Monumental Gotlib

Sous le titre « Immortel Gotlib », le Figaro magazine (21.11.2025) annonçait la parution prochaine de « l’œuvre complète de l’immense Marcel Gotlib ». Loué soit Yehova Adonaï!
Il nous avait quittés le 4 décembre 2016, d’avoir trop tiré sur la clope. Marcel Mordechaï Gottlieb était né le 14 juillet 1934. Sous son nom d’artiste, Gotlib, il débute sa carrière dans le journal Vaillant, l’an 1962, en dessinant des petits miquets. Se distingue particulièrement le personnage de Gai Luron, cousin du Droopy de Tex Avery. La tonalité est bon enfant, l’esprit primesautier, ainsi qu’il sied aux publications enfantines. Les exégètes ne manqueront pas d’identifier, dans les aventures de ce chiot chiant, une pratique feutrée de l’adynaton. D’abord personnage accessoire, Gai Luron accède au vedettariat. Lors de son passage au magazine Fluide Glacial, en 1984, il devient le premier personnage de BD à achever sa puberté, doté d’une protubérance le conduisant à porter un slip. Il prend une copine, Belle Lurette, et bascule dans divers fantasmes. Supériorité sur Pif le chien, éternellement bloqué au stade infantile. Gotlib va devenir le pionnier de la BD comique pour adultes. Continuer la lecture

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Apparition surprise d’Erroll Garner à l’antenne

Pas étonnant que les notes de « Misty » avaient l’air de tomber du ciel. C’était un jour de 1954. Le pianiste Erroll Garner voyageait entre San Francisco et Chicago. Il regardait le paysage aérien, le ciel, les nuages, l’arc-en-ciel à travers le filtre d’un hublot embué. C’est ainsi qu’il composa « Misty », l’un des titres les plus joués de l’histoire du jazz. Si le titre d’un documentaire qui débarque en fin de semaine sur Arte manque un peu d’imagination (« Le swing au bout des doigts »), son contenu est une bénédiction, presque une messe pour tous ceux qui aiment Garner, géant autodidacte ne toisant qu’un mètre cinquante sept. Ce pourquoi au passage et en tournée, il trimballait un vieil annuaire qui lui permettait d’être à la bonne hauteur du clavier. Signé Georges Gachot, ce film a de surcroît le bon goût de durer plus d’une heure et demie. Un régal qu’à peine visionné on reprogrammera sur sa télé du 14 décembre au 12 janvier. Continuer la lecture

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Damnation et déploration

Décidément, l’éternelle question de la mise en scène contemporaine des opéras ne cesse de trop souvent nous accabler. Il faut dire que la vie des directeurs de salles est bien difficile! Prenez Baptiste Charroing (45 ans), le tout nouveau patron de la magnifique nef Art déco du théâtre des Champs Élysées, rutilante de rouge et or. Ancien directeur de production in loco, pour sa première saison, proclamant son amour de la jeunesse, il pensait faire un coup d’éclat en demandant à la jeune italienne Silvia Costa (41 ans) de monter la redoutable « Damnation de Faust » de Berlioz.  La jeune autrice-metteure-en-scène-scénographe-interprète, très versée dans les œuvres contemporaines, soi-disant connue pour « pour réinventer l’opéra » (lourde réputation, tout le monde veut réinventer l’opéra), a longtemps hésité avant d’accepter. Mais peut-être pas assez longtemps, « La damnation de Faust » étant quasiment irreprésentable à la scène.  Continuer la lecture

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La Papouasie de Guillaume Apollinaire

