Il se passe toujours quelque chose au jardin, surtout quand il s’agit d’un jardin botanique, et surtout quand il s’agit du Jardin botanique des Serres d’Auteuil, l’un des quatre jardins botaniques de la Ville de Paris, et l’un des plus beaux sinon le plus beau. Enfin il était encore plus beau avant que ces messieurs-dames de la Fédération nationale de tennis et de la mairie de Paris ne conjuguent leurs efforts pour l’amputer et le bétonner d’un bon hectare, malgré la bataille homérique des défenseurs du jardin qui a duré près de dix ans. Rappelez-vous, ce n’est pas vieux, cela remonte à 2018. Ironiquement, pour les visiteurs, le seul avantage de la nouvelle situation est l’entrée supplémentaire boulevard d’Auteuil qui s’ajoute aux trois autres, parce qu’elle sert aux spectateurs du tournoi du grand chelem, naturellement. Et qui est naturellement condamnée aux visiteurs lors du tournoi ainsi qu’une bonne partie du jardin pendant près de deux mois, on ne sait d’ailleurs pas pourquoi aussi longtemps alors que le tournoi ne dure que trois semaines. Continuer la lecture
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“Nous y voilà !” Amer constat d’une planète en décrépitude, d’une nature bafouée par l’homme. Avec “Nous y voilà !”, la cause environnementale s’invite de façon pour le moins inédite, en textes et en musique, sur la scène de la Comédie des Champs-Élysées. Tout à la fois chant d’amour et cri d’alarme, ce plaidoyer poétique et musical, porté par trois merveilleux artistes et de multiples voix, empruntées aux Indiens d’Amérique comme à nos plus grands poètes, nous engage à reconsidérer notre rapport à la nature. Puissant et magnifique !
Car c’est par la voix de Livane, comédienne et chanteuse, que le Théâtre de Dix-Heures nous donne rendez-vous avec le poète et chanteur disparu en 1981. Pour ce faire, elle a choisi d’emprunter à sa façon l’âme et la personnalité de Joha Heiman (1911-1999), la petite amie de Brassens durant une trentaine d’années. L’originalité du propos fonctionne complètement au point que, talent de la comédienne aidant, cela devient troublant. Nous marchons sans effort dans cette combine inattendue qui alterne prises de parole et interprétation des grands succès du chansonnier. Pas n’importe lesquels cependant, car tout est lié. D’autant que par-dessus le marché, l’interprète s’appelle Livane Revel. Son patronyme n’est pas sans évoquer la ville de naissance de Joha, en Estonie. Bizarre, non? Toujours est-il que lorsqu’elle interprète « À l’ombre des maris », cette chanson où il recommandé de ne « pas jeter la pierre à la femme adultère », il est impossible de ne pas penser à cette Joha qui était encore mariée au moment de commencer une liaison avec celui qui savait aussi, le cas échéant, louer son cambrioleur d’occasion.
Lorsqu’il revient de Tanger en juin 1914, Charles Camoin effectue ce que tout bon artiste se doit de faire, à tort ou a raison, il déchire ses œuvres qui ne lui conviennent plus. Sur la photographie ci-contre, on discerne les quatre déchirures fatales d’un autoportrait. Quatre-vingts réalisations, pas moins, feront l’objet de sa rage destructrice. Apollinaire mentionnera ce fait dans un article de Paris-Journal. L’information arrive cependant aux oreilles d’un chiffonnier malin qui fouille les poubelles de l’artiste. Il fait ressouder les coupures aux Puces de Saint-Ouen et elles zigzagueront ainsi de mains en mains, jusqu’à celles (entre autres) de l’écrivain Francis Carco (1886-1958) qui tente de les vendre à Drouot. Charles Camoin (1879-1965) va porter l’affaire devant la justice, laquelle consacrera le droit inaliénable du peintre à disposer de ses œuvres et fera jurisprudence. Certaines brûleront à sa demande dans un four du Grand Palais mais d’autres seront finalement reconnues par lui-même comme récupérables. Le Musée de Montmartre présente actuellement trois rescapées, dans le cadre d’une exposition sur celui qui en fut l’un des occupants. Cela faisait quarante ans qu’il n’avait pas été exposé à Paris.
L’ibis « ne veut fréquenter que les bonnes gens, mais plutôt les pécheurs désespérés, disposés à commettre tout délit ». Cette chute à la moralité désuète figure dans le « Bestiaire Moral dit de Gubbio », intitulé ainsi parce que le recueil a été retrouvé dans une ville italienne du même nom, près de Pérouse. Fascinant bestiaire, empruntant à la littérature médiévale et qui vient de reparaître aux éditions Honoré Champion. Son auteur, Sylvain Trousselard, préfacier et traducteur nous explique qu’il s’agit d’un « hapax », c’est-à-dire « le seul bestiaire rimé de l’ensemble de la production littéraire italienne des 13e et 14e siècles ». Garni de sa préface, cet ouvrage est pour le moins savant et nous emmène bien loin de notre ère, des catastrophes que notre siècle se complaît à enchaîner. Les soixante-quatre sonnets de l’époque se voulaient porteurs d’une morale. Bien qu’il ne soit pas aisé, en l’occurrence, de trouver une application dans la vie de tous les jours. Quand il est dit par exemple que « l’homme est bien cet éléphant très puissant », que « l’arbre est le monde, et enfin l’ennemi est celui qui ainsi l’a abusé ». Peut-être que certains soucis ont finalement vécu.
