Quel lyricomane ne se précipiterait-il pas sur le dernier CD d’Anna Netrebko, toujours star mondiale des sopranos ? Elle qui s’est permis de célébrer ses cinquante ans en septembre dernier à Moscou par un super gala, quand toutes les autres divas auraient soigneusement tenu cet anniversaire secret. Tel est le personnage, tout chez elle est un événement, ses apparitions sur scène comme les actualités qu’elle distille sur son site internet, sur lequel elle affiche tenues extravagantes et recettes de cuisine. Et voilà qu’en janvier dernier, aux dernières nouvelles, elle annonçait sur Instagram qu’excédée par les conditions de travail dues au coronavirus depuis deux ans, elle avait décidé de s’octroyer un congé sabbatique. La sphère lyrique tout entière en frémit… mais il faut dire que la vie de ces divas et divos ressemble à celles des grands athlètes, en plus dure même.
Anna a encore défié le monde lyrique en novembre dernier en Lady Macbeth de Verdi inaugurant la saison de la Scala en virevoltant longuement sur scène tout en faisant tournoyer ses longs voiles et admirer ses fort belles jambes (à voir sur Arte Concert jusqu’au 6.6.2022). Malheureusement, sa performance, le soir de la générale retransmise dans le monde entier, n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Car même la Netrebko peut ne pas être en forme, ce qui est rare, mais demeure la dure loi de l’opéra. Continuer la lecture
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Esprit-Madeleine Poquelin (1665-1723) fut la seule enfant de Molière et d’Armande Béjart parvenue à l’âge adulte (1). De cette fille de Molière, nous ne savons pratiquement rien. Georges Forestier, dans sa biographie consacrée au comédien et dramaturge, indique qu’elle aurait passé son enfance dans une institution religieuse et qu’âgée de sept ans à la mort de son père, elle n’aurait quitté le couvent où elle avait grandi que “pour expier, par une vie chrétienne et austère, le métier “infâme” de ses parents dont elle ne voulait rien connaître.” Elle n’eut pas de descendance. Quel curieux destin que celui de la fille de Molière et quelle frustration de n’en rien savoir ! L’écrivain et critique littéraire italien Giovanni Macchia (1912-2001) décida, en 1975, de s’en emparer et de sortir ce personnage du silence qui l’entourait. À partir d’éléments extérieurs connus, il choisit d’en donner une libre interprétation, à travers la fiction d’une conversation avec des interlocuteurs imaginaires. La pensionnaire Danièle Lebrun est la merveilleuse interprète de ce monologue.
La ville andalouse de Grenade célébrera dans quelques mois le centième anniversaire d’une manifestation qui connut en son temps un très grand retentissement : le « Concurso de Cante Jondo» (concours de Chant profond). Destiné à réhabiliter les formes les plus nobles et les plus anciennes du chant flamenco, ce concours se déroula les 13 et 14 juin 1922 dans l’enceinte même de l’Alhambra. Il avait été initié par quelques grands noms de la vie culturelle et artistique de la péninsule, en particulier le compositeur Manuel de Falla, le peintre Ignacio Zuloaga et le poète Federico García Lorca. Tout juste âgé de 24 ans, ce dernier bénéficiait déjà d’une grande réputation dans le milieu littéraire. Né à une vingtaine de kilomètres de Grenade, il se passionnait pour les traditions et coutumes du peuple andalou, puisant aux sources populaires, et manifestant pour les paysans et les villageois un intérêt profond. Lorsque Manuel de Falla, âgé de 46 ans, lui fit part de son intention de réhabiliter le chant ancien, il ne pouvait que souscrire au projet.
Au terme de l’exposition des photos de Raymond Depardon sur l’Algérie, il est offert au visiteur un film inédit, tourné à l’Institut du Monde Arabe. Réalisé par Claudine Nougaret, ce court métrage présentant un entretien entre le photographe et l’écrivain Kamel Daoud (né en 1970 à Mostaganem) est un délice de simplicité et d’intelligence, combinaison fort rare par les temps qui courent. Les deux hommes ont, à eux deux, également réalisé un livre remarquable (ci-contre), copie étendue de l’exposition (mais sans le film), associant le point de vue d’un Français à celui d’un Algérien. Depardon est allé en Algérie en 1961, puis en 2019 avec cette idée en tête, sans compter un passage par la Suisse en face d’Évian, là où se sont signés les accords de 62. C’est pour le compte de l’agence Dalmas que le photographe s’est d’abord rendu très jeune à Alger, saisissant avec son objectif les soubresauts d’une atmosphère insurrectionnelle. Il y est retourné près de 60 ans plus tard, d’abord à Alger puis à Oran, afin de faire côtoyer des images et des textes. Les deux hommes se sont complétés et compris. Une osmose.
C’est une véritable révolution silencieuse qui se trame au sein même de l’honorable Musée d’Art et d’Histoire de Genève, un des plus grands musées suisses bâti en 1910 par l’architecte Marc Camoletti et qui rassemble des collections archéologiques, d’arts appliqués et des beaux arts d’une diversité fascinante. À la manœuvre, le jeune et nouveau directeur Marc-Olivier Wahler, donne carte blanche au Français Jean Hubert Martin pour poser un œil neuf sur les collections du musée. Dans le cadre de cette carte blanche le travail du commissaire d’exposition a consisté à présenter plus de 550 œuvres du musée dans des thématiques variées, avec une scénographie entièrement renouvelée et découpée en chapitres rappelant ainsi la lecture d’un livre.
