Cent une bibliofilles

les cent une photo: Gerard goutierreCe ne sont certainement pas elles qui vont entrer dans le débat et tempêter pour imposer «écrivaine», «auteure» ou «autrice» quand on désigne une femme de lettres. Pour elles, l’important n’est pas là. En matière de littérature, l’important est que le texte proposé soit d’une belle écriture, que le contenu soit de qualité. Il faut aussi que l’ouvrage soit d’une typographie soignée et qu’il soit agrémenté d’illustrations originales de grands artistes. Bref, le livre doit pouvoir être considéré en lui-même comme une œuvre d’art.
“Elles“, ce sont les membres d’une association française exclusivement féminine qui fêtera son centième anniversaire dans quelques années : « Les Cent Une », société de femmes bibliophiles qui, pour la première fois, a eu l’honneur d’être invitée au Grand Palais, à Paris, à l’occasion du Salon du livre rare. Continuer la lecture

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Euphories baroques

Comment le violoniste, claveciniste, organiste et compositeur hambourgeois George Frideric Handel s’est-il donc retrouvé en Angleterre, où il deviendra l’auteur de l’immortel «Messiah» ? C’est lors de son voyage initiatique italien, entre 1706 et 1710, qu’il va l’apprendre : l’île anglaise est devenue un désert musical depuis la mort prématurée de Henry Purcell. Pas de successeurs en vue, et on ne jure que par les chanteurs ou les chefs recrutés à Rome, Naples ou Florence, comme le lui aurait appris à Venise His Excellency le duc de Manchester, ce diplomate à la recherche de divas et divos locaux pour l’Opéra de Londres.
L’idée fera son chemin dans la tête de Handel, car fin 1710, à 25 ans et tout juste désigné à la Chapelle de la Cour de Hanovre, il n’hésite pas à donner son «congé provisoire» et s’embarque depuis Amsterdam pour cette terra quasi incognita pour un continental. Il devient vite la coqueluche des salons, et le directeur du théâtre de Haymarket lui commande un opéra. Il écrit donc son premier opéra en quinze jours, «Rinaldo», en italien of course. Deux ans plus tard, après un nouveau «congé provisoire» de Hanovre, le voilà de retour. Continuer la lecture

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L’orange mortifère

image extraite de l'agent orange la dernière bataille. Photo: PHB/LSDPLa forme étrangement ovoïde du visage de cet enfant est une aberration qui n’avait pas lieu d’être. Comme d’autres, cette fillette vietnamienne a été victime des lointains épandages de l’agent orange par l’armée américaine sur le sol vietnamien, au titre d’une guerre finalement perdue. Mais cet herbicide continue de faire des ravages. Parce qu’il fallait en produire vite, et conséquemment faute de raffinement adéquat, il contenait trop de dioxine, une molécule diabolique dont la demi-vie atteindrait deux milliards d’années. Comme l’indiquent des personnages interrogés lors d’une enquête réalisée conjointement par Alan Adelson et Kate Taverna, l’agent orange est sans doute « la substance la plus toxique de toute l’histoire des guerres ». Ce produit maudit fait l’objet d’un documentaire édifiant qui sera diffusé par Arte ce soir, à 22h20. Continuer la lecture

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Le vitrail contemporain illumine Fontevraud

L’Abbaye Royale de Fontevraud, située dans le Maine et Loire, inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco, est sans aucun doute l’une des plus grandes et des plus belles cités monastiques d’Europe héritées du Moyen Âge, tant par les merveilles architecturales qu’elle recèle que par la splendeur de son site (1). Depuis quelques années, l’art contemporain s’y invite, tout aussi bien de façon temporaire que pérenne. Ainsi l’espace du noviciat accueille-t-il actuellement, et ce jusqu’au 1er novembre, une exposition digne du plus grand intérêt sur les vitraux d’artistes contemporains, avec notamment quelques très belles pièces à contempler. Continuer la lecture

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La montée impériale

Le  plafond du ciel apparaît ici de telle façon que l’on pourrait croire une vue sous-marine. Mais c’est le sommet de la Rhune coiffé de quelques nuées. Moitié espagnol, moitié français, le sommet toise Saint-Jean-de-Luz avec au sud l’Espagne et jusqu’à loin, très loin, la côte landaise. À 905 mètres d’altitude, la promenade est rude, sauf si l’on a pris le funiculaire. Une facilité qui n’existait pas le 30 septembre 1859 lorsque l’impératrice Eugénie décidait avec sa suite de donner l’assaut. Continuer la lecture