Ces deux-là devaient se croiser du regard avec une mimique de défi, nuancée d’un brin d’admiration réciproque. Aujourd’hui enveloppée de papier blanc, couchée dans une boîte en carton, conservée à la BHVP, cette statuette bordait autrefois le fleuve Sépik, en Papouasie Nouvelle Guinée, avant de faire un demi-tour du monde et d’atterrir dans l’appartement de Guillaume Apollinaire au 202 boulevard Saint-Germain à Paris. Oui, les deux devaient se toiser, ayant chacun des accointances avec l’au-delà et les mondes réputés imperceptibles. Si la statuette est vraiment de 1900 comme indiqué sur la référence, elle serait de 20 ans la cadette du poète, ce qui ne l’empêche guère d’exprimer 3000 ans de culture fluviale et d’habitations sur pilotis. Il se trouve qu’il y a dix ans en ce moment-même, le musée du Quai Branly exposait ses collections du Sepik, dévoilant ce faisant un monde fort mal connu, ainsi qu’en témoignait par exemple le film « La vallée » de Barbet Schroeder, en 1972. Déjà Bulle Ogier, actrice principale, s’aventurait sur ces territoires encore résistants à la culture blanche, pour y glaner des plumes rares, avec les PinkFloyd en musique d’accompagnement. Continuer la lecture

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René Pons, un homme « d’encre et de mots »

René Pons avait écrit, avec un sens attachant du paradoxe, que « les gens qui ne sont pas tristes ne savent pas de quelles joies ils se privent ». Les Éditions de La Voix Domitienne ont récemment édité le dernier ouvrage de René Pons, « Journal retrouvé ». Il faut tout d’abord préciser que cet auteur, dès ses premiers textes, s’est senti pénétré par l’écriture à tel point que celle-ci est devenue la consistance même de sa personne. « En écrivant des mots, je me palpe », a-t-il écrit, précisant « mon propre voyage quotidien dans les mots me suffit ». L’écriture se confondra alors avec son existence, devenant entièrement celle-ci et la littérature sera le seul espace où il aura la sensation d’être en contact avec la réalité. Né à Castelneau-le-Lèz, près de Montpellier en 1932, René Pons après avoir commencé des études de Médecine, décide de s’orienter vers les Lettres. Un goût dévorant pour la littérature le conduit à tenter l’écriture, encouragé par le poète montpelliérain Frédéric-Jacques Temple. Son premier ouvrage, « L’après-midi » (1962), composé de quatre nouvelles, est immédiatement accepté par les Éditions Gallimard, qui publieront ses quatre livres suivants. Continuer la lecture

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Embrouilles en série aux Archives nationales

Du temps où l’argent n’existait pas, où tout se payait en nature, la tentation de falsification était naturellement moindre. On certes pouvait tricher sur le volume d’un sac de blé, diluer une jarre de vin avec un tiers d’eau, mais le faux talbin, la fausse mornifle, le faux jeton, étaient encore loin. Sur cette thématique inusable, les Archives nationales ont organisé depuis le mois de septembre une exposition gratuite (prudence oblige) sur les faux et les faussaires. Autant balancer l’info tout de suite, c’est un régal, y compris par catalogue interposé. Quand même, réussir à vendre à un acheteur éduqué (académicien) un faux message de Vercingétorix (ci-dessus), rédigé en français et sur papier, il fallait le faire (1). Ce qui prouve au passage que si les dupeurs existent c’est grâce aux dupés. Les seconds enragent tandis que les premiers jubilent. C’est l’arnaque éternelle, basée sur la confiance et la crédulité. Et tout laisse entendre que l’entourloupe est en pleine expansion, l’exposition évoquant aussi ce qu’autrefois on appelait le bobard, puis la fausse nouvelle, puis l’horrible anglicisme de la « fake news », genre tout aussi proliférant qu’inquiétant. Continuer la lecture

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Un Te Deum très vite fait, très bien fait

Il n’y a plus de victoires militaires à proprement parler. Aujourd’hui, les massacres s’interrompent avec des cessez-le-feu ou des traités de paix plus ou moins laborieux, sans tambours, ni buccins, ni trompettes. Mais en juillet 1743, moins d’un mois après la défaite des troupes de Louis XV à Dettingen (Bavière), Georg Friedrich Haendel (1785-1759) livrait sur commande expresse, un Te Deum de célébration. Ce genre musical, sorte de louange céleste, montrait que Dieu avait choisi son camp. Et qu’en dépit de sa réputation de couard et de piètre cavalier, le souverain George II, avait battu le 27 juin, des Français trop sûrs d’eux. Grâce à cette affaire, deux gros siècles plus tard, le chef d’orchestre Jean-François Paillard (disparu en 2013) enregistrait chez Erato le fameux Te Deum, éclipsant au passage osons le dire, maintes versions connues. Une merveille de pureté qui fit et fait encore, résonner le cœur comme un tambour. Manque de chance ou la faute aux étourdis, ce concert n’a pas été numérisé. Du moins à l’heure où nous écrivons ces lignes, cette version n’existe qu’en 33 tours ou en cassette. Mais la recherche en vaut la peine sur les commerces d’occasion en ligne. Dès les premières mesures, on éprouve en effet le besoin de s’asseoir tellement cet hymne à la joie suscité par une victoire toute fraîche, envahit comme une divine morphine, les veines de l’auditeur. Continuer la lecture

