Dimanche 29 mars, Arte rediffusait en version restaurée le film de Jean-Pierre Melville «Le deuxième souffle», suivi d’un documentaire intitulé «Melville, le dernier samouraï», tourné en 2019 par Cyril Leuthy.
Adapté d’un récit de José Giovanni, ex vrai truand sorti de prison, le film, tourné en 1966, inaugure la série des grands Melville, « Le samouraï », « L’armée des ombres », et « Le cercle rouge ».
Un avertissement a beau nous préciser qu’il s’agit d’une pure œuvre de fiction, l’histoire de Gustave Minda, dit Gu, s’évadant de prison et replongeant dans le crime mais resté, avant tout, « un bandit d’honneur », s’inspire, paraît-il, de vrais personnages.
Le cinéaste, on s’en souvient, a choisi le très populaire Lino Ventura pour interpréter Gu, et Paul Meurisse le commissaire Blot, les métamorphosant, comme à son habitude avec ses acteurs, en les pliant à une rigoureuse sobriété. Continuer la lecture
Archives
Catégories
- Anecdotique
- Apollinaire
- Architecture
- BD
- Cinéma
- Danse
- Découverte
- Documentaire
- Enchères
- Essai
- Exposition
- Gourmandises
- Histoire
- Humeur
- Jardins
- Livres
- Mode
- Musée
- Musique
- Non classé
- Nouvelle
- Peinture
- Philosophie
- Photo
- Poésie
- Politique
- Portrait
- Presse
- Publicité
- Radio
- récit
- Sciences
- Société
- Spectacle
- Style
- Surprises urbaines
- Télévision
- Théâtre
C’est l’occupation idéale des heures d’attente, de périodes de transit, des situations de repli ou d’isolement, comme, au hasard, un confinement sanitaire généralement non anticipé. Ses adeptes se recrutent par millions, mais il est rare qu’ils s’en vantent ni même qu’ils en fassent état. Ils ne tirent ni gloire ni honte de ce plaisir solitaire. On les appelle cruciverbistes, mot savant spécialement forgé pour eux par les linguistes vers les années 1950. L’objet de leur passion n’est pas aussi ancien qu’on pourrait l’imaginer, puisque la première grille de mots croisés n’est apparue en France qu’en 1924.
Comme l’écrivait Lise Bloch-Morhange avant la brève pause des Soirées de Paris, le confinement, c’est le moment ou jamais de dénicher dans sa bibliothèque ou dans sa dvdthèque ou dans sa discothèque, un livre, un film ou une musique oubliés, voire jamais lus, vus ou entendus. « Les mains du miracle » de Joseph Kessel attendaient donc sagement d’être découvertes dans mes rayons. Et à l’heure où il est beaucoup question de héros ordinaires, en voici un, Felix Kersten, tout à fait authentique, qui mérite infiniment mieux que de prendre la poussière sur une étagère.
Un jeune homme vient rendre visite à sa grand-mère en vélo. Comme elle a quatre-vingt ans, elle a renoncé aux joies du pédalier. Mais elle aime bien « tournicoter » autour de la bicyclette de son petit-fils et jusqu’à vérifier que les pneus sont correctement gonflés. Quand elle était à l’école, elle avait même emporté une compétition réservée aux filles. À cet instant on se demande bien où va nous emmener Dzvinka Matiyash, l’auteur de « Histoires sur les roses, la pluie et le sel » qui vient de paraître. Ce n’est pas un roman, même pas un recueil de nouvelles, mais un assemblage de textes miniatures dont le substrat se situe bien loin de notre époque vaniteuse.
