C’était dans l’entre-deux, dans l’entre temps, d’un confinement l’autre, bref entre deux confinements. Les 23, 24, et 25 octobre derniers, l’Auditorium de Radio France proposait un programme miraculeux inaugurant sa saison baroque : l’intégrale des concertos de Bach pour clavier. Deux soirées avancées à 18h, et le dimanche à l’horaire habituel de 16 h. En pleines vacances de la Toussaint, avec spectateurs masqués plus ou moins distanciés, aux mains très hydro-alcoolisées, et plutôt plus de jeunes que d’habitude. La salle de 1461 places permettant une jauge évidemment clairsemée mais assez étoffée, on retenait son souffle comme si on allait assister au cérémonial de quelque secte secrète, et on avait un peu de mal à croire qu’on nous offrait pour une représentation seulement des artistes d’un tel niveau. Continuer la lecture
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Au musée hébraïque de Ferrare en Italie (Émilie-Romagne), il y une chose qui fait toute la différence. C’est que l’on peut y voir les clés du ghetto. Des clés rouillées, grosses comme la main et qui servaient à fermer les 5 portes du ghetto, un périmètre dont la Via Mazzini, juste derrière la cathédrale, était la principale artère. Ces clés sont fascinantes en ce qu’elles caractérisent toujours, par leur réalité brutale, l’élément tangible d’une volonté politique d’enfermement. L’ancien quartier du Ghetto de Ferrare est devenu un endroit tout à fait agréable où la vie italienne exprime, bien mieux qu’à Venise par exemple, tout son talent. Ce lourd trousseau rappelle qu’en 1627, avec la prise contrôle de la papauté, les juifs qui n’étaient pas partis pour Modène, se retrouvèrent enfermés la nuit, à double tour.
Forcément avec toute cette actualité oppressante, celle-là est un peu passée inaperçue. Probablement élaborée sous Nixon et expédiée vers l’hyper-espace sous la mandature Carter en 1977, Voyager 2 a répondu « bonjour » aux sollicitations de la Nasa. Cela faisait depuis le printemps qu’elle ne répondait plus. Le message a mis plus de trente heures avant d’arriver, mais vu qu’elle se trouve à plus de dix-huit milliards de kilomètres de la terre on lui pardonne. Il y a des courriers sur Terre qui mettent bien plus de temps. En tout cas il s’agit d’une actualité fascinante. Cet engin fonctionnant toujours avec une électronique de bord pour le moins simpliste par rapport à ce que l’on trouve aujourd’hui dans le moindre téléphone portable. Partie quelques mois plus tôt, la sonde jumelle Voyager 1 taille toujours sa route avec un peu d’avance, soit 22 milliards de kilomètres de son point de départ.
Elle n’avait certes pas attendu qu’un homme lui cédât sa place pour devenir tour à tour et en même temps pilote, journaliste, photographe, écrivain. À 49 ans, c’est à dire en 1919, elle avait déjà établi un record de vitesse entre Paris et Dakar par la voie des airs. Les premiers baraquements de l’aéroport du Bourget étaient déjà édifiés, essentiellement pour des raisons militaires. Le même aérogare publiait quelques années plus tard, en 1926, un guide d’usage des lieux dont la teneur technique le destinait davantage aux passionnés. Louise Faure-Favier en était l’un des auteurs non seulement par la plume mais aussi par les photographies qu’elle avait prises de haut. On y voit la campagne alentour et les 16 hangars en dur loués aux compagnies aériennes pour abriter leurs avions.
Si l’on voulait faire savant, on parlerait d’un hapax. Un objet unique dans sa catégorie. C’est que l’ouvrage du poète libanais Georges Schéhadé, publié chez Jean-Pierre Ramsay en 1977, n’avait pas, à l’époque, d’équivalent. Et ne semble pas en avoir eu depuis, si l’on excepte évidemment la réédition en format poche en 2011 dans une version dite revue et corrigée (éditions Bartillat).