Le musée de la Libération de Paris vient d’ouvrir un questionnement subtil sur le sexe des photographes. Le travail des photo-reporters présents sur les zones de conflit serait en effet différent selon les genres. Les femmes apporteraient en effet quelque chose de singulier, ce que tente de démontrer une exposition qui vient de débuter, en affichant les œuvres réalisées sur le vif par huit femmes-photographes reconnues. La scénographie nous présente d’emblée Gerda Taro (1910-1937) de son vrai nom Gerta Pohorylle, saisie en l’occurrence (ci-contre) par l’objectif de Guillermo Fernández Zúñiga. Elle couvre la guerre civile espagnole en compagnie de Robert Capa avant d’être abattue en pleine action en 1937, près de Madrid. Son travail remarquable ne laisse guère percevoir un prisme particulièrement féminin mais, au contraire, tendrait plutôt à souligner que la prise de vue est asexuée.
La séquence était plus que symbolique. Mercredi 2 mars dernier, journaux nationaux et télévisions françaises ont relayé les mêmes images : la tête de Poutine dévissée de son buste, puis le corps et la tête placés dans une armoire fermée à clef. Cela se passait au musée Grévin et déboulonner une de ses statues de cire doit être une première pour le musée. Pour celles et ceux qui suivent l’actualité artistique, cette séquence est apparue comme un point d’orgue à l’étonnante campagne menée promptement par le milieu culturel dans le monde entier depuis le début de l’agression de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier. Dans le domaine musical et lyrique, pas un jour ne passe sans que des artistes soient sommés de prendre position, et la liste des bannis ne cesse de s’allonger.
En 1975, alors que le Salon des Arts Ménagers bat son plein sous le toit du Grand Palais, 300 militantes du MLF investissent les lieux afin de signifier que l’attirail moderne des cuisines ne fait que confirmer l’asservissement de la femme à la maison. Et pour bien marquer le coup, elles parodient l’affiche du salon de 1930 qui présentait une fée du logis transformée en une bobonne mécanisée. Cette affiche, « La ménagère apprivoisée », assez remarquable par son rendu surréaliste (ci-contre) a été sortie des Archives Nationales afin de figurer dans une exposition qui vient de débuter à Pierrefitte-sur-Seine, et de retracer les arts ménagers qui ont donc fait salon de 1923 à 1983, sous l’égide de Jules-Louis Breton. Elle permet de mieux estimer le chemin parcouru dans ce domaine allant du robot-mixer au ramasse-miettes, du matelas chauffant à la desserte automatique. Hautement distrayante, riche en informations, elle nous apprend par exemple que la première photographie publiée par le journal Le Monde, en 1949, était justement une image du salon.
Hortense de Beauharnais pour son fils Louis-Napoléon, Charles de Gaulle ou encore François Mitterrand pour eux-mêmes, avaient trouvé la bonne martingale permettant de rafler la mise. En France, l’élection présidentielle détermine la personne qui occupera la fonction de Président de la République pendant les cinq années suivantes. Depuis le référendum du 28 octobre 1962, le collège initial des grands électeurs a été remplacé par un vote au suffrage universel direct à deux tours, le second opposant les deux candidats arrivés en tête à l’étape initiale. D’où ce principe non écrit : au premier tour on choisit, au deuxième, on élimine.
Le détail de cette toile de 1917 s’inscrit encore, plus de cent ans plus tard, dans l’actualité qui nous occupe. Les craintes liées aux gaz mortels sont progressivement venues s’enrichir du péril atomique, mais l’idée du masque, guerre ou épidémie, reste la même. De surcroît cette œuvre actuellement exposée au palais du Luxembourg, juste à l’entrée du parcours scénographique est signée Marie Vorobieff (1892-1984), dite Marevna, une polonaise d’adoption qui découvrit le fauvisme durant ses études à Moscou. Le catalogue nous explique qu’elle fraya avec le cubisme puis avec les arts décoratifs dans les années vingt en concevant des écharpes et des cravates ceints de motifs russes. Dans ce dernier cas, la démarche était alimentaire puisqu’il s’agissait pour elle de subvenir aux besoins de sa fille née d’une liaison avec l’artiste Diego Rivera. Sa toile est l’une des images qui frapperont d’emblée les visiteurs des « Pionnières des années folles ».