Le 6 février 1918, Guillaume Apollinaire s’ennuie au point de se résoudre à dessiner ce qu’il voit de sa fenêtre. Il est alité depuis un mois dans dans une annexe de l’hôpital du Val de Grâce située au 57 boulevard de Montmorency à Paris. Il y a été transporté d’urgence au début du mois de janvier pour cause de congestion pulmonaire. Ce 6 février il dessine le Mont-Valérien qui se dresse à l’horizon de sa laborieuse convalescence. Depuis, la vue s’est bouchée par une barre d’immeubles, lesquels ont poussé dans les années soixante tout au long de la voie de chemin de fer qui borde le boulevard. Le dessin (détail ci-dessus) n’a d’évidence aucune prétention artistique. Signé et daté, il s’est pourtant envolé chez Sotheby’s bien au-delà de son estimation, en octobre 2014.
Soit 235 pages au long desquelles on se demande quelle mouche a donc piqué Jean Echenoz qui, s’il pratique depuis toujours le second degré, semble depuis son dernier roman, « Envoyée spéciale », s’attacher à créer des personnages grotesques empêtrés dans des scènes absurdes, le tout commenté par un narrateur joyeusement désinvolte qui n’hésite jamais à prendre parti, ni à interpeller le lecteur.
Tout juste commandé avant les conseils consistant à ne pas trop solliciter la vente par correspondance, ce disque est néanmoins arrivé à bon port dans un bureau de tabac jouant les relais de poste. Merci au postillon s’il l’a livré en voiture hippomobile. On parle beaucoup de postillons maléfiques en ce moment, à en oublier ceux que l’on dénommait ainsi pour leur métier de conducteur. Ils se servaient même d’un cor afin de prévenir les relais de leur arrivée imminente.
Cinémas, théâtres, librairies, musées, galeries, hôtels des ventes, courses hippiques… le baisser de rideau est général, sauf les éditeurs de journaux qui ne parlent plus que de la chose maudite (ci-contre) et de ses conséquences planétaires. Un vent mauvais souffle sur l’Europe. Les libertés sont sous cloche. Le robinet culturel est cadenassé. Confinée, l’inspiration moisit. Sauf à produire ce qu’il est convenu d’appeler du jus de crâne, à prendre le risque de lasser nos lecteurs avec de la matière défraîchie, de la dissertation sèche, il est devenu réaliste de suspendre pour un temps la parution des Soirées de Paris. En attente d’un retour à meilleure fortune dont l’échéance, à cette heure, est pour le moins floue.
Le ghetto vénitien se trouve pratiquement juste à gauche en sortant de la gare Santa-Lucia. Et il est facile à trouver. C’est une information que comprendront avec un soulagement anticipé tous ceux qui se sont déjà égarés dans le dédale des ponts et des rues en courbes de Venise. Il faut partir sur la gauche de la gare donc, ignorer le pont qui enjambe le grand canal sur la droite et suivre la foule des touristes qui veut rejoindre la Place San-Marco par l’itinéraire bis qu’est la traversée du quartier Cannareggio. Toujours dans l’axe du flux touristique, on franchit un petit pont, on tourne à gauche sur le quai baptisé Fondamenta Cannareggio et l’entrée du ghetto est à deux pas, à 10 minutes de la gare, sans se presser. Suivez le guide de ce (long) reportage réécrit, raccourci et réalisé en 2006, publié de prime abord en 2008 dans Tribune juive.
Oui parce que la réclusion ça va cinq, mettons dix minutes, mais pas quinze jours. Après on met les avant-bras en-dessous du menton et on laisse s’échapper un soupir en direction des nuages qui stationnent bien haut. L’éloquence est une caractéristique assez remarquable du soupir. Au choix il peut exprimer l’ennui, la lassitude, l’exaspération, le désir et l’amour. Jusqu’au dernier des derniers qui est une sorte de bouquet de vie s’échappant des poumons en vue de gagner la béatitude éternelle. C’est aussi un élément très raffiné de solfège (ci-contre) qui s’insère dans une grille pour notifier à un interprète toutes les subtilités du silence attaché à la ronde, la blanche, la noire ou encore le demi-silence de la croche, l’un des plus raffinés. Et sans parler du huitième du nom, voué à la triple croche, suivi du seizième qui ne fréquente que la quadruple.