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M.C. Escher, un mathémagicien à la Monnaie

Soit une droite D. Soit un point P n’appartenant pas à la droite. Montrer qu’il existe une droite D’ et une seule passant par le point P et ne croisant pas D. Pas de panique, nous avons simplement construit deux droites parallèles dans un plan et, oui, selon l’axiome n°5 du grand Euclide d’Alexandrie, il existe en effet une unique droite passant par un point P et parallèle à une droite donnée. Une évidence résumée jadis à l’école primaire par la formule “deux droites parallèles ne se croisent jamais”. Tout est en ordre dans le meilleur des mondes géométriques, celui de notre perception quotidienne depuis l’Antiquité. Sauf que. Dans un article récent du collège de Clare à Cambridge, le mathématicien Maciej Dunajski explique comment « Circle LimitIV » de Maurits Cornelis Escher (ci-dessus), démonte l’évidence euclidienne. En géométrie hyperbolique, et eschérienne, donc, il existe une infinité de droites en question. Continuer la lecture

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Des pâtes!

Il semble y avoir environ 160.000 restaurants traditionnels en France, dont 20.000 se réclament de l’Italie. On y sert habituellement des pizzas, sous des appellations diverses(1), et des spécialités de pâtes, dont immanquablement  « alla carbonara ». Souvent maltraitées. Celles-ci font l’objet, depuis 2016, d’une fête particulière dans leur pays d’origine, le Carbonara Day, correspondant au 6 avril. Afin de célébrer comme il se doit la gastronomie italienne, en général, et ce plat emblématique, en particulier. Une tradition lui trouve ses racines au XIXe siècle chez les carbonari, ouvriers fabriquant le charbon de bois dans les forêts des Appenins. Mais des esprits rationnalistes objectent que leurs conditions économiques précaires les exposaient davantage à la polenta qu’à des produits issus de la semoule de blé dur. Un certain Francesco Palma atteste cependant, dans un ouvrage culinaire de 1881, l’existence d’un « plat de pauvres », les maccheroni con cacio e uova, garnis de saindoux. Ce qui n’a qu’un rapport lointain avec la préparation. Continuer la lecture

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De l’amour et des grues

La formule était simple. L’homme devait juste mâcher avec méthode le poumon droit d’un vautour enveloppé dans une peau de grue. Ensuite l’épouse devait attendre que la mixture fasse son effet avant de profiter de la renaissance sensuelle de son mari. Car c’est au profit du genre masculin qu’allait principalement la recette, ainsi que Pline (23-79 après J.C) le laissait entendre dans son « Histoire de la nature », légendaire  ouvrage constitué d’un volume invraisemblable de rouleaux de papyrus. Alors que l’actualité toute récente mentionne, dans la rubrique faits divers, des prises en augmentation de miel aphrodisiaque, on ne peut que constater en relisant Pline, dont l’ouvrage a plus tard été retranscrit en livres (ci-contre), que se ragaillardir le métabolisme en vue de retrouver le goût à la chair est un très vieux souci. Et que cette préoccupation témoigne aussi, probablement, d’une volonté de se distraire de tout ce qui nous ternit l’humeur. L’absorption d’un éclair au chocolat peut fait l’affaire cinq minutes pour un pur plaisir gustatif, mais si l’on veut aller plus loin, jusqu’à l’aube tant qu’à faire, il faut penser au jumelage mitonné d’un poumon de vautour et d’une grue entière. Continuer la lecture

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