La légende contrastée d’une invisible

L’étrange destin de Vivian Maier a été beaucoup raconté lorsque, de façon posthume et très savamment médiatisée, les milliers de photos qu’elle avait prises sont devenues une « Œuvre ». Une gloire tardive éclatante pour consacrer une vie obscure. Fallait-il en faire un livre et si oui, dans quel registre ?
Gaëlle Josse a choisi une certaine ambiguïté. En tête de livre, figure – en anglais, on se demande bien pourquoi – la mention classique « ceci est une fiction… , toute ressemblance avec des personnages ayant existé serait une pure coïncidence… ». Et, en fin de livre, l’auteur remercie toutes les sources qui lui ont permis de retracer les étapes d’un parcours de vie, celui de Vivian Maier après avoir avoué s’être refusée à toute biographie romancée. On imagine une prudence d’avocat. On regrette cette posture d’un choix mal assumé. Continuer la lecture

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Le Paris romantique de Daphné en escarpins

Que veux tu faire aujourd’hui ? me demanda Daphné.
Le soleil dardait sur nous ses premiers rayons, après plusieurs jours d’un temps maussade qui avait engourdi les corps et les esprits. La terrasse où nous étions installés était comble. Les garçons de café se croisaient et s’entrecroisaient, plateau rempli de boissons fraiches à la main, comme sur une scène de théâtre. Un peu sur notre droite, un petit chien blanc aux yeux coquins aboyait pour ne pas se faire oublier de ses maîtres, qui dégustaient sans faire attention à lui leur repas dominical.
Nous pourrions aller voir l’exposition « Paris romantique », répondis-je, alors qu’en face de nous, juste de l’autre côté de la rue, commençait un concert de jazz improvisé.
Si tu veux, répondit Daphné d’un air rêveur.
Cela n’a pas l’air de t’enthousiasmer, lui dis-je.
Le son du piano se faisait subitement plus fort, au point de couvrir presque complètement celui de nos voix. Continuer la lecture

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Dérèglement urbain

Chacun se débrouille comme il peut. Face au bazar de la réorganisation des transports à Paris, le piéton n’est pas à la fête. Depuis deux ans au moins, il doit faire face à de multiples dangers. Au premier rang desquels figurent les vélos et trottinettes boostés à l’énergie nucléaire. On peut comprendre les usagers de ces engins qui fuient des transports en commun saturés et le cauchemar consistant à utiliser une automobile. Toujours est-il que sur le trottoir, son terrain légitime, l’ex cueilleur-chasseur qui mise sur ses deux jambes pour se déplacer, n’est plus que la proie des circonstances. Ses anges gardiens sont au taquet. Le marcheur a tout de la cible dans un jeu-vidéo. Il est devenu un intrus suscitant l’agacement du pilote de trottinette consultant ses textos. Théoriquement prioritaire partout, l’humble promeneur ne peut que céder le passage, mine contrite, afin de conserver son intégrité. Continuer la lecture

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Tel un Orlando des temps modernes…

Alors que le deuxième roman d’Emmanuelle Favier, “Virginia”, biographie subjective consacrée à Virginia Woolf, dont la parution chez Albin Michel est prévue pour le 21 août, s’annonce déjà comme un des livres très attendus de cette nouvelle rentrée littéraire (1), revenons sur le premier opus de son auteur qui lui valut un succès immédiat : “Le courage qu’il faut aux rivières”, paru deux années auparavant. Un livre dont l’originalité du sujet, la puissance des personnages et l’élégance du style, que la beauté du titre pouvait déjà laisser présager, nous transportent dans un univers s’apparentant à celui du conte où la poésie le dispute sans cesse à la réalité. Continuer la lecture

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Un Petit Palais très romantique

Je m’étais rendue au musée du Petit Palais pour voir l’exposition « L’Allemagne romantique-Dessins des musées de Weimar » parce que j’adore les dessins, je les préfère même souvent à la peinture. Mais la signalétique étant ce qu’elle est en ces lieux, je me suis trouvée je ne sais comment embringuée dans l’autre exposition, « Paris romantique 1815-1848 ». La grande exposition du moment. Historique et monumentale.
En exergue, les organisateurs ont placé cet extrait du journal de Victor Hugo «Choses vues» de 1948 : « Paris est où sont les Tuileries, le Palais Royal … Paris appuie à droite ». Continuer la lecture