1951, cédant à la sollicitation de l’amicale des viticulteurs pressés d’en finir, le gouvernement Pleven fit œuvre de bienfaiteur. Il autorisa la mise sur le marché de quelques AOC (appellation d’origine contrôlée) avant l’habituelle date minimale marquant le délai entre la fin des vendanges et le début de la vente, jamais plus tôt que le 15 décembre. Alors que d’aucuns, pour maturer leur récolte, donnent du temps au temps, un vin convenable devant au moins avoir fait ses Pâques, les susdits n’eurent de cesse, à peine les grappes foulées, que de transformer leur production en équivalent monétaire. Les placements bancaires ainsi réalisés gagnent davantage à vieillir que la piquette produite d’une telle façon. Dix sept ans plus tard, les vignerons du Beaujolais étaient admis dans le petit groupe des vinificateurs précoces. La nouvelle, en soi, ne bouleversa pas le paysage vinicole, le beaujolpif ayant la réputation d’un vin de second ordre.
Lorsque Josette Rey-Debove et Alain Rey publient leur préface dans l’édition 2006 du Petit Robert, ils l’adressent « à nos amis lecteurs et à ceux qui le deviendront ». Si cette introduction était revue par la bien-pensance actuelle, cela donnerait au minimum « à nos amis et amies lecteurs et lectrices et à celles et ceux qui le deviendront ». Alain Rey est mort cette semaine à 92 ans. Lui qui, rappelait Maurice Ulrich hier dans l’Humanité, appelait à se méfier de ceux qui utilisent les mots pour « endormir, impressionner et agir sur le malheureux pékin ». Dans la première préface du Petit Robert en 1967, Paul Robert se félicitait encore d’avoir embauché Alain Rey quelques années auparavant et manifestait sa « gratitude » à « tous ceux » y ayant participé. Paul Robert savait bien que dans « tous » comme dans « ceux » le genre féminin et le genre masculin se trouvaient inclus. La mode, consistant à oublier cette évidence, relève d’une bien vaine insistance et un peu pénible à entendre.
La guerre a deux sous-produits : les héros, les statues. Un bon héros meurt au combat, on célébrera ses vertus, deux fois l’an, le 8 mai et le 11 novembre, devant le monument aux morts. Le monument aux morts (MAM) ne bénéficie pas de l’intérêt qu’il mérite. Tel l’agent de police au carrefour, il se confond avec le quotidien au point d’en devenir transparent, excepté à la sortie des bourgeons ou à la chute des feuilles, lorsque se rassemblent devant lui les vétérans d’AFN autour de leur porte drapeau, les enfants des écoles, monsieur le maire, ses conseillers, la batterie fanfare et quelques badauds.
C’est durant l’occupation à Paris que le Roumain Victor Brauner conçoit ce qu’il va appeler les « Congloméros ». Cette série de cinquante dessins solidarise le plus souvent le corps de la femme et le corps de l’homme dans une approche tout à la fois ésotérique et surréaliste. Une visionneuse installée au Musée d’art moderne, permet d’en apprécier les étranges subtilités. Cela faisait depuis 1972 qu’un musée français ne lui avait pas consacré une aussi vaste exposition. Cet homme né en 1903 ne nous visite pas souvent, il est à ce titre un peu comme la comète de Halley qui ne passe en vue de la Terre que tous les 76 ans et dont le passage en 1911 lui aurait laissé une empreinte durable. Disons-le tout de suite, il s’agit ici d’une monographie remarquable, sollicitant bien plus que notre regard, mais aussi notre inconscient.
C’est seulement pour des raisons d’entretien que les statues situées du côté oriental du jardin des Tuileries avient été emballées au mois de juillet dernier. Renseignements pris auprès d’un gardien, le revêtement de plastique permettait de préserver l’action d’un produit de nettoyage. Et c’est ainsi que la belle Cassandre s’était retrouvée rhabillée pour une partie de l’été. Oui Cassandre, dont Apollon était tombé amoureux. En échange d’ébats charnels il lui avait donné le don de divination. Mais, selon la mythologie, comme cette fille de Priam et d’Hécube n’était pas d’accord, Apollon avait décrété qu’elle ne pourrait annoncer que des fake news. Du coup on serait tenté de croire qu’elle avait choisi de ne plus prédire que des mauvaises nouvelles, ce qui est une bonne façon de ne jamais se tromper. Sensuelle, la statue des Tuileries qui la représente est due à Aimé Millet (1819-1891) qui l’a livrée en 1875.