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Variations en rouge

« Du rouge au vert tout le jaune se meurt », écrivait Apollinaire qui s’y connaissait en couleurs. Hier dans l’après-midi, les médias faisaient état à l’avance d’une surenchère de rouge concernant la cartographie parisienne, touchée par un virus décidément en grande forme. Visiblement et d’après les gazettes, les autorités qui nous gouvernent se penchaient au cours d’un conseil de défense sur un nuancier à même de caractériser l’aggravation de la situation. « Super-rouge » et « écarlate » semblaient tenir la corde alors même qu’il existe autour de cette couleur primaire, une foultitude de possibilités comme la cerise, le pourpre, le bordeaux, le coquelicot, la tomate, le rubicond et bien d’autres encore. Le rouge disait Wassily Kandinsky, « peut déclencher, puisque la flamme est rouge, une vibration intérieure semblable à celle de la flamme ». Et d’ajouter que sa ressemblance d’avec le sang pouvait occasionner une sensation « pénible ». Voilà que nous y sommes. Continuer la lecture

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Man Ray fashion photographer

Lorsque Lee Miller débarque à Paris en 1929, elle convainc l’artiste et photographe Man Ray de la prendre comme assistante. Vu sa saisissante beauté, on peut comprendre que son compatriote ne s’est pas non plus privé de la prendre comme modèle. La rencontre intervient alors dans une ville qui pouvait se targuer du titre de capitale mondiale des arts. Une cité qui concentrait en son sein un nombre incroyable d’artistes et d’écrivains dans la période aussi féconde que l’entre-deux guerres. Au moins Paris a conservé ses musées. Et celui du Luxembourg nous donne justement à voir à partir d’aujourd’hui, une exposition sur Man Ray et la mode, laquelle devait débuter au printemps. Pousser les portes de l’exposition revient donc à emprunter du regard un peu de cette fête achevée il y a si longtemps. Continuer la lecture

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Valises sous les yeux

Au mois d’août 1946, probablement le 19, Madame Cadot, « dans un accès de démence », a tenté d’étrangler son dernier né avant d’absorber le contenu d’un flacon de « sublimé ». Elle était mère de trois enfants et habitait Saintive dans l’Oise. Il y avait d’autres informations plus importantes dans cette édition de l’Aube, quotidien chrétien-démocrate dont la parution a cessé en 1951. Mais en fait ce qui compte c’est que ce journal tapissait le fond d’une valise abandonnée cet été sur un trottoir parisien. Une vieille valise en carton dur, évidemment dépourvue de roulettes, que des renforts métalliques ont protégé d’une usure prématurée. Une petite valise qui ne pouvait contenir que quelques effets. Certains hommes baptisaient ce genre de format « baise-en-ville » avec un regard entendu. Elle est restée sans étiquette, comme sur les bancs de la Chambre, pas moyen de savoir à qui elle appartenait. Continuer la lecture

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Sur de bons rails

Dans la vraie vie il s’appelait Hunter S. Thomson mais dans le livre son patronyme est Walker. Dans la vraie vie elle s’appelle Cheryl Della Pietra, mais dans le livre qu’elle a consacré à l’écrivain américain, elle a choisi de se prénommer Alley. Alors fraîchement sortie de ses études et après un boulot de barmaid, elle s’est trouvé un job consistant à assister le concepteur du gonzo-journalisme, jour et nuit. « Gonzo girl » raconte avec brio comment, à partir de deux heures du matin, elle obligeait Thomson à pondre deux pages qu’elle réécrivait en douce avant de les faxer à l’éditeur. C’est sans aucun doute un « must have » de la rentrée littéraire. Tellement ce bain d’anti-conformisme, de monde déjanté, d’univers irrévérencieux, de comportement dérangeant, d’ambiance malsaine, débouchent paradoxalement sur une lecture ô combien plaisante à dévorer. Continuer la lecture

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Je t’appelais d’une cabine

Il n’y avait pas qu’Apollinaire pour comprendre la révolution téléphonique à venir. Dans son poème « Les Fenêtres », lequel ouvrait en 1913 le catalogue de l’exposition de Robert Delaunay à Berlin, il disait qu’il y avait « un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile » et que ledit poème serait expédié par « message téléphonique ». De nos jours il s’en envoie de par le monde quelque 300 milliards au quotidien soustraction faite des indésirables. Une somme incroyable. Mais non il n’y avait pas qu’Apollinaire pour anticiper cette folle évolution. Seulement 13 ans après l’invention du téléphone par Alexander Graham Bell en 1876, Jules Verne (1828-1905) et son fils Michel (1861-1925) publiaient un recueil de nouvelles intitulé « Hier et demain ». L’ouvrage comprenait « La journée d’un journaliste américain en 2889 ». Continuer la lecture

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