaire des impôts. Sur le parcours, parmi ses pairs, il a son stand. Et, pour l’occasion, il a même été retrouvé la machine à coudre avec laquelle il s’habillait à sa guise. On la voit. S’il n’y avait le rempart de la vitrine, on la toucherait. Le fin du fin étant sa ceinture fabriquée avec un centimètre dévoyé que l’on peut distinguer ci-contre. Foujita ne se contentait pas d’être un artiste. Il exprimait son statut par ses oripeaux et c’est finalement tout le propos de cette histoire courant jusqu’au 24 janvier. Fallait-il porter les habits du moine ou non, tel Antoine Bourdelle, la réponse n’était pas la même selon que l’on était à l’époque de Gauguin ou de Dali. Continuer la lecture →

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Presse enfantine et âge limite

Le 26 septembre 1946 paraissait le numéro 1 du « Journal de Tintin ». Cette revue « des jeunes de 7 à 77 ans » en aurait aujourd’hui 80. Dans le désert caractérisant les publications à la fin de la seconde guerre mondiale, sa création est une aventure. André Sinave, fondateur des improbables éditions Yes fait, en 1945, le projet d’un hebdomadaire modernisant l’ancien « Petit Vingtième » où, jusqu’en mai 1940 paraissaient les aventures de Tintin. Il s’en ouvre à deux collègues, Albert Debaty et Raymond Leblanc. Lesquels sont dubitatifs, au regard des problèmes à résoudre. Le premier, en cette période de restrictions, était de trouver du papier. Sinave, en prison au fort de Huy pour faits de résistance y a rencontré un certain Raoul Tack, détenu pour le même motif. C’est lui qui va débloquer le papier nécessaire. Il faut également un financement. Proche des milieux du cinéma renaissant, Georges Lallemand y pourvoit. Mais pour avoir Tintin, il faut joindre Georges Rémi, dit Hergé. À ce moment-là, Hergé se trouve dans la difficulté.
Depuis 1928, il dirigeait le « Petit Vingtième », supplément d’un quotidien d’obédience catholique, le « Vingtième Siècl »e. Son rédacteur en chef, l’abbé Wallez lui a commandé des récits politiquement marqués; Tintin rencontre donc, tour à tour, la dictature stalinienne « Au pays des soviets » (1930) la brutalité du capitalisme, « En Amérique » (1932), vante les mérites du colonialisme belge « Au Congo » (1931). Continuer la lecture →

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Spem in alium, une sono pour le paradis

Entre le moment où votre âme se détache de son enveloppe terrestre, que votre conscience réalise qu’elle est au seuil du fameux tunnel avec un éclairage virant progressivement au blanc pur, puis pour finir, vous retrouver au point d’accueil du paradis symbolisé par un blason fleuri, il se passe environ neuf minutes. On ne le sait pas grâce aux gens qui ont fait l’aller par erreur avec un ébahissement remarquable plissant leur visage au retour, mais grâce à un musicien britannique connu sous le nom de Thomas Tallis, décédé pour de bon en 1585. Il aura ainsi pu vérifier si le temps de parcours correspondait à son « Spem in alium » considéré comme un sommet indépassable de la polyphonie. Suivant la forme du chef d’orchestre, il dure de neuf à dix minutes et, selon notre intuition, il aurait été commandé de nuit par Saint-Pierre car l’apôtre en chef  était alors soucieux de calmer les âmes en chemin, sur la voie de l’obscurité et jusqu’à la lumière éternelle. Il sera possible d’écouter cette merveille cristalline, le 18 octobre à Birmingham, la France étant trop occupée à débattre sur la période. Selon les places, les prix s’étagent entre 22 et quarante-huit livres sans compter le voyage, mais au su de ce que vous nous apprenons aujourd’hui en exclusivité, c’est presque bon marché. Continuer la lecture →

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Les roses d’Apollinaire s’ouvrent rue Visconti

Un « sésame » peut se révéler nécessaire si l’on veut profiter pleinement de l’attrayante exposition de la galerie Boquet, rue Visconti au cœur de Saint-Germain-des-Près. Un  bouquet de fleurs (photo) dessiné par Apollinaire lors de sa convalescence au Val-de-Grâce, après sa trépanation en 1916, pourrait tromper le visiteur pressé (et peu féru en botanique). « Les Roses d’Apollinaire », titre de l’exposition, fait référence au « Manifeste de l’Antitradition futuriste » dont un original est présenté sous vitrine. Alors influencé par le futuriste Marinetti, Apollinaire y distribuait ses blâmes et ses bons points: un retentissant « Mer…de… » aux vieilles barbes et gloires déchues, tandis qu’une « Rose » était décernée aux artistes et littérateurs considérés comme les plus représentatifs de l’avant-garde. Dans les deux camps, la liste est assez disparate, c’est le moins qu’on puisse dire. Au moins témoigne-t-elle de l’extraordinaire effervescence créatrice de ce début du XXe siècle. Continuer la lecture →

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