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De si beaux visages

Trente-quatre portraits de jeunes gens s’exposent sur les murs de la Sellerie au musée d’Art et d’Archéologie d’Aurillac (Cantal). Leurs regards croisent les nôtres, tour à tour joyeux, inquiets, interrogateurs, durs ou tendres. Ils fixent l’objectif du photographe François Nolorgues venu à leur rencontre à Habitat Jeunes, le foyer qui les accueille à l’arrivée d’un périple que l’on devine long et douloureux. La plupart d’entre eux sont des migrants, venus d’Afghanistan, d’Afrique noire, du Maghreb… Ils sont ici pour reprendre pied dans la vie, se retrouver, bâtir un projet et redémarrer. Du reste, l’exposition s’appelle « Passages ». Continuer la lecture

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« Les éléphants » : pratiques et blessures de l’admiration

Le critique littéraire, l’étudiant, le lecteur bénévole se sent souvent bien petit face aux artistes qu’il découvre, aux maîtres dont il suit l’enseignement, aux monstres littéraires qu’il admire. De cette expérience commune de fascination, parfois écrasante, Michael Larivière tire un petit livre fort sur ce qu’il nomme « les éléphants ». Il emprunte l’image à Pierre Michon (un éléphant lui-même) pour désigner ces grandes figures transférentielles avec lesquelles toute écriture (toute vie ?) se débat. Continuer la lecture

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Fénéon, dandy des arts lointains

Les habitants et visiteurs de New York auront bien de la chance en 2020. Ils découvriront en un seul bloc une exposition dévolue à Félix Fénéon (1861-1944). Alors qu’en France, l’événement a été découpé en deux volets dans un ordre chronologique inversé. Le musée du quai Branly Jacques Chirac, démarre en effet en ce moment-même la deuxième partie de la vie du promoteur et collectionneur de l’art primitif, que fut cette connaissance d’Apollinaire. Et c’est à l’automne seulement que le musée de l’Orangerie présentera les autres facettes de ce personnage original (ci-dessus par le peintre Emile Compard), celle de l’anarchiste, critique d’art, éditeur et accompagnateur des nouvelles formes d’expression. Ceux qui ont l’habitude de commencer n’importe quel parcours ou journal par la fin risquent donc d’être désorientés. Continuer la lecture

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Beaux arts et gastronomie à Dijon

Le musée des beaux arts de Dijon a été un des premiers musée des beaux arts créé en France en 1799. Il est devenu le jour de sa réouverture le 17 mai dernier après 7 ans d’études et 10 ans de travaux, ce qu’on appelle un équipement culturel structurant, porteur pour la ville d’importants enjeux économiques et sociétaux. D’abord parce qu’il est un des rares musées (avec le Louvre) à être logé dans un ancien Palais, celui des Ducs et des États de Bourgogne en cœur de ville. Les murs des Palais d’époques différentes ont vu se succéder dans les lieux Philippe le Hardi, Jean Sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire et on peut avancer que les choix de la municipalité actuelle s’inscrivent parfaitement dans la lignée des ducs qui avaient fait de la Bourgogne un haut lieu de création et de rayonnement artistique y compris au plan de la gastronomie. Continuer la lecture

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Minuscule caroline

Peu avant de mourir énucléé par un cruel Sarrasin dans un passage pyrénéen, Roland a tenté de se débarrasser de son épée afin qu’elle ne tombât pas aux mains de l’ennemi. C’était une arme de marque Durandal. Comme elle refusait de se briser au point de créer une brèche dans la montagne, Roland a selon la légende, lancé l’épée à travers bois et la fameuse lame est allée se ficher dans un rocher de Rocamadour, à une grosse journée de cheval. « Ah! Durandal! si belle et saintissime! » proclamait-il au milieu de ses vains efforts. Pour un peu, on serait tenté de croire que le neveu de Charlemagne tentait ainsi une opération de promotion, slogan à l’appui. Ce qui n’aurait rien enlevé à sa mort héroïque tout en préfigurant le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
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