On peut saisir l’occasion d’une exposition sur le cirque et les saltimbanques au Musée des Beaux-Arts de Rouen afin d’aller se rafraîchir les idées là où le lit de la Seine est bien plus vaste qu’à Paris. Qui plus est dans une ville où les musées sont gratuits. Et découvrir que Max Jacob, dont l’œuvre peint est mal connu, avait réalisé une adroite autant que subtile représentation du monde circassien. Il avait découvert cet univers aux environs de 1905 grâce à son ami Picasso. Fixes ou itinérants, les cirques étaient nombreux à Paris et Max Jacob fit même un texte d’inspiration poétique sur ce thème intitulé « Le cirque de Californie ». Cette gouache ci-dessus (détail), qui date de 1928, témoigne que Max était resté fidèle à cette chorégraphie si particulière, faite de clowns et d’acrobates. L’exposition nous montre aussi d’autres peintures, de Fernand Léger ou de Raoul Dufy, une vue du célèbre Cirque Medrano par Stanislas Lépine, une autre tout à fait remarquable du Cirque Impérial à Paris devenu jusqu’à nos jours le Cirque d’Hiver.
Une banale histoire peut prendre les apparences d’une fable, car souvent le réel revêt les oripeaux de la parabole pour mieux nous mystifier. Voilà une de ces grandes épopées dont les récits scandent les nuits de l’humanité telles le « Māhābhārata », celle du roi Gesar de Ling, « l’Iliade », « l’Énéide » ou encore celle de Soundiata portée par les griots mandingues du Mali. Il s’agit d’une somme de cent mille vers de onze syllabes, couvrant l’histoire de l’Iran, des origines de l’univers jusqu’au 7e siècle de l’ère chrétienne, juste avant l’arrivée de l’islam. C’est donc une fable bien ancienne, le récit romancé de l’écriture du « Shâhnâmeh » (Le Livre des Rois ou Le Roi des Livres) du poète persan du 10e siècle Ferdowsi. Lequel ouvrage peut non seulement charmer mais aussi mieux faire comprendre la profondeur historique d’un pays sans cesse sur le front de l’actualité.
En juillet 1938, à Évian, Golda Meir assiste, effarée, à une conférence interétatique voulue par le président Roosevelt. Trois mois après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie et alors que la persécution des juifs prend une ampleur affolante en Europe, celle qui est alors représentante de l’agence juive pour la Palestine, ne peut que constater qu’il s’agit, entre autres défaillances, de ne pas froisser Hitler. « Être assise là, dit-elle alors, dans cet endroit magnifique (l’hôtel Royal ci-contre, ndlr), à écouter les représentants de trente-deux nations expliquer, chacun leur tour, à quel point ils aimeraient accueillir de nombreux réfugiés et combien ils sont malheureux de ne pas pouvoir le faire est une expérience effroyable ». Et de poursuivre: « Ceux qui n’auront pas vécu ça, auront du mal à comprendre ce que je ressens ici, à Évian. Un mélange de douleur, de frustration et d’horreur. » Le Mémorial de la Shoah revient, jusqu’au 8 mai prochain sur cette catastrophe, en prenant comme angle original l’activité diplomatique. Une exposition édifiante dans les deux sens, entre ceux des chancelleries qui ont aidé et ceux qui ont collaboré car il en fut.
L’actualité de la jeune pensionnaire Rebecca Marder (1) semble fort à propos illustrer les relations entretenues par le Français avec le 7ème art, actuellement mises en avant à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. À travers une sélection d’archives (extraits de films, photographies, affiches, costumes, bustes…), l’exposition “Comédie-Française et Cinéma. Aller-Retour (1908-2022)” met en lumière cette relation parsemée de va-et-vient qui unit depuis plus d’un siècle la Maison de Molière au cinéma : pièces de théâtre devenues films, scenarii inspirés ou adaptés de pièces du Répertoire, scènes cadrées par l’œil d’une caméra, réalisateurs mettant en scène les Comédiens-Française en leur Maison… Les combinaisons sont multiples et ne cessent d’évoluer. Par le prisme des interprètes, ces comédiens de théâtre se faisant acteurs de cinéma ou acteurs intégrant la prestigieuse institution, quand ils ne mènent pas concomitamment les deux carrières, l’exposition s’avère avant tout une véritable déclaration d’amour aux comédiens.
Résumer Gravelines à sa centrale nucléaire, ce serait dommage. Évidemment, vue de la plage, elle est impossible à rater, avec ses six dômes de béton correspondant à ses six réacteurs. Tout le monde sait ici et même au-delà que c’est la plus puissante d’Europe. On ne peut pas dire qu’elle en impose vraiment, mais quand même, elle se pose un peu là. Comme nous l’a expliqué l’ancien maire qui se promenait avec son chien sur la plage, elle est aussi bonne mère pour cette belle cité fortifiée, et pas seulement pour les emplois. Il se trouve que ce n’est pas seulement la centrale qui fait l’actualité du coin mais aussi son Musée du Dessin et de l’Estampe Originale qui vient de démarrer une exposition autour de Gustave Doré (1832-1883). Elle se tient dans l’ancien arsenal, remarquablement entretenu. Un bon motif pour découvrir la ville et son extension Petit-Fort-Philippe, peinte avec beaucoup de subtilité par Georges Seurat au soir de sa vie,(1